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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Dheepan... une palme d'or prophétique !

10 Septembre 2015, 05:27am

Publié par Grégoire.

Quand les migrants règlent certains problèmes franco-français : banlieues, caïds etc... ! Prophétique...!!!

Quand les migrants règlent certains problèmes franco-français : banlieues, caïds etc... ! Prophétique...!!!

Trois exilés, un ancien combattant des Tigres tamouls, Dheepan, une jeune femme et une petite fille de neuf ans, fuient la guerre civile dans leur pays en se faisant passer pour une famille. Alors qu'aucun d'eux ne parle français, Dheepan trouve un travail de gardien d'immeuble dans une cité sensible de la banlieue parisienne où règnent dealers et bandes organisées. Il va chercher à s'intégrer et à comprendre la société française, mais se retrouver confronté à une autre brutalité, avant de se muer à nouveau en guerrier enragé pour protéger les siens.

Sans surprise, on retrouve tout ce que l'on aime chez Audiard dans Dheepan : la nécessité d'être ensemble pour survivre (De rouille et d'os), le mélange de force et de fragilité (De rouille et d'os), la relation père-fils (De Battre mon cœur s'est arrêté), les rapports de force (Un prophète), l'apprentissage de la vie (Regarde les hommes tomber), la quête de rédemption à travers une femme et la toile de fond sociale (Sur mes lèvres).

"Dheepan" est une fable, douloureuse et puissante, loin de la morale univoque d’une chronique sociale malgré son ancrage dans le réel. Après une courte séquence d’exposition, dans laquelle Audiard exerce son art de l’économie narrative avec une efficacité redoutable, on sait qu’il ne versera pas dans le misérabilisme. Arrivés en France, Dheepan, Yalini et Illayaal, la petite fille embarquée au hasard dans cette nouvelle vie, font rapidement les démarches liées à leur statut de réfugiés et sont installés dans une cité qu’on imagine de la grande banlieue parisienne.

Jacques Audiard évoquait les "Lettres persanes" pour décrire son projet, et on peut entendre l’écho de Montesquieu dans ce récit qui regarde la France avec les yeux d’étrangers qui la découvrent. Mais l’humour et la clairvoyance des philosophes persans sont ici remplacés par la peur et l’incompréhension des réfugiés tamouls. La misère dans laquelle ils tentent de reconstruire quelque chose, la violence au milieu de laquelle ils doivent vivre finissent par faire ressembler leur terre d’asile à l’enfer qu’ils ont fui. Dans les dealers armés qui contrôlent la cité, ils voient la version occidentalisée des gangs de leur pays. À mesure que le danger prend corps, la nature guerrière de Dheepan se réveille sous son masque placide et explose dans une séquence stupéfiante de violence dont la mise en scène, proche des jeux vidéo, rappelle qu’il s’agit moins de montrer le réel que le cauchemar ou peut-être le rêve de vengeance enfin assouvi du personnage principal.

On regrette l'épilogue assez peu crédible en forme d’happy end ensoleillé, qui affaiblit l’impact du film.