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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L’Amour m'a cueilli...

4 Décembre 2015, 05:16am

Publié par Grégoire.

L’Amour m'a cueilli...

 

 

« L’Amour m’accueillit ; pourtant mon âme recula

Coupable de poussière et de péché. Mais l’Amour clairvoyant, me voyant hésiter

Dès ma première entrée

Se rapprocha de moi, demandant doucement

S’il me manquait quelque chose.

« Un invité, répondis-je, digne d’être ici. »

L’Amour répondit : « Tu seras lui. »

Moi, le méchant, l’ingrat ? Ah ! Mon aimé,

Je ne puis te regarder.

L’Amour prit ma main et répondit en souriant :

« Qui a fait ces yeux sinon moi ? »

C’est vrai, Seigneur, mais je les ai souillés ;  que ma honte aille où elle mérite.

Et ne sais-tu pas dit l’Amour, qui en a pris sur lui le blâme ?

Mon aimé, alors je servirai

Il faut t’assoir, dit l’Amour, et goûter à mes mets.

Alors je m’assis et je mangeai.

Traduction d’un poème anglais du XVIIème

 

« Souvent, au moment culminant des crises violentes de maux de tête, je me suis exercée à le réciter en y appliquant toute mon attention et adhérant de toute mon âme à la tendresse qu’il enferme. Je croyais le réciter seulement comme un beau poème, mais à mon insu cette récitation avait la vertu d’une prière. C’est au cours d’une de ces récitations, que le Christ lui-même est descendu et m’a prise.

Dans mes raisonnements sur l’insolubilité du problème de Dieu, je n’avais pas prévu la possibilité de cela, d’un contact réel, de personne à personne, ici-bas, entre un être humain et Dieu. J’avais vaguement entendu parler de choses de ce genre, mais je n’y avais  jamais cru. Dans les Fioretti, les histoires d’apparition me rebutaient plutôt qu’autre chose, comme les miracles dans l’Evangile. D’ailleurs dans cette soudaine emprise du Christ sur moi, ni les sens ni l’imagination n’ont eu aucune part ; j’ai seulement senti à travers la souffrance la présence d’un amour analogue à celui qu’on lit dans le sourire d’un visage aimé. »

Simone Weil, extrait d’une lettre au Père Perrin