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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L’amour est un roi sans puissance, nu, faible, pauvre...

10 Mai 2015, 06:30am

Publié par Grégoire.

Dieu est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils en ont souvent une représentation très imaginative (souvent véhiculée par des 'croyants' crispés dans leur auto-satisfaction); on trouve ainsi à son propos toutes les idoles possibles: "Le tout-puissant, le moralisant, le juge, le puritain, l'incolore, l'inodore et sans passions, le liturgico-maniaque, le très-loin caché dans les cieux, l'indifférent..."

Dieu est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils en ont souvent une représentation très imaginative (souvent véhiculée par des 'croyants' crispés dans leur auto-satisfaction); on trouve ainsi à son propos toutes les idoles possibles: "Le tout-puissant, le moralisant, le juge, le puritain, l'incolore, l'inodore et sans passions, le liturgico-maniaque, le très-loin caché dans les cieux, l'indifférent..."

" Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est en lui comme une matière chimiquement pure, un diamant. Son esprit est légèrement absent, et ce rien d’absence est sa manière d’être attentif à tout. 

Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole qui est la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence.

Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde. Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie: sa parole n’est vraie que d’être désarmée. Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre---mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.

Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait l’entendre. Le monde n’entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L’amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.

Christian Bobin, l'homme qui marche.