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Le saint, c'est donc bien celui qui s'oublie, qui arrête de croire en lui-même! Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer (II)

1 Novembre 2014, 08:47am

Publié par Fr Greg.

Le saint, c'est donc bien celui qui s'oublie, qui arrête de croire en lui-même! Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer (II)

La miséricorde de Dieu ne réclame-t-elle pas notre coopération, notre libre arbitre? N'est-ce pas un peu facile que ce regard de gratuité dégoulinant qui alors ne respecterai plus ce qu'est l'homme? N'est-ce pas du protestantisme que d'affirmer que la miséricorde suffit à tout?

 

On ne peut mettre au même niveau la grâce de Dieu et notre coopération: c'est un antroporphisme qui imagine et calque l'agir de Dieu sur notre mode humain.  Dieu n'est pas dans le temps, ni dans le devenir. Son amour est efficace: c'est lui-même; En m'aimant il me donne d'être. Son amour est efficace et substantiel. En m'aimant comme son Fils bien aimé, il me récrée, que je le veuille ou non!

 

" par son Incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme.... parce que le Christ est en quelque sorte uni à l'homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n'en est pas conscient " Gaudium & Spes, Redemptor hominis.

« Le fils de Dieu... s'est uni à nous et nous a unis à lui … et devient une élévation de l'homme jusqu'à la hauteur de Dieu » Benoit XVI, 1ere vêpres de l'avent, audience janvier 2006.

La grâce de Dieu est gratuite et nous divinise, et notre coopération est une réponse gratuite à ce don gratuit. C'est donc une nécessité au niveau de l'amour, qui n'a pas d'autre nécessité que la gratuité de l'amour: tout notre mérite est de répondre gratuitement à un don gratuit. Mais certains ne répondrons pas, et pourtant la grâce de Dieu ira jusqu'au bout pour eux!

C'est donc une nécessité différente que celle au niveau du travail: dans le travail la matière ne doit pas être pourri, les outils avoir leur fonctions propres, être dociles, et si c'est la maitre et le disciple, le disciple ou l'ouvrier doit faire tout ce qu'il peut, il y a un labeur.

 

Dans l'amour, le désir suffit; car l'amour est d'abord l'effet en moi de l'attraction de l'autre; il peut impliquer une manifestation, un labeur, une vraie coopération, mais là, il n'y a pas d'autres nécessité que l'amour répondant à l'amour: l'amour n'attend rien que le don qu'il propose; sf dans l'amour humain qui réclame d'être réciproque pour être pleinement lui-même; l'amour divin, lui , est substantiel et efficace par lui-même: il réalise ce qu'il signifie: il transforme en "amour" ce qu'il touche".

 

Le salut c'est quelqu'un, ce n'est pas un état intérieur ou un état moral. Dans l'amour humain, c'est mieux de ne pas avoir trop de vices pour pouvoir recevoir l'autre, alors que dans l'amour divin c'est tout autre, puisque même les innocents sont saints sans avoir rien 'faits' sinon de subir le mal d'un autre, sans coopération aucune! Mais le "pire" à ce niveau là, c'est bien la Vierge Marie: qui est immaculée, sainte et rachetée avant sa conception, sans avoir rien fait du tout! Et St Louis Marie dit qu'elle est le modèle sur lequel Dieu nous divinise ! Son Fiat de l'Annonciation, c'est de de dire oui à ce que Dieu veut faire en elle, au delà de ce qu'elle en a compris... mais l'ange ne lui demande aucune permission: "tu vas concevoir et enfanter un fils...".

 

La sainteté c'est d'être revêtu de la sainteté du Christ, au delà de nos mérites et de nos efforts! Tant mieux si l'on peut coopérer et répondre à ce don, mais le don réalisé, donné c'est d'être uni au Christ dans sa personne: on comme une personne avec lui, et cela est au-delà de notre conscience et de notre volonté ! (quasi una personna dit St Thomas et le P Chardon, mystique dominicain du 14e)

 

Et ça s'est insupportable si on a un tout petit peu de sang dans les veines, si on a un peu le sens de la justice: c'est même insupportable, parce que c'est trop de gratuité! et c'est le refus même de Lucifer! C'est la grande tentation des stoïciens, grands vertueux et tout ceux qui font beaucoup d'effort pour garder un peu de hauteur dans cette vie! C'est la tentation pharisienne, qui a terme est de se reposer et de ne vivre que des vertus acquises, donc de soi-même et de ne pls accepter que l'amour nous déloge, qu'il s'impose et qu'il réveille constamment la véhemence des passions, cette 'maladie' de l'âme comme disait les stoïciens! C'est bien la peur des biens pensants, d'une certaine droite catho en France, satisfaite d'elle-même, en mal d'identité, qui se fait juge même d'évêques nommés par le Pape, sûr de son bon droit et de ses principes, qui matérialise tout et qui répète sans le comprendre St Thomas d'aquin, dans une distinction scolastique des péchés mortels/véniels par exemple, sans comprendre le regard contemplatif qui le sous-tend...

 

Et là, gare, car notre coopération peut-être un obstacle à son don: l'homme alors refuse la gratuité de Dieu au nom de sa propre humanité: certains c'est en idolâtrant la liturgie, d'autres leur auto-lucidité, d'autres leurs raisonements, d'autres leur volontarisme etc... (CF JPII à Paris, aux évèques en 1980)

 

Or, le don du Christ nous éprouve! C'est un amour substantiel qui est de trop, et tant que chacun ne sera pas un 'amoureux' du Christ, tant qu'on ne s'oubliera pas soi-même, tant qu'on vivra avec cet esprit critique ou l'intelligence qui mesure sera première -héritière de Descartes et son cogito- on restera dans un regard religieux, humain, de l'homme qui tend vers Dieu! Mais ce ne sera pas la foi: cette lumière obscure qui ne dit rien à mon intelligence et qui réclame une mort de cette intelligence! même pour la V. Marie la vie éternelle est un don gratuit qui s'impose au delà de ses mérites ou sa coopération! Et elle aurait pu le refuser: car ça éprouve sa nature! Elle aurait pu refuser que les plus pauvres, le plus grand des salopards entrent au ciel; pour l'intelligence humaine ça restera toujours un scandal insupportable! Il n'y a qu'une confiance d'enfant qui suspend son jugement qui puisse accepter cela !

Le saint, c'est donc bien celui qui s'oublie, qui arrête de croire en lui-même!

fr Grégoire.