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La France, un pays où l'on nous dit quoi penser. C'est ça la liberté ?

21 Janvier 2015, 12:19pm

Publié par Fr Greg.

La France, un pays où l'on nous dit quoi penser. C'est ça la liberté ?

Erri De Luca, 64 ans, écrivain, alpiniste, soutient depuis des années le combat des habitants de la vallée de Suse dans le Piémont, regroupés dans l'association NO-TAV, pour empêcher la construction de la ligne TGV Lyon-Turin. Au cœur du débat : la préservation de la vallée et le risque que des particules d'amiante soient diffusées suite au percement des tunnels. Un désastre environnemental pour un juteux marché mafieux. E de L se retrouve sur le banc des accusés pour incitation au sabotage. Son procès s’ouvrira à Turin le 28 janvier 2015. La plainte contre lui a été déposée par la société française en charge des travaux. Il risque entre un et cinq ans de prison. Dans un pamphlet "La parole contraire", Erri de Luca développe, par-delà l'enjeu écologique, une réflexion sur la liberté d'expression. Contre la conception pénale de la responsabilité, il élabore sa propre vision de la responsabilité morale et sociale de l’écrivain : « Son domaine est la parole, il a donc le devoir de protéger le droit de tous à exprimer leur propre voix ». Revendiquant avec force le droit à « la parole contraire », il réclame aussi le droit d’utiliser les mots dans un sens qui n’est pas celui que leur assigne la justice. Comme ce verbe « saboter », pour lequel il est poursuivi. « J’accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire. » François Hollande et Matteo Renzi étaient au premier rang du rassemblement en faveur de la liberté d'expression.

La justice turque bloque sur internet la Une du Charlie Hebdo du mercredi 14 janvier. Le premier ministre truc était au rassemblement en faveur de la liberté d’expression.

La Russie s'illustre pour la liberté de sa presse, cela est bien connu. Le chef de la diplomatie russe était au rassemblement en faveur de la liberté d'expression.

Le sang coule en Israël et Palestine, on s'y entretue depuis des décennies. Netanyahou et Abbas étaient au rassemblement en faveur de la liberté d'expression,  du vivre ensemble et contre la barbarie.

Les américains se sont illustrés en pratiquant la torture à Guantanamo. Les médias ne relayent pas les caricatures de Charlie Hebdo. Le ministre de la justice était au rassemblement en faveur de la liberté d'expression et contre la barbarie.

La suisse a voté contre les minarets. La présidente de la Confédération suisse Simonetta Sommaruga était présente au rassemblement en faveur de la liberté d'expression et du vivre ensemble. Etc, etc, etc.

Grâce à tous ces politiques pas cyniques pour deux sous :

On a bien compris que nos chères Valeurs et notre Sécurité étaient en de bonnes mains. On a bien compris que la barbarie c'était les autres, pas nous. On a bien compris qu'on était tous des Charlie, que cela nous plaise ou pas d'être Charlie. On a bien compris qu'on avait l'immense chance de vivre dans le pays de la liberté, que nous pouvions être fiers de notre nation, phare pour l'humanité ; ne voir aucun paradoxe dans le fait que le pays de la liberté ne nous laisse pas le choix de faire une lecture un peu différente que celle proposée par lesdits politiques pas cyniques et les médias pas du tout bêlant.

Afin de protéger la Liberté et d'assurer notre Sécurité, nos chefs, un pour tous et tous pour un, dans un élan d'union européenne sans précédent, vont traiter les infâmes barbares avec la plus grande fermeté (ça veut dire quoi exactement, on les as tués, on ne peut être plus ferme) et défendre nos "Martyrs" avec une détermination sans faille, mobilisant renseignement, police et armée, pour bouter l'ennemi de l'intérieur et de l'extérieur. Œil pour œil, dent pour dent.

Et parce qu'on est le pays des "Lumières" et de "l'exception culturelle",  on va faire de la pédagogie. Ah la pédagogie, que ferions-nous sans elle. Pauvres peuples que nous sommes, incapable de nous faire une opinion par nous-mêmes, incapable de "comprendre" les intentions louables de nos gouvernants, s'ils ne nous expliquent pas patiemment les tenants et aboutissants de leurs "programmes". Les enseignants vont être sommés d'instruire les jeunes esprits sur toutes les religions (c'est une bonne nouvelle à condition de revoir la formation des maîtres), les valeurs républicaines, la laïcité. On va ouvrir des zones de "débats" dans les quartiers sensibles. On va dé radicaliser les fanatiques dans les prisons par des programmes spécifiques. A la question posée par les enseignants, les associations de quartiers et les responsables pénitentiaires,  sur les moyens alloués à ces programmes miracle, je propose une participation volontaire obligatoire d'un peuple déjà exsangue via une augmentation de l'impôt (on a des valeurs et on veut être en sécurité, il faut savoir faire des sacrifices) ou un appel au don auprès des multinationales. Bref, deux axes de réponses dont le premier risque fort de conduire à une escalade de la violence, et le second à rester vœux pieux.

François Hollande a déclaré à l'Institut du Monde arabe que le radicalisme prenait sa source dans toutes les misères et les inégalités. Enfin une Vérité. Alors qu'est-ce qu'on attend pour interdire les paradis fiscaux, pour obliger Amazon, Ikéa, Total & co à payer leurs impôts et participer au bien-être commun au lieu d'engraisser leurs actionnaires. Qu'est-ce qu'on attend pour partager un peu moins inéquitablement les richesses ?

Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, il s'agit bien moins d'une guerre de civilisations et encore moins d'une guerre de religions, il s'agit d'une guerre des riches contre les pauvres et inversement. Le problème de la grande majorité des gens à l'heure actuelle, ce n'est pas les valeurs, ce sont les fins de mois !!!

Tous les discours de fermeté, de lutte implacable contre "l'axe du mal" ne font que mettre de l'huile sur le feu. L'après 11 septembre l'a bien montré. La souffrance dans le travail, le sentiment d'injustice, les fins de mois difficiles, l'avenir précaire, les risques de pandémie, bref, toute  l'angoisse accumulée dans les populations du monde entier est une grenade que les fausses réponses et une hypocrisie ostentatoire de nos gouvernants risque de dégoupiller .

A un moment où tous les peuples d'Europe souffrent chaque jour davantage des programmes d'austérité pour compenser les dettes d'état abyssales, alors que les banques sortent indemnes de la crise qu'elles ont créées et que les multinationales continuent à faire de super profits, il est peu probable que des moulinets verbaux sur la défense des valeurs et une course au renforcement du tout sécuritaire soient les réponses propres à calmer les esprits, unir une Europe multiforme, apaiser un monde globalisé.

http://blogs.mediapart.fr/