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Dieu est le pauvre qui s'en va sans bruit dans l'herbe du monde...

4 Avril 2015, 06:00am

Publié par Grégoire.

Dieu est le pauvre qui s'en va sans bruit dans l'herbe du monde...

Dieu, le moine et le poète. L’écrivain, poète et théologien belge Gabriel Ringlet explore, dans son dernier ouvrage, un triple effacement. Celui du divin, d’abord, que l’on ne voit plus, que l’on n’entend plus, que l’on ne sent plus, qui a disparu « sans laisser d’autres traces que les brèches qu’il a ouvertes en chacun », écrit-il, détournant un roman de Sylvie Germain. 

À vrai dire, l’écrivain refuse, de distinguer don poétique et grâce monastique. Pourtant, il paraît évident, convient-il, que les poèmes laissés par les moines dépassent largement leur vocation religieuse et participent à la recherche, hésitante mais essentielle, de Dieu par l’homme. 

Gabriel Ringlet retrace les parcours, analyse les mots, explore les influences tant et si bien qu’on regretterait presque la trop grande place laissée aux commentaires. Au détriment de poèmes dont la discrétion laisse néanmoins percevoir la langue de feu dont ils sont faits. Pour toujours tenter, comme écrit François Cassingena, de «toucher Dieu d’un mot ». 

Le moine/poète n’ajoute pas, il retire. Comme un grand cinéaste. Il condense, il resserre. Sa louange n’occulte pas. Elle ajoure ». 

Dieu s’approche « à pas de porcelaine ». Il s’agit d’un « Dieu furtif », qui vient « délicatement nous effleurer l’épaule ». « le poète se tient dans la sobriété, dans le manque, pas au-dessus de la mêlée, mais tout en bas, dans les tranchées sous les éboulis, là où le Verbe s’est fait chair. Son lieu, Rilke l’a assez répété, c’est la gravité, mais pas sans la joie, et avec le feu».

 Chez ces moines/poètes, il y a la volonté « d’alléger » Dieu. Gabriel Ringlet souhaite aussi cet « allègement » pour l’Eglise. « Le christianisme d’effacement dit peu pour dire beaucoup. Il murmure pour être entendu. Il parle bas pour qu’on comprenne ». Ce christianisme-là a donc « besoin du poème » et, en particulier, de celui des moines/poètes dans « la recherche d’un Dieu qui ne se tient jamais dans le champ de la caméra ».

Et il insiste bien sur la place irremplaçable, au sein même de la poésie, de ces moines écrivains : « Je suis sûr d’une chose : cette voie poétique du dépouillement monastique offre à la poésie – à la poésie tout court – un souffle ténu d’une force exceptionnelle ».

Le christianisme d’effacement n’est pas un christianisme honteux qui longerait les murs par peur de s’affirmer, c’est exactement le contraire. Il dit peu pour dire beaucoup. Il murmure pour être entendu. Il parle bas pour qu’on comprenne, car ‘si tu nommes trop haut les choses, elles se retirent’. » Et pour cette raison, il représente «la seule chance d’avenir du christianisme ».