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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Devance tous les adieux

30 Avril 2015, 21:34pm

Publié par Grégoire.

Devance tous les adieux

 

Devance tous les adieux, comme s’ils étaient

derrière toi, ainsi que l’hiver qui justement s’éloigne.

Car parmi les hivers il en est un si long

qu’en hivernant ton cœur aura surmonté tout.

 

Le titre de ce livre est tiré d’un poème de  Rainer Maria Rilkle.

Un fils raconte le suicide de son père, il se remémore surtout l’homme et le père qu’il fut,  sa vie de mal être, son cheminement vers la lumière,  livre des fragments de sa vie  et de leur vie commune.

Ce n’est pas romancé, Ivy Edelstein a attendu trente années pour  pouvoir revenir vers l’instant où son père  a trouvé l’apaisement  alors que lui-même comprenait, impuissant qu’il allait se donner la mort.

Étonnamment  aucun pathos ne plombe le texte, Ivy Edelstein, d’une voix sobre et pure  brosse le portrait de son père, relate des faits, des gestes, des attitudes, son chagrin d’enfant impuissant et parfois rancunier  face à ce père, homme faible, homme fort,  déjà ailleurs et pourtant si présent, dévasté par le départ de sa femme et la folie du monde.

[….Il faut  remercier nos morts pour les questions qu’ils posent … Je peux dire que tu étais effacé, violent, attentionné. Je peux dire que tu étais courageux, intelligent. Je peux dire que tu étais grand, mince, brun, que tu parlais lentement et ne posais jamais de questions gênantes, que tu détestais la bière mais pas le vin, que tu ne parlais jamais de Dieu mais le priait tous les vendredis soir, que tu aimais les enfants, les oiseaux et que tu pouvais regarder un champ de blé ou de maïs assez longtemps mais que tu n’aimais pas les couchers de soleil car ils te rappelaient ton Algérie disparue. Je crois pouvoir affirmer que tu ne faisais jamais de projet et que je ne t’ai jamais vu courir pour de vrai. Je peux dire tout cela et je n’aurais rien dit de toi. …] 

Devance tous les adieux est un tout petit livre qui fait du bien à l’âme. Une vie ne s’achève pas au dernier souffle mais dans l’oubli et l’indifférence. Ivy Edelstein nous rappelle que la mémoire est un lieu de repos et de résurrection pour les disparus chers à nos cœur.

Nous avons tous un père, conclut l’écrivain. Oui… et même si notre père n’a jamais exprimé l’envie d’en finir, c’est une des raisons de lire ce joli texte universel, au plus proche de l’authenticité et de l’énigme  de  l’amour filial.

Devance tous les adieux, Ivy Edelstein, 108 pages, Points Vivre, 8,70 €.

 

"Lire ce livre est peu à peu ressentir la joie de tout bon travail - et quel meilleur travail que celui de la résurrection ?" Christian Bobin. 

 

Morceaux choisis

"Le suicide est une conversion forcenée à Dieu."

"Désormais, je n'aurai plus que des bonheurs enrobés de peine."

"L'été est une saison sans état d'âme. Aux malheureux, elle exige un paiement comptant."

"Un père est un petit dieu qui se débat."

"Père et fils n'ont rien à voir ensemble, c'est pour cela qu'ils se ressemblent."

"Il faut faire en sorte que le ciel pèse son juste poids sur nos épaules."

"Dieu répare tout et tout le monde s'en fiche."

"Maintenant que tu es couché sous terre, tu l'es tellement, mon père."

"Rien n'est à comprendre, tout est à pardonner."

"Prier, c'est demander à être aimé sans condition."

"La mort des enfants est la seule faute de Dieu."

"Dieu est si invisible que nous en trouvons les preuves partout."

"Cet être sans parole n'en finit pas de me parler."

"La peine d'un enfant est une peine incroyablement précise. On pleure exactement sur ce qui nous fait de la peine. Ensuite en grandissant, on pleure toujours à côté."

"Le seul livre que mon père ait lu est la Bible. Il a lu le seul livre qui ouvre les portes du ciel et il a ainsi lu tous les livres du monde."

"La patience, c'est l'angoisse qui sait enfin respirer."

"Il faut du courage pour se tuer. Les religions ne condamnent rien, ce sont les hommes qui condamnent."

"On est l'enfant de son père, pas de son époque."

"Chaque père qui meurt est un soleil qui descend derrière la mer."

"Chaque homme créé un royaume en mourant."

" Parfois je m’installais près de lui comme on s’assoit près d’une cheminée pour entendre ces craquements du bois dans le feu qui nous disent de ne pas nous inquiéter. "

"L'écume de la vague parfumée des senteurs de l'enfance ne déferlera jamais, mais j'aime la vie plus que tout, comme je t'aime papa."