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Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer !

18 Octobre 2014, 09:49am

Publié par Fr Greg.

Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer !

Il y a une tentation dans l'Eglise, et qui ressurgit avec le synode sur la famille et la question des divorcés-remariés, celle de croire que le Christ attend notre conversion pour venir à nous! Comme si le premier pas venait de nous, qu'il fallait se purifier pour acceder enfin aux sacrements! 

 

Il suffit d'entendre les analyses de certains cathos qui se font les défenseurs acharnés du  droit canon, sans comprendre qu'il s'agit d'une pratique, d'un moyen éducatif, et que ce n'est pas du tout au même niveau que le mystère divin qui nous est donné à vivre. Et ils insistent en montrant que permettre l'accès aux sacrements à "n'importe qui" reviendrait à accepter et légitimer ipso facto toutes situations 'irrégulières'.

 

Mais, pourquoi dire que l'accès aux sacrements serait légitimer toutes états de vie? C'est déjà une énorme confusion que de mettre nos états de vie, nos errements, nos fautes au même niveau que le don du Christ! C'est encore plus énorme que de vouloir que notre attitude et pratique morale soit la condition pour vivre de son don! On retrouve là la tentation manichéene, perfectioniste, religieuse et moralisatrice des grands inquisiteurs qui veulent 'sauvegarder l'ordre moral'! C'est rester à la porte de l'evangile que cela; c'est fermer le chemin du ciel qui vient à nous! En effet, communier c'est laisser Dieu s'emparer de moi, et ce n'est pas au même niveau que mes ornières et fautes morales, prudentielles, mes vices et mes états de péchés, que d'ailleurs le Christ veux lui-même porter. Mais non, pour les défenseurs de l'ordre catéchétique, "je règle mes problèmes et ensuite je me permets d'avancer vers le Christ... Je passe au lavage (confessions) et ensuite je peux me laisser aimer..." c'est réthoriquement et humainement louable. Mais ce n'est pas la pédagogie du Christ!

 

Le problème est en fait très mal posé: il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise reconnait les divorcés remariés, ou change de doctrine, mais si une personne en état de 'faute', de péché, -ce qui est le cas de tout homme vivant sur terre- peut s'approcher du Christ, ou plutôt laisser le Christ s'approcher de lui! recevoir un sacrement, c'est se laisser transformer par le Christ: ce n'est pas légitimer nos trucs tordus! comme ce que fait la femme pécheresse dans l'évangile, le bon larron etc.

 

Et la miséricorde n'est pas du laxisme: c'est affolant de dire cela! le Christ vient pour tout homme pécheur: aucun en son état n'a 'droit' au Christ, aux sacrements; Montrer le chemin idoine voulu par Dieu à l'origine dans l'amour (fidélité au conjoint par exemple) ne signifie pas que ceux qui sont 'en dehors' du chemin (nous tous depuis la faute originelle) ne sont pas rejoint par le Christ: c'est le sens même de l'incarnation qui serait remis en cause!

L'origine de cette confusion est une compréhension 'religieuse' (l'homme qui tend vers Dieu) et non chrétienne du sacrement (Dieu qui vient se donner gratuitement à l'homme tel qu'il est) de cette présence excessive du Christ pour nous.

L'Eglise douane du Christ ou maison du Père? Relisons le Fils prodigue... ou le bon samaritain: qu'a fait cet homme dans le fossé pour être ramassé? Nous sommes tous dans le fossé, inconscient. C'est le Christ qui vient nous prendre tel qu'on est

Mais, l'excès de miséricorde est de trop pour les hommes; Jésus holocauste d'amour, donné en nourriture à tout homme, ça c'est insupportable pour le pharisien, l'idéologue ; c'est trop d'amour; Les pharisiens haïssent la miséricorde, la bonté excessive qui se donne aveuglément...

La miséricorde -le mystère de l'incarnation- est sans notre consentement: ça s'impose ! (cf Vat II, Gaudium et spes n°22. On n'a pas le choix! Cf Somme Théologique, IIIa pars, Q1 & Q2.) Autre le pardon des fautes, autre le don de Dieu qui s'impose à nous et qu'on ne reçoit pas si on le refuse volontairement! Ainsi quand je me confesse, Dieu comme Père n'a pas attendu que je lui demande pardon pour me pardonner, -comme l'amour qui s'impose en nous, l'effet en nous de l'attraction de l'autre- mais pour que l'amour aille jusqu'au bout, il faut qu'il s'incarne dans un geste: là l'amour peut prendre toute la personne -telle est la place du sacrement ou j'exprime dans un choix, que je veux que l'amour prenne tout en moi, qu'il ne reste pas 'embryonnaire' pour qu'il exerce toute sa puissance; cela réclamera ensuite, pour qu'il se déploie, que je corrige autant que possible mes désordre, en m'appuyant sur sa puissance, son efficacité, son effectivité: le sacrement est donc premier et dernier, avant toute coopération et il est ce qui coopère en moi à me rectifier; le refuser à quelqu'un -sous prétexte de désordre- c'est donc l'empêcher de coopérer.

 

Ainsi, malgré ce qu'on croit trop souvent, la liberté humaine n'est pas première: on n'est pas libre d'exister, de respirer, d'être homme ou femme, de naitre dans tel pays, à telle époque, dans telle culture, de recevoir telle éducation, d'être telle personne (âme) d'avoir telle capacité physique (corps)... je suis d'abord 'libre' d'accepter ou de refuser ce qui s'impose à moi, ensuite d'orienter ce donné, de le faire progresser ou non...

 

La miséricorde s'impose: c'est un don qui nous met à la taille de Dieu, et c'est encore une miséricorde que notre réponse. C'est pour cela que Dieu permet le péché originel, il s'en sert pour nous entrainer dans un don qui va plus loin que la première création: "Ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel sauveur!" C'est en cela que sa miséricorde ne permettra pas non plus que notre refus soit absolu (dixit St Augustin repris par St Thomas) La miséricorde est donc plus qu'une pitié que les cathos bien satisfait d'eux-mêmes appellent 'dangereuse': c'est un don excessif, de trop, qui s'impose, au delà de notre conscience et de notre coopération; c'est anti-éducatif, c'est de trop pour nous! Oui: trop de bonté, trop de gratuité puisque c'est à la taille de Dieu. Et c'est cela la vérité: c'est que Dieu est Père: pure source, pure attraction, pure bonté !

 

Fr Grégoire.