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Une éducation catholique...

11 Septembre 2014, 10:16am

Publié par Fr Greg.

Une éducation catholique...

 

Catherine Cusset a vraiment l’art de nous conter des histoires de famille, sans concession, sans retenue ni tabou. J’avais déjà apprécié sa plume et son côté sulfureux dans « La haine de la famille » qui s’intéresse aux rapports mère-fille à travers 3 générations, mais j’ai adoré ce dernier roman (autofiction?) qui nous plonge dans l’enfance et les apprentissages d’une jeune fille tiraillée entre un père catholique pratiquant et une mère juive athée.


La narration à la première personne évoque d’abord les croyances religieuses d’une pré-ado précoce qui frise la crise de mysticisme à l’occasion de sa retraite de communion.
Elle est pratiquante par éducation et par habitude d’abord, mais croire en Dieu est aussi un moyen de se rapprocher du père.

« Il y a deux choses que, toute mon enfance, je fais avec papa: prendre l’air et aller à la messe. Pour maman, ce sont deux occasions de se débarrasser de nous ».

Et comme elle préfère l’écriture ou les balades virtuelles dans les livres aux longues promenades en plein air, la messe lui semble plus supportable. Cette lucidité ne l’empêche pas de se sentir élue, ce qu’elle rapporte avec une auto-dérision particulièrement plaisante:

« Pour ma communion solennelle, je rédige un message qui m’a terriblement coûté. Je promets à Dieu que, dorénavant, je ne haïrai plus ma soeur. Quand je l’ai lu devant l’assemblée, j’ai tremblé. Par rapport aux professions des autres enfants, la mienne me paraît la seule vraie. Je n’y déclare rien d’immense. Juste la promesse d’un effort dont je suis particulièrement fière à cause de la difficulté à le réaliser. Je me sens comme une sainte. Pour une telle honnêteté, une lutte si pure et courageuse contre mes pires instincts, Dieu ne peut que me choisir. Il y a cela aussi, en moi: l’esprit de compétition. Le désir d’être la meilleure, même en sainteté. »

« je me sens du côté des saints, de ceux qui endurent toutes les souffrances pour leur religion, qui se font crucifier, déchiqueter, écorcher, attacher sur une roue et arracher les membres, sans qu’une plainte s’échappe de leurs lèvres. »

Marie n’est pourtant pas toujours une sainte! Son attitude dans les supermarchés peut-être douteuse, et la vanité et la démesure, une certaine hybris, ne lui font pas peur. Elle est plus souvent dans l’ethos que le pathos si bien que sa vie est une véritable comédie.


Au delà de cette éducation catholique, Catherine Cusset nous entretient avec beaucoup d’humour et de profondeur, de la foi, au sens large, et de ses dommages collatéraux. Notre gosse à la langue déliée, qui a toujours un avis sur tout, constate combien la foi en Dieu peut rimer avec une certaine confiance en soi, qui la quitte lorsqu’elle abjure sa religion, au grand dam de son père.

« J’ai compris ce jour-là, que le croyant avait besoin de la protection d’un dieu parce qu’il était fragile. » Renégate, elle doit donc trouver une autre voie, un autre Verbe, pour croire un minimum en elle-même et finir de grandir. En quoi peut-on donc avoir foi? En l’amour? En l’amitié? En soi? En des valeurs universelles? En l’avenir ou en la mort? Quel que soit le choix, il court le risque de se confondre avec la passion, un motif que décline merveilleusement Catherine Cusset dans ce qui relève du récit d’apprentissage.


L’écriture jubilatoire est empreinte d’une grande sincérité. Les analyses, souvent très incisives, échappent à la pudeur et posent les vraies questions, celles qui interrogent en profondeur tout autant les personnages que les lecteurs. 

http://sabariscon.wordpress.com/

 

Derrière ce récit, c'est une analyse des représentations de Dieu que l'on peut se faire et qui tombent les unes après les autres. On y parle d'éducation religieuse, de croyances, d'imaginaire animiste, de fausses croyances et d'expériences humaines. D'évidences et de doutes. Jamais de la foi. On ne peut douter de la foi puisqu'elle n'est pas évidente... Quand on dit que l'on doute c'est qu'on l'a confondu avec une connaissance humaine. Comme quand on dit qu'on n'a plus la foi, ou qu'on l'a. La conscience de croire n'est pas la foi. Du coup, ce serait quoi d'éduquer à quelque chose que l'on ne possède pas? C'est quoi une 'éducation catholique'?

fr Grégoire.

Attention certains passages risquent de choquer les catho-bobos.