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Saisir une main, c'est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise électrique et aussitôt connaître l'intensité qui circule sans bruit sous la peau de l'autre.

9 Avril 2015, 09:06am

Publié par Grégoire.

Saisir une main, c'est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise 	électrique et aussitôt connaître l'intensité qui circule sans bruit sous la peau de l'autre.

Les vivants demandent aux vivants l'amour et la gloire. Les morts ne demandent rien aux vivant car tout cela, ils l’ont. Ce qui advient dans le visible n'est qu'un effet - parfois très retardé - de ce qui s'est auparavant passé dans l'invisible.

Un homme qui se délivre de ses humeurs découvre le paradis et le fait découvrir aux autres. Les hommes ont tort de redouter la mort : repousser la mort, c'est repousser le dessert...

... soudain nous devenons rêveurs c'est-à-dire ramenés à l'essentiel par la vue d'une fleur si pauvre, si proche de la terre qu'il faut presque s'agenouiller pour bien la voir et méditer sa leçon de silence.

La puissance de ce monde était grande. Elle ne trouvait de vraie limite que dans la mort : le monde venait de tout son élan se briser contre le bois d'un cercueil, comme l'océan infatigable voit ses plus hautes vagues éclater contre les roches impassibles d'une falaise. J'étais jaloux des morts : ils avaient été poussés dans le grand livre des enluminures et n'avaient même plus besoin de lire pour déchiffrer le texte de la vie, collés qu'ils étaient aux lettres, intégrés, enchâssés dans ce texte. Devenir mort, c'était devenir vrai.

Christian Bobin, Louis Amour.

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