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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis.

11 Avril 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

Les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis.

 

Réveil en musique : il pleut. Rester couché surtout : écrire n’est plus de mise quand la pluie sur le toit chante sans effort, et son vers est impair et passe en sautillant. Parfois c’est un enfant à cloche-pied qui perd ses billes, s’arrête brusquement, les ramasse et l’on entend voler une mouche survivante : parfois, c’est une promenade d’oiseaux qui picorent on ne sait quoi, et le vers est régulier, et la césure. Ce qu’il dit importe peu : c’est l’âme des choses qu’on croyait en allée pour toujours et qui revient, remplit les creux. On s’en rend compte dès que la pluie a tourné le coin de la rue, pas besoin d’ouvrir les yeux. Le silence n’est plus l‘absence de bruits, mais la voix soudain en nous, accordée, complice, de la vie et de l’être. Le temps ne passe plus. Et la terre est enfin bleue comme une orange. Les poètes ont toujours raison.

Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui partent toutes seules dans tous les sens et qu'on lit de même, en sautant par-dessus les fuseaux horaires.

 

Guy Goffette, Les derniers planteurs de fumée