Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'esprit de Noël

26 Décembre 2015, 06:03am

Publié par Grégoire.

 

Noël est pour beaucoup vécue comme une fête pleine d'ambivalence, de douceur, mais aussi de frénésie, de joie et de solitude exacerbée, de discrétion et de tapage. Pour Christian Bobin, un événement digne de ce nom est assez rare dans une vie et c'est très difficile d'en parler. Noël c'est aussi une fête que la société nous intime en quelque sorte de fêter. Or, "il faut percer beaucoup d'épaisseur pour que l'humain en nous se réveille".

"Noël est une période très singulière, attachante et passionnante à voir." Pour Christian Bobin, seuls les enfants savent en parler. "Le meilleur de ce temps là est consacré à quelque de plus léger q'un simple flocon de neige, quelque chose qui est  presque invisible, qui est très faible, et qui suppose une passion infinie de l'attente." Or les enfants ont comme il l'appelle "la passion infinie de l'attente". Pour lui, l'enfance est "l'attente des portes du paradis", sans doute laplue belle des espérances.

"Quelque chose se passe qui semble avoir effacé pendant quelques heures toutes les déceptions de la vie."

Le poète Christian Bobin se souvient des soirs de Noël où quand il était enfant, ses parents le réveillaient pour le conduire au pied du sapin... Pour lui, Noël est comme une brèche ouverte dans le temps. "Quelque chose se passe qui semble avoir effacé pendant quelques heures toutes les déceptions de la vie. C'est comme si on attendait quelque chose, quoi je ne sais pas exactement, mais ce que l'on attend là, c'est ce que l'on attend toute la vie."

Les babioles

 

Mon petit garçon avec ses yeux pensifs

ses gestes et ses mots tranquilles de grande personne 

m’a désobéi pour la septième fois, 

et je l’ai frappé, je l’ai renvoyé

durement sans l’embrasser, 

car sa mère qui était patiente est morte.

Puis j’ai eu peur que le chagrin l’empêche de dormir 

et j’ai été le voir dans son lit, 

mais il était dans un profond sommeil 

paupières battues et cils encore mouillés 

de son dernier sanglot.

Alors, ému, je l’ai embrassé 

et mes larmes remplaçaient les siennes, 

car sur une table tirée à son chevet 

il avait mis à portée de sa main

une boîte de jetons et une pierre veinée de rouge, 

un bout de verre usé par la plage

et six ou sept coquillages, 

une bouteille avec des campanules, 

et deux sous français, le tout rangé avec soin 

pour consoler son pauvre cœur. 

Et ce soir-là, dans ma prière, 

j’ai pleuré, j’ai dit à Dieu :

Ah, quand à la fin nous serons couchés sans un souffle 

et que, morts, nous ne te blesserons plus,

tu te rappelleras de quelles babioles 

nous avons fait nos joies 

et comme nous avons peu compris 

ta grande loi de bonté. 

Alors tu ne seras pas moins père 

que moi dont tu as pétri l’argile, 

tu laisseras ta colère, tu diras : 

Voyons, ce sont des enfants.

 

Coventry PATMORE.

 

Recueilli dans Dieu en poésie,

Présentation de Jean Grosjean,

Gallimard, Folio junior, 1984.