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L'enfant a besoin de «faire lentement l'expérience de la vie»

8 Septembre 2014, 11:18am

Publié par Fr Greg.

L'enfant a besoin de «faire lentement l'expérience de la vie»

Dans son dernier ouvrage, la psychologue Geneviève Djénati explique l'importance de la notion de temps et d'ennui pour l'enfant.

 

«Pour l'immaturité, il n'y a qu'un traitement. L'écoulement du temps », avertissait le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott. Mais alors, dans une société de l'urgence d'où la durée semble avoir disparu, comment nos enfants peuvent-ils grandir ? Les rythmes fous qu'on leur impose ne cessent d'interpeller les spécialistes de cet âge tendre, où l'on doit «faire lentement l'expérience de la vie », écrit la psychologue Geneviève Djénati dans Attends… Dépêche-toi . À force de remplir le «temps des horloges » (temps social, intelligible et partageable par tous), avons-nous tué le «temps subjectif », celui que l'on emploie à vagabonder au pays des rêves ?

 

Passé, présent, futur. Le premier, où se remémorer ce que l'on a été, le second pour être attentif à ce qui se déroule, le dernier, qui suscite attente et désirs. Pour se construire, «accéder à la continuité et au sentiment sécurisant que la vie a un sens », nous explique l'auteur, l'enfant doit combiner les trois.

 

Mais en réduisant la temporalité à «un présent omniprésent », la société oblige les parents, «la tête encore au travail et le corps sur le canapé», à gérer la vie familiale comme une entreprise, avecla même exigence de vitesse et d'efficacité pour tous. On se presse, nous explique la psychothérapeute, avec pour objectif paradoxal de ne jamais arriver au point final… la mort.

 

Éduquer, c'est «prendre le temps de donner du sens à nos actes pour choisir la direction à prendre ». Mais «le contrôle a eu le dessus sur l'éducation », regrette Geneviève Djénati. Alors surtout, pas de frustration. On gâte l'enfant, on lui donne tout, mais ce faisant on le prive d'une chose : l'attente. Fondamentale pourtant, car «l'enfant qui n'attend pas ne s'attend à rien. Il n'a pas d'avenir ».

 

Apprendre à penser

 

Surtout pas d'ennui non plus. Mais sans ennui, l'enfant est «seul dans un monde sans durée », son temps ne s'écoule plus  ; comme la musique, nous dit Geneviève Djénati, la vie appelle pourtant des tempos différents, certes fiables et réguliers, mais sans oublier les variations, les surprises et les vides. Il ne faut donc pas voler à nos enfants le «temps subjectif » qu'emplissent nos rêves et nos affects : indispensable à leur imaginaire, il leur permettra d'apprendre à relier le passé au futur.

Grandir, nous dit la psychologue, c'est «se former à remettre en question ce qui est établi. Pour cela, il faut que quelque chose soit établi ». Le fil du langage doit donc aider à tisser l'histoire familiale et culturelle sur laquelle l'enfant brodera ses propres motifs. Avec du temps et son histoire, l'adulte doit «dessiner un lieu » où l'enfant pourra «protéger ses rêves ».

Pour devenir lui-même, d'abord, mais aussi… apprendre à penser. Si l'on tait son passé, si l'on vole son présent, si l'on nie son futur, l'enfant n'aura pas envie de grandir et ne se soumettra pas au temps social faute de savoir qu'on peut aussi s'en extraire. Alors, selon l'auteur, les troubles de l'humeur et du comportement guettent. Obsession, hyperactivité et dépression sont, dit-elle, des pathologies liées au temps où l'on fait «en sorte que rien ne bouge ».

 

Tristes sont alors ces enfants dont les parents souffrent de «la maladie de prédire » l'avenir et se prémunissent contre tous ses risques : ils n'ont pas encore grandi que déjà, de leur vie, «le rêve et le désir sont bannis ».

Attends… dépêche-toi,  Le temps des parents, le temps des enfants,Geneviève Djénati, Éd. L'Archipel

Soline Roy, Le Figaro.