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L'attaque au vitriol de François contre le « narcissisme » de la curie

22 Décembre 2014, 21:05pm

Publié par Fr Greg.

L'attaque au vitriol de François contre le « narcissisme » de la curie

Jamais souverain pontife ne s'était permis un discours d'une telle sévérité envers sa propre maison. Le pape François a dressé, lundi 22 décembre, un « catalogue » de quinze maladies qui menacent le haut clergé, et plus particulièrement la curie (le gouvernement de l'Eglise), parmi lesquelles la mondanité, l'hyperactivité, les rivalités, les bavardages, les calomnies et la zizanie.

Son diagnostic est tombé à coup de formules chocs : « l'Alzheimer spirituel », « la fossilisation mentale et spirituelle », « le cœur de pierre », « le terrorisme des bavardages », « la schizophrénie existentielle », « le narcissisme faux », « la planification d'expert-comptable », « les rivalités pour la gloire », les « faces funèbres », « l'orchestre qui émet des fausses notes »…

Il y a toujours la tentation de « se sentir immortel », a-t-il observé, proposant aux prélats d'aller dans les cimetières où « sont tant de personnes qui se considéraient indispensables ». Il leur a aussi conseillé, lui qui ne prend jamais de vacances, d'éviter la « maladie » de la suractivité de ceux « qui s'enfouissent sous les dossiers ». Certains autres « dépendent totalement de leurs passions, caprices et manies, ils se construisent des murs autour d'eux, devenant de plus en plus esclaves d'idoles », a-t-il critiqué. Il a encore dénoncé, sans jamais mentionner aucun fautif en particulier.

Fustigeant particulièrement la calomnie, qui peut équivaloir à un « homicide de sang-froid », il a évoqué notamment le cas passé au Vatican d'« un prêtre qui appelait les journalistes pour raconter et inventer des choses privées sur ses confrères. Pour lui, ce qui comptait, c'était d'être sur la première page des journaux, et de se sentir puissant, le pauvre ! »

Voici le « catalogue » des quinzes maladies: 

Première maladie: «se sentir indispensable». C'est du «narcissisme» lance le Pape. 

Deuxième maladie: «l'activisme». Or, dit François, il y a «un temps pour chaque chose». 

Troisième problème: «l'empierrement spirituel» de ceux qui ont un «cœur dur». Ils ont perdu «les sentiments de Jésus» et «deviennent incapables d'aimer». 

Vient ensuite «l'excessive planification», qui fait du pasteur «un comptable» qui ne laisse plus «piloter la liberté de l'Esprit saint». 

Autre difficulté: «la perte de l'harmonie fonctionnelle: l'orchestre fait alors du bruit» parce qu'il n'est pas en «communion» avec lui-même.

Sixième virus: la «maladie d'Alzheimer spirituelle» qui sévit chez ceux qui ont perdu «la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur» et qui se laissent enfermer dans leurs «caprices et manies», devenant des «esclaves de leurs idoles, qu'ils ont sculptées eux-mêmes». 

Septième maladie: «la rivalité et la vaine gloire» guidée par la recherche des «apparences» et des «honneurs» au prix parfois d'un «faux mysticisme».

Autre difficulté: «la schizophrénie existentielle», qui conduit à «une double vie» et une «hypocrisie typique du vide spirituel que des titres académiques ne peuvent cacher». La «conversion est alors urgente» lance François.

Neuvième maladie: «les bavardages, les conciliabules, les cancans». Ce «terrorisme du bavardage» ne s'exprime «jamais en face», mais «toujours dans le dos». 

Dixième pathologie: celle de «la divinisation des chefs», soit un «carriérisme» et une attitude «mesquine». 

Autre dénonciation: la «maladie de l'indifférence vis-à-vis des autres».

Douzième plaie: «la maladie des têtes d'enterrement», notamment vis-à-vis de ceux que l'on considère avec «arrogance» comme «inférieurs», mais c'est une «sévérité théâtrale» qui a perdu tout «sens de l'humour». 

Treizième mal: «la maladie de l'accumulation» de biens matériels.

Quatorzième étape de ce chemin de croix: «la maladie des cercles fermés».

Enfin, dernière maladie, celle «du profit mondain, de l'exhibitionnisme», la «recherche insatiable du pouvoir».

 

« Les prêtres sont comme des avions. Ils font la “une” quand ils tombent. »

Mettant ensuite, lors d'une seconde audience, sur le même plan «ceux qui travaillent sans se faire voir» - les «jardiniers, les balayeurs», ils forment une «mosaïque complémentaire» avec ceux qui occupent de hautes fonctions -, le Pape a exigé que tous placent le Christ au centre de leur vie. Il leur a également demandé «d'aller se confesser» avant Noël «avec une âme docile» pour retrouver «la joie».

François a d'ailleurs commencé ce second réquisitoire, implacable, adressé aux employés par un jeu de mot difficile à rendre en français mais qui résumait l'esprit de ses remontrances: «très chers salariés de la curie (dipendenti della Curia, en italien) - et non pas désobéissants de la Curie (non disobbedienti della Curia), comme quelqu'un vous a récemment décrits!»

Méditant sur la notion de «soin», qui consiste à «prodiguer du soin», mais aussi à accepter la nécessité de «se faire soigner», François, à propos de la curie, a pris l'image d'une mère de famille veillant «sur son enfant malade» et qui «ne regarde jamais la montre, ni ne se plaint jamais de ne pas avoir dormi et qui ne désire qu'une chose, c'est de le voir guéri à tout prix».

« Je ne veux pas finir ces vœux sans vous demander pardon pour les fautes, les miennes et celles des collaborateurs, et aussi pour des scandales, qui font tant de mal. Pardonnez-moi », a conclu hier le pape son intervention auprès des 4 000 employés du Vatican et leurs familles, sans autre précision. Auparavant, devant la Curie, il a aussi demandé « humblement pardon pour les fautes commises “en pensées, en paroles, par actions et par omissions’’ ». Selon son habitude, il a aussi, à chaque fois, fini en demandant à ses auditoires de prier pour lui.

L'attaque au vitriol de François contre le « narcissisme » de la curie