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Marie-Madeleine et l’odeur du péché

11 Août 2015, 05:07am

Publié par Grégoire.

Marie-Madeleine et l’odeur du péché

La Bible est pleine de ruines de ces temples dans lesquels les hommes ont prétendu mettre Dieu au pain sec d’un rituel. L’Eternel n’aime pas qu’on lui fasse une place aussi visible et encore moins qu’on lui impose de s’y tenir. Il préfère admirer les pissenlits dans les terrains vagues des banlieues, dormir dans les caravanes princières des gitans et arpenter sans bruits les sentes dans les forêts, connues des seules bêtes sauvages.

La grâce de Vézelay ne tenait  pour moi, ce jour- là, que dans une poignée d’os et un nom dont l’odeur de péché m’attirait, aiguisait mes sens : Marie-Madeleine. Ses reliques étaient dans la basilique comme une poussière de lune qu’on aurait mise à l’abri dans un coffre-fort en pierre pesant plusieurs centaines de tonnes. La sainteté, c’était donner sa vie. Les saints donnaient leur vie aux hommes qui la tuaient d’abord, la dépeçaient ensuite, afin de s’en nourrir pendant des siècles. Les gestes, les paroles, les vêtements, les maisons d’enfance des saints, tout était comestible, et jusqu’à leurs os que la mort avait crachés après en avoir sucé toute la moelle : puisqu’on ignorait où se tenait la sainteté du saint, dans quelle partie de son corps ou de son âme, alors mieux valait tout garder de ce qu’on pouvait garder, c’était plus sûr (…)

Chaque vie par son désordre ressemble à un papier froissé. En y passant le fer brûlant des écritures saintes, on pouvait y faire apparaître, caché dans ses plis, la grande bonté inemployée de Dieu et de ses gardes.

Christian Bobin, Louise Amour