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De la monstruosité des étiquettes 'progressistes/conservateurs'

7 Novembre 2014, 09:03am

Publié par Fr Greg.

De la monstruosité des étiquettes 'progressistes/conservateurs'

Parmi les critiques adressées à la relatio post disceptationem, se trouve la question de l’équilibre entre miséricorde et vérité. Certains craignent que l’on mette la miséricorde avant la vérité au détriment de cette dernière.

Dans notre esprit, nous ne pouvons jamais échapper à la tentation de faire des catégories. Distinguer les choses est important en termes de clarté conceptuelle. Mais dans la vie, et en particulier dans la foi, pourquoi devrait-on faire des distinctions ? Dans la Bible il n’est pas question de deux réalités. 
En particulier quand Jésus dit : « Je suis la vérité et la vie » ! Cela signifie que la vérité n’est ni une idée si un concept. C’est la personne de Jésus. Il est la vérité et Il est l’amour. Il est la miséricorde ! Quand nous regardons la personne de Jésus, il n’est plus question de se demander qui, de la miséricorde ou de la vérité, doit être premiere. En Jésus, miséricorde et vérité sont unies. Et le défi pour nous est d’intérioriser la miséricorde et la vérité. En Jésus, elles n’entrent pas en conflit car elles sont toutes deux réunies dans sa personne. Nous devrions essayer de l’imiter.
Quand j’étais enfant, mes parents me refusaient parfois ce que je leur demandais. Je répondais« pitié ! » et je pensais « ils ne sont pas miséricordieux ». Mais plus tard, j’ai compris que quand ils me disaient oui ou non, ils exprimaient la vérité. Quelle vérité ? Celle de l’amour. Mes parents ne se disaient pas « maintenant, je vais être miséricordieux » et « maintenant je vais être vrai ».Ils exprimaient leur amour qui était la vérité. Faire ces distinctions est utile en un sens, mais nous devrions trouver en Jésus et dans l’expérience des gens comment les harmoniser plutôt que comment les opposer. La vraie miséricorde, qui est une forme d’amour, ne peut reposer sur des mensonges. Mentir c’est manquer de miséricorde. Une des fondations de la vraie miséricorde est la vérité mais la vérité nous conduit à la miséricorde. Aussi, quand la vérité me rend aveugle à la miséricorde et aux situations de souffrance, elle n’est que froideur et idéologie. La miséricorde et la vérité dépassent leurs propres définitions pour ceux qui en font l’expérience : elles s’incarnent dans la qualité de leur cœur.

Peut-on dire que la nouveauté de ce synode, qui veut partir des personnes, est une certaine forme de pragmatisme ?

Oui, mais un pragmatisme qui parte des personnes. Je m’explique. En anglais, une expression dit : « On va tout faire pour que ce mariage fonctionne ». Mais « fonctionner » ici n’est pas simplement une manifestation de pragmatisme. C’est une chose qui implique des personnes. Le« fonctionnement » ici implique d’aimer et de pardonner en vérité.

Au cours de la conférence de presse de présentation de la relatio vous avez dit que l’esprit de Vatican II se manifestait parmi les pères mais qu’il ne fallait pas dissocier l’esprit des textes. Pouvez-vous expliciter ?

Vatican II a eu lieu à une époque où la plupart d’entre nous étions enfants. J’ai étudié l’histoire de Vatican II, j’ai lu tous les débats de l’époque. Au Concile il y avait 2000 évêques, imaginez un peu… Comment conduire un dialogue de 2000 évêques ? Aujourd’hui nous sommes 200… 


Mais il y a quelque chose de commun dans la liberté d’expression, la manière de prendre en compte les réalités du monde, ce qui était une des véritables beautés de Vatican II. C’était un concile pastoral où l’on accepta à la fois le fait que le monde avait changé et où l’on se demanda comment nous pouvions apporter l’évangile dans ce monde nouveau. C’était un concile profondément missionnaire, fidèle aux enseignements de l’Eglise, mais avec une nouvelle manière de transmettre les enseignements de l’Eglise au monde. A présent, de nouveaux défis se présentent et c’est ce dont parlent les évêques, quand ils mettent leurs peurs et leurs espoirs sur la table. 


Mais quand les gens évoquent l’esprit de Vatican II, il est important qu’ils connaissent les textes. Il faut étudier les documents et les textes pour ne pas leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. L’esprit de Vatican II est issu des documents de Vatican II, précisément dans cette ouverture de l’esprit missionnaire.

Un des points majeurs de Vatican II était la place des Eglises locales, ce qui est aussi un des grands axes de réflexion du pape François tel qu’il l’a exprimé dans Evangelii Gaudium. Au terme de ce synode, le pape donnera des orientations générales que les évêques auront charge de mettre en pratique dans leurs diocèses. Comment concilier la liberté des Eglises locales confrontées à des problèmes spécifiques et l’unité de l’Eglise ?

Cette question existait déjà au moment du Concile dont un des fruits est précisément le synode... En convoquant des évêques venus du monde entier, le pape lui-même, qui est un signe visible de l’unité, devra prendre en considération l’expérience des Eglises locales. Vatican II a institué de manière plus formelle les conférences épiscopales dans différents pays et a donné aux conférences la ligne de démarcation entre ce qu’elles pouvaient décider par elles mêmes et ce qui ne relevait pas de leurs compétences. Peut-être ce synode est-il un examen de ce qui a déjà commencé lors du Concile au sens où il devra examiner à nouveau où ce situe cette ligne de démarcation. Mais le souci de l’unité demeure et la manière dont s’opérera cet équilibre sera un des fruits du synode qui aura lieu l’année prochaine. Il y a deux écueils à éviter : celui qui consiste à ne prendre en compte que la diversité au détriment de l’unité. L’unité de l’Eglise est ce qui me permet de me sentir à « la maison » quand je vais à l’étranger. Et celui qui consiste à nier les singularités locales. L’équilibre est très difficile à trouver et chaque évêque est confronté à cette question au niveau de son diocèse.

En parlant d’unité de l’Eglise, vous vous êtes exprimé, lors d’une conférence de presse, contre l’étiquetage des gens entre «progressistes» et «conservateurs». Pourquoi ?

Quand on m’a posé cette question, je me suis senti mal à l’aise parce que je pense que les étiquettes ne rendent jamais compte de la réalité des personnes. Étiqueter les gens est parfois une manière d’étouffer la complexité du réel. Les étiquettes effacent le mystère des êtres. Parfois, aussi, elles servent à dresser les gens les uns contre les autres en leur faisant oublier ce qui pourrait les rassembler. Les étiquettes enferment les gens dans une caricature d’eux-mêmes. Après avoir écouté les évêques et les laïcs au fil de ces premiers échanges, je pense que l’étiquetage des uns et des autres, y compris celle du pape, est une injustice.


Si, quand j’écoute quelqu’un me dire la manière dont il reçoit tel ou tel passage de la Bible, je me mets à analyser son point de vue en plaquant sur lui une grille de lecture en termes de « progressisme » ou de « conservatisme », je nie sa qualité de personne dans ce qu’elle peut avoir de complexe. C’est, je le répète, une grande injustice. Comment éviter cela ? Respectons les personnes. Laissons à chaque personne la possibilité d’exprimer sa complexité. C’est comme cela que nous trouverons un terrain commun. Soyons des personnes qui écoutons d’autres personnes. Les gens ne sont pas des étiquettes. Les gens ont un nom.

cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille.

La vie.fr