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« Chemin de croix » ou comment le formalisme angoissé de certain catho tue !

30 Octobre 2014, 15:21pm

Publié par Fr Greg.

« Chemin de croix » ou comment le formalisme angoissé de certain catho tue !

"Chemin de croix" ou comment une vision doloriste, moralisante, rigide, liturgico-ritualisante (la vraie messe, la vrai foi...) et extrêmement stupide de la foi basé sur la peur, l'angoissante distinction scolastique des "péchés" (véniels, mortels etc) est un univers totalement reclus sur lui-même, un carcan idéologique destructeur, un enfermement psychologique d'une quête de perfection, de pureté sectarisante et de liturgie idolatrée. Les plans statiques, sans vie, sans mouvement et net comme des peintures reflètent cet univers malade et angoissé de trop nombreux cathos 'tradis'. On comprend que cet univers ait explosé en 68. Et dire que certains veulent y revenir... Glaçant.

fr Grégoire.

 

Synopsis: 

Maria, 14 ans, est une ado d'aujourd'hui élevée dans une religion d'hier : un catholicisme intégriste confit dans les traditions qui prône une conception guerrière de la foi. Interdite de tout (même de manger un gâteau, pour ne pas « succomber à la tentation », ou d'écouter du rock, cette musique « satanique »), la jeune fille s'abîme en dévotion et, en bonne soldate de Dieu, rêve de devenir une sainte. Jusqu'à vouloir se sacrifier pour « sauver » son petit frère, inexplicablement muet depuis sa naissance...

 

 

Pour exposer le calvaire de son héroïne, le réalisateur berlinois Dietrich Brüggemann adopte une forme radicale : quatorze plans fixes, comme les quatorze stations du Christ sur son chemin de croix, dont des cartons noirs reprennent les intitulés liturgiques (« Véronique essuie le visage de Jésus », « Jésus tombe pour la deuxième fois »...). Sur le papier, ce concept a tout du gadget. A l'écran, il se révèle terriblement efficace pour représenter l'enfermement psychologique : un univers dont Maria ne peut s'extraire que par la mort. Les rares mouvements de caméra (quatre seulement en cent dix minutes !), placés à des moments charnières du parcours de la jeune fille, revêtent alors une grande puissance symbolique. Tel ce lent travelling latéral, lors de la cérémonie de confirmation à l'église, qui annonce le passage de l'enfance à l'âge adulte. Ou ce bref panoramique vertical, qui précipite l'adolescente hors du monde des vivants...

 

Les images composées comme des tableaux hyperréalistes évoquent les films dérangeants d'Ulrich Seidl (la trilogie Paradis, le documentaire Jésus, Toi qui sais). Mais sans le regard volontiers cynique du provocateur autrichien. Brüggemann ne condamne pas les croyants : la rencontre avec un garçon fan de gospel, le soutien affectueux de Bernadette, la fille au pair française rappellent que la foi peut être synonyme de tolérance et de joie. Le film ne s'attaque pas à la religion, mais à ses effets dévastateurs sur des individus en quête d'idéal, quand ils suivent les préceptes du dogme à la lettre — si absurdes soient-ils.

 

 

A travers le destin tragique de Maria, c'est un processus de dépossession de soi que raconte le film. Un endoctrinement orchestré par un jeune prêtre charismatique, et redoutable dialecticien dans l'impressionnant cours de catéchisme qui ouvre le récit. Mais aussi une manipulation mentale conduite de manière inconsciente par la propre famille de la victime : une promenade dominicale dans la campagne, un trajet en voiture, un repas banal deviennent des épreuves d'humiliation et de soumission à un ordre intransigeant. Dans ce contexte, Franziska Weisz compose une mère toxique parmi les plus terrifiantes vues depuis longtemps...


http://www.telerama.fr/