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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Pérégrinations d'un cherchant-Dieu...

19 Janvier 2015, 14:28pm

Publié par Fr Greg.

« Si nous considérons notre vie dans son rapport au monde, il nous faut résister à ce qu’on prétend faire de nous, refuser tout ce qui se présente – rôle, identités, fonctions- et surtout ne jamais rien céder quant à notre solitude et à notre silence. Si nous considérons notre vie dans son rapport à l’éternel, il nous faut lâcher prise et accueillir ce qui vient, sans rien garder en propre. D’un côté tout rejeter, de l’autre consentir à tout : ce double mouvement ne peut être réalisé que dans l’amour où le monde s’éloigne en même temps que l’éternel s’approche, silencieux et solitaire »

Christian Bobin. 

142 pages, 15 euros, à commander sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

142 pages, 15 euros, à commander sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

Essai mélant réflexion philosophique, historique, expérience vécue, poésie...

Ce sont les lecteurs qui financent l'édition du livre.

En cas de succès de la souscription (50 acheteurs), chaque souscripteur reçoit autant d’exemplaires que commandés. En cas d’échec, les souscripteurs sont intégralement remboursés.

142 pages, 15 euros. à commander sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

 

 

Extraits: 

 

Il fait noir ici.

Cuba est à 9h00 d’avion de Paris. Plus grande île des Caraïbes, elle suscita l’extase de Christophe Colomb lorsqu’il y accosta en octobre 1492.

La descente d’avion est plus décevante : une chaleur moite, poisseuse vous pénètre sans demander de permission. Puis vient l’accueil castriste. 1h30 d’attente pour passer l’immigration alors que je suis sorti avec le premier tiers de l’avion. Pendant ce temps, mon habit religieux a alerté la sécurité politique. J’ai droit à plusieurs agents qui, les uns après les autres, viennent vérifier mes papiers : passeport, visa, billet de retour, assurance de rapatriement, adresse à Cuba, raisons du voyage… Je leur réponds avec le plus grand des sourires, comme une star vers laquelle se précipitent des paparazzi. Derrière leur stoïcisme de façade, je sens que cela les énerve. Ils voudraient par leurs passages successifs susciter mon inquiétude. C’est l’inverse qui se passe. Et, sans tomber dans l’excès –je ne sais pas de quoi ils sont capables- je pousse mon imprudence en prenant un malin plaisir à leur faire sentir mon haleine chargée du vin rouge qui m’a aidé à dormir dans l’avion. 

J’essaye de respecter chaque homme, quelle que soit sa fonction. Mais je ne supporte pas la race de ceux qui en usent pour faire sentir leur pouvoir et susciter la peur. Comme des roquets. Vous savez, ces chiens qui mordent de préférence des enfants ou des vieillards, ceux qui ne peuvent jamais se défendre. Aucune noblesse. En plus ceux-là sont cocos. Des fascistes de gauche. Une fin de race qui n’en finit pas de mourir. Je me promets de prier pour son éradication de la planète. (...)

 

 

Une mère.

Je rencontre à plusieurs reprises une métis aux yeux d’amandes, d’un vert lézard. Elle a deux enfants. Ils n’ont visiblement pas hérité de leur mère, et le père ne doit pas être de la famille des lézards. La fatigue du quotidien marque son visage. C’est étonnant comme le long travail de mère peut faire ressortir une bonté personnelle en rabotant des pans de beauté trop plastiques. Les visages trop faciles de couverture de magazine me glacent toujours. C’est comme ces maisons sans vie où il n’y a rien de travers, aucune poussière ou jouet d’enfant qui traîne. Des avant-goûts de cimetière. On s’y conduit comme devant une tombe : silence total. Si on reste muet devant les morts, c’est qu’ils sont comme une explosion trop proche qui pulvérise tout et nous laisse sourds ; mais on reste muet devant ces visages qui vous explosent aux yeux leur suffisance ! Elle, c’est tout autre. Son visage vous perce l’âme. Sans aucune parole échangée, on entend son regard qui vous écoute. D’une attention totale. Il y a un repos auprès d’elle. Comme si on échappait alors à la moiteur ambiante, au (...)

 

Ennui.

S’il y a quelque chose qui marque franchement la vie cubaine c’est bien l’ennui. Aucun moyen d’y échapper. Pas de distraction. Pas de Google, de texto à envoyer, de jeux vidéo en ligne, de réunions de travail, de sport, de ballade. Rien à faire ! Pas même de conversation mondaine ou de ragot. « Il n’y a rien à faire » crie le silence des cubains assis les dimanches ou le soir, quand les heures semblent alors se rallonger et ne plus finir. L’ennui est une pesanteur qui rajoute à la chaleur. Sa fuite : interdite ! Ce poids de l’ennui semble presque une norme décidé par l’état, soutenue par le climat et maintenue par la pauvreté qui affiche elle une joyeuse bonne santé. Cette lourdeur dévore tout et accouche d’une tristesse nonchalante. « Le monde est dévoré par l’ennui. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter (...) 

 

Grégoire Plus.