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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le mendiant de la beauté

20 Août 2015, 11:00am

Publié par Grégoire.

Le mendiant de la beauté

Dernier fragment

 

Ô ma chère mère toi seule tant aimée

Virginale et maintenant fleur éclatée !

De tant de peines et d'extases : tu souffrais

partout en ce monde je te suivrais

 

J'ai reconstruit Dieu, ma profonde douleur en mon cœur,

Pour que tu puisses vivre, les cieux je l'ai laissé édifier sans peur

et qu'après tout, cela fut bien -

dans son divin dessein

 

 

le chien

 

Il était si débraillé et gluant

jaune flamme était sa fourrure

efflanqué par la faim,

chaviré par le désir.

par sa taille attristée

le vent de nuit si froid

allait comme fumée au loin.

Il courait, mendiait.

dans ses yeux vivaient

des églises prisonnières et en soupirs

et il cherchait intensément

un quignon de pain ou son équivalent.

Tant de pitié est montée pour lui

en moi, comme si ce pauvre chien

sourdait de moi-même.

Et, le monde m'ayant épuisé

je voyais alors enfin toute chose.

Nous allons au lit,

car nous sommes censés le faire

car la nuit arrive,

et la misère nous précipite enfin

dans le noir sommeil.

Cependant, avant cela,

gisant comme la ville,

sans parler sous la couverture froide

de fatigue et de pureté

tous ensemble,

de cette cachette quotidienne,

du dedans de nous,

cela monte hors de nous,

lui ce chien, si affamé

si débraillé et gluant,

et cela cherche

une litière de Dieu

des fragments de Dieu.

 

(traduction personnelle)

 

 

 

Personne ne me relèvera

 

Personne ne me relèvera jamais

je me suis fait aspirer par la boue.

Un orphelin désespéré le prie Lui

pour se faire adopter comme ton fils, Seigneur.

Ô, forme moulée, fais-moi tenir ensemble

et dans mes nécessités aide-moi à ne pas pleurer

mais à supporter la honte quand

je suis forcé de le reconnaître Lui, ou le nier.

Mon cœur tu le sais, je ne suis qu’un enfant

ne me renvoie pas mon déni mais parfois seulement

permets à mon âme d’être moins aveugle

et autorise-la à voir Son royaume.

Vous pourriez m’éviter les heures de nécessités

quand je surmontais sa torture

dans les fosses de la vallée de larmes

s'il te plaît, veille sur moi dans l’avenir.

ordonne-leur à tous de se comporter

envers moi avec juste un peu de gentillesse

d’examiner mon cas soigneusement

avant que je ne me sacrifie moi-même.

 

Février-Mars 1937 « Nem emel fel »

Traduction Linda & Tebinfea

 

 

 

Que ça fait mal !

 

La mort rôde derrière

dehors, à l’intérieur du trou

tu t’enfuis comme petite souris apeurée

 

vers les femmes

tant que tu peux rayonner ainsi

protégé par leurs bras, leurs genoux et leurs girons.

 

Ce n'est pas seulement l’attrait

de leurs doux et tendres genoux, et ton désir,

tu es poussé là par nécessité.

 

Quiconque peut

trouver une femme, l’embrassera jusqu’à

ce que ses lèvres tentantes deviennent blanches.

 

le trésor est double

la peine de celui qui aime aussi.

Qui aime et pourtant reste sans trouver compagne

 

il est comme sans abri

aussi impuissant que pourrait l’être un animal

dans la forêt quand il fait ses besoins.

 

Aucun autre lieu

ne peut cacher ton visage même si tu pointes

-bien courageux - un couteau contre ta mère.

 

Elle comprenait -

personne d’autre ne le pouvait - ce que ces mots signifient

et pourtant elle m’a rejeté loin d’elle.

 

Ma tête se fend

et parmi les vivants il n’y a aucune place pour moi

je ne puis endurer les ennuis et les douleurs.

 

Comme un bébé

qui devient fou et secoue son hochet

mais personne ne vient

tout est en vain.

 

Devrais-je l’aimer,

pourrais-je la haïr ? cela n’a aucune importance

je n’ai pas honte d'avoir découvert cela

 

car celui qui est

apeuré par ses rêves, hébété par le soleil

dans tous les cas sera jeté.

 

Comme les vêtements des amoureux

dans les heures heureuses où ils font l’amour

ma culture tombe par terre.

 

Mais d’où viendra-t-elle

pour voir la mort me ballotter ;

pourquoi devrais-je endurer seul ces douleurs ?

 

la douleur est double

pas seulement la femme en gésine

ce que l’humilité peut apaiser cela ;

 

mais dans mes chants

l’argent s’y colle, aussi ma peine

n’attire sur moi que la disgrâce.

 

Je vous supplie de m’aider !

Ô, vous chaque chiot dans la rue là

faites éclater vos yeux partout où cette femme va.

 

Ô innocents !

dans les camps de travail gémissez sous vos bottes

et dites-lui Que ça fait mal !

 

Vous chiens fidèles,

dans l’épais brouillard mettez-vous sous les roues

et aboyez vers elle Que ça fait mal !

 

Femmes avec bébés !

avortez donc et venez vers elle

pour lui sangloter Que ça fait mal !

 

Vous gens sains et saufs

si vousz rencontez n’importe où

défaillez, et briser vous

marmonnez-lui Que ça fait mal !

 

Jeunes gens qui pouvez

vous entre déchirez pour une femme

ne lui dissimulez pas Que ça fait mal !

 

Chevaux et taureaux !

castrés pour se tenir calme

mais hurlez-lui Que ça fait mal !

 

Et vous poissons muets !

accomplissez le rituel du pêcheur

et d’un souffle dites à l’hameçon Que ça fait mal !

 

À tous les vivants

avec toute chose, maison, ferme, paysages,

laissez-les brûler autant que le feu peut les toucher.

 

De ces cendres

allons vers elle et quand elle s’assoupit

gueulons ensemble Que ça fait mal !

 

Ainsi elle l’entendra

sa vie durant, ce qu’elle niait

dans la seule valeur de ses plaisirs.

 

Elle a déshérité

le dehors, le dedans faisant fuir la vie

de l’ultime chance de renaissance.

 

Octobre-Novembre 1936

(traduction personnelle)

 

 

 

On dit...

 

Je naquis un couteau dans la main. On s'étonne,

On dit que ce sont là des mots...

Puis je pris une plume : encor mieux qu'un couteau !

Je naquis pour devenir homme.

Si la fidélité errante pleure pour toi,

On dit que tu es amoureux.

Tendresse aux yeux mouillés, sans crainte enlace-moi !

Simplement, nous jouons, tous deux...

Je me souviens de tout, mais en moi tout s'efface.

On dit : Comment se peut-il faire ?

Ce qui choit de ma main, au sol qui le ramasse ?

Si ce n'est moi, c'est toi mon frère.

La terre m'emprisonne et la mer me déchire

On me dit : Un jour tu mourras...

Mais que de choses ici-bas l'on entend dire !

J'écoute mais ne répond pas.

 

(texte paru dans Œil de la réalité, traducteur inconnu)

 

 

Dehors, dedans, je sens mes yeux se mettre en danse.

Si la folie me vient, ne soyez pas méchants :

De vos bras musculeux tenez-moi sans violence...

Si tout mon être regarde, à travers, à ce moment,

n'exhibez pas vos poings, je ne les verrais guère...

Ne venez pas m'arracher au néant !

Réfléchissez plutôt : je n'ai sur cette terre

personne, rien. Ce que j'appelais moi

n'est plus. J'en vais mâcher les miettes dernières

dans le temps que ce poème s'achèvera...

Un regard nu, phare au milieu du vide,

scrute dans moi : manquai-je à quelque loi...

que nul ne me réponde en dépit de mes signes,

que me refuse celle même à qui j'ai droit !

N'accordez pas créance à ma faute incomprise :

que je ne sois absous par la terre d'en bas !

 

(texte paru dans Œil de la réalité, traducteur inconnu)

 

Jozsef Attila. Le mendiant de la beauté.