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El Club

19 Décembre 2015, 06:21am

Publié par Grégoire.

Pour public averti.

Pour public averti.

Film chilien, 1 h 37

« Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière des ténèbres » : c’est par ces mots de la Genèse que commence le nouveau film du cinéaste Chilien Pablo Larrain, à qui l’on doit notamment  No .

Baignant dans des couleurs crépusculaires, le film s’ouvre sur la silhouette d’un homme en contre-jour qui, sur l’étendue d’une vaste plage, entraîne un chien. Peu à peu, on découvre qu’il vit dans une maison du bord de mer et que cette maison abrite d’autres adultes, surtout des hommes mais aussi une femme. Un peu plus tard, on comprend ce que ces quatre hommes et cette femme font là, au long de journées mornes qui ne semblent rythmées que par l’enjeu des courses locales de lévriers.

Par petites touches successives, le réalisateur plonge le spectateur dans l’atmosphère lourde et sournoise d’une communauté de religieux mis au ban de leur Église pour avoir « péché ». Il apparaît, une fois encore par des moyens détournés, que certains d’entre eux sont liés à des scandales de pédophilie, mais pas seulement : le spectre des années Pinochet flotte aussi sur le scénario.

Un événement vient troubler la petite vie discrète de cette communauté et décide la hiérarchie ecclésiastique à envoyer une sorte de superviseur pour remettre de l’ordre, s’assurer que les pensionnaires savent bien pourquoi ils sont là, dans ce lieu où ils ne devraient se consacrer qu’à la prière et à la pénitence. Ce directeur de conscience s’attelle à la tâche avec sérieux, reçoit les uns et les autres en confession, mais rien ne semble pouvoir stopper la corruption de leurs âmes.

Avec ce film à la forme appuyée mais cohérente, dérangeant, cru et violent dans son propos, Pablo Larrain porte le fer dans la plaie d’une humanité terrible de cynisme, de mensonge, de chantage et d’hypocrisie. Dans cette confrontation terrible avec un mal tout en nuances, masques et secrets, la bataille paraît inégale. 

Cette rude expérience de cinéma, « sur la foi et la culpabilité », est menée par un réalisateur dont le pays a connu les heures sombres de la dictature, indigné par la façon dont l’Église a pu soustraire certains de ses prêtres à la justice – quelles que soient leurs fautes. Restant volontairement ambigu, il ne lève pas le malaise installé au long de son film : non par « pessimisme », dit-il, mais par volonté de dépeindre « une distorsion spirituelle ».