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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Amour du rien...

22 Février 2015, 07:35am

Publié par Grégoire.

Amour du rien...

... et COLERE envers les bien-pensants !

 

Chez les disciples du Christ, il y a ce temps de gratuité, dit couramment du "carême". 40 jours au désert. Sans rien. Sans support. Pour bruler nos idées, nos certitudes, nos fausses idoles, nos représentations imaginatives de Dieu, notre bonne conscience, nos jugements sur nous-mêmes et nos projets idéaux sur le réel. 40 jours pour bruler toutes racines d'intégrismes en nous, de raideurs spirituelles, de non-mendicité, pour que notre coeur se ramollisse...

40 jours pour aimer nos fragilités, notre petitesse existentielle, nos  faiblesses humaines, nos médiocrités, nos échecs, nos félures... et avec joie, avec confiance. Sans regret. Doucement. Lentement. Et même leurs sourire.

Rien de pire que les soi-disants "croyants", qui "savent", défenseurs des principes, raides dans leurs bottes... qui ont identifiés la parole  de feu du Christ à une morale toute faite, à un fils de bonne famille, à des évidences qui ne réclameraient aucune interrogation, à une liturgie, des rites, du latin, à une manière de communier, à des traditions qui ne sont que des actes répétés matériellement, moisis et poussièreux...

Tout ces faux-Dieu viennent rassurer nos angoisses, et, en remplacement de 'Celui' qui nous échappe toujours -"c'est d'ailleurs insuppôrtable, pour quî nous prend-il" me disait une paroisienne bien comme il faut- ... lui qui ne peut-être que "le cherché", celui qu'on ne peut qu'attendre, mendier dans nos incapacités d'aimer, de patîr et d'empathies, de compassion envers ce qui est blessé et petit.

Car Lui est 'hors champs'. On ne le voit pas. On ne l'entend pas. Il ne manifeste pas. Ne proteste pas. N'accuse pas. Ne défile pas en chasuble ou en soutane. Il est un errant. Il est là ou personne ne veut aller. Au bord de la mer, ou dans les squares avec les alcooliques et les fatigués de la vie. Et toujours Il a disparu sans laisser d'autres traces que les brêches qu'il a ouvertes en chacun...

On a voulu que 'Dieu' -ou l'idée qu'on s'en fait- régente toute la vie, et surtout la vie des autres, comme si le bonheur ou la vie humaine était lié à des règles préprogrammées, une "volonté divine" qui s'imposerait de l'extérieur... Imbécilité crasse que ces cerveaux rigidifiés et stratifiés ! J'exècre les faux-croyants -de quelques croyances qu'ils soient- qui prétendent posseder la vérité, la lumière, qui identifient ce qu'ils ont compris, leur croyance névrotique, leurs dévotions angoissés et le réel. "Pas de race plus inhumaine sous le soleil que ceux qui se croient dans le camp du bien"! Et, là où se lève l’aube du bien, des enfants et des vieillards périssent, le sang coule.

40 jours pour brûler le plus grand obstacle à la vie, l'ubris -l'orgueil spirituel, la vanité religieuse- nos idées arrêtées, et choisir le chemin de la Sagesse: "je ne sais qu'une seule chose c'est que je ne sais pas!" La pauvreté en esprit, coeur de l'évangile, voie mystique universelle, seule possibilité pour  rajeunir chaque jour, et continuer de s'émerveiller... Seulement, la grande douleur des pauvres c'est que personne ne veut de leur amitié... Le pauvre meurt de ne pouvoir donner, partager... Il n'a rien à lui... N'est-ce pas la condition de Celui qu'on ne peut nommer, un vagabond, un va-nu pied, né dans une crêche, mort comme rebut du peuple, quelqu'un qui séduit la foule et l'entraine loin de 'Dieu'...? 

"on ne rencontrer Dieu que pour lui-même, pas pour quelque chose, une gloire, un honneur (lié à un résultat efficace), un truc qui nous met au-dessus des autres. Il est le mendiant, le très-bas, celui qui est inutile, qui ne rétablit rien, qui se fait agneau, bouc émissaire, rejeté des hommes... Qui veut de ce Dieu là?" disait François, pécheur et pape !

40 jours pour tout abandonner de nos idées dégoulinantes, sucrées, grasses, bourgeoises, prudentes, raisonnables, trop bien faites, trop comme il faut... et être conduit vers là où on on ne sait pas, pour laisser l'Esprit nous faire naitre encore et encore à la Vie, laisser la Source de tout nous prendre et nous élargir, détruire nos schèmes, réchauffer nos froideurs, agrandir notre coeur, nous pénetrer à travers nos bienheureuses félures... en choississant constamment d'être des enfants qui viennent de naitre. Ce que nous sommes, n'est-ce pas...?

fr Grégoire.

PS: il va de soi que nous avons tous en nous des bribes de "bien-pensances" et que cette critique -de fait, moins virulente que celle de l'Evangile- dit ce que j'essaye de combattre d'abord en moi.

Mais... cette attitude est présente et visible de manière très forte chez tout les Ayatollah qui sacralisent des moyens ou leurs idées et veulent les imposer à tous: de Daech à Civitas, de la bonne droite catho formelle qui vénère l'ordre... aux intégristes d'une laïcité qui nient toute transcendance et toute autorité, des talibans du capitalisme sauvage aux interventionistes de tout bord qui nient la personne pour restaurer Le Sacro-saint "bien commun", la défense des 'valeurs'... Toute personne est un absolu, seule cela est sacré et à 'défendre' !

Well, l'idéologie commence quand on absolutise un moyen ou une idée, surtout quand elle est religieuse... C'est LA source de tout nos maux. L'adoration d'une idée, d'un rite, d'un projet de société. Derrière, c'est juste l'adoration de soi. C'est pervertir l'amour -ce qu'est Dieu- dans un narcissisme religieux... 

Tout les mystiques que je connais à ce jour disent que l'obstacle majeur à l'oeuvre de L'Esprit Divin en nous sont nos richesses spirituelles, acquises ou comprises...

 

 

" On est un peu comme ça quand on est amoureux. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.

Ma vie ne vient à moi qu'en mon absence. Dans la clarté d'une pensée indifférente à mes pensées. Dans la pureté d'un regard indifférent à mes désirs. Ma vie fleurit loin de moi, à l'école buissonière. Je m'en sépare en allant dans le monde. Je la rejoins en contemplant le ciel. Le ciel matériel, peint en bleu et en or... Les lumières qui y traînent sont des lettres d'amour. Un amour sans appartenance. Sans avidité. Un amour qui ne vous demande rien - sinon d'être là. Qui vous donne l'éternel, en passant.

Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours ? Pour les sauver ? Mais ils n'ont pas besoin de l'être. Il n'y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d'avance, puisqu'elles passent un peu plus, chaque seconde.

Sans doute l'avez-vous remarqué : notre attente - d'un amour, d'un printemps, d'un repos - est toujours comblée par surprise. Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré. Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci : ne rien prévoir, sinon l'imprévisible. Ne rien attendre, sinon l'inattendu.

Reste l'amour qui nous enlève de tout, sans nous sauver de rien. La solitude est en nous comme une lame, profondément enfoncée dans les chairs. On ne pourrait nous l'enlever sans nous tuer aussitôt. L'amour ne révoque pas la solitude. Il la parfait. Il lui ouvre tout l'espace pour brûler. L'amour n'est rien de plus que cette brûlure, comme au blanc d'une flamme. Une éclaircie dans le sang. Une lumière dans le souffle. Rien de plus. Et pourtant il me semble que tout une vie serait légère, penchée sur ce rien. Légère, limpide : l'amour n'assombrit pas ce qu'il aime. Il ne l'assombrit pas parce qu'il ne cherche pas à le prendre. Il le touche sans le prendre. Il le laisse aller et venir. Il le regarde s'éloigner, d'un pas si fin qu'on ne l'entend pas mourir : éloge du peu, louange du faible. L'amour s'en vient, l'amour s'en va. Toujours à son heure, jamais à la vôtre."

Christian Bobin, Eloge du rien.

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