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Bullhead

7 Septembre 2014, 10:28am

Publié par Fr Greg.

Bullhead

Un film dur, mais immensément réaliste!

 

Au sud de Limbourg, Jacky est à la tête d'une grande exploitation agricole. A 33 ans, cet éleveur, renfermé et imprévisible, participe à un trafic d'hormones, en collaborant avec un vétérinaire corrompu, Sam. Lorsqu'un policier qui enquêtait sur cette mafia des hormones est tué, les soupçons se portent sur Jacky, qui était sur le point de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants, De Kuyper. La situation se complique encore pour Jacky lorsqu'un de ses amis d'enfance, Diederik, revient après vingt ans d'absence...

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Belgique. De pourri et de monstrueux. Cette sombre histoire de trafic d'hormones chez les éleveurs flamands est inspirée par l'affaire Van Noppen, l'inspecteur vétérinaire tué en 1995 par « la mafia des hormones ». A mi-chemin entre le thriller et le western, le premier film de Michaël R. Roskam parvient à donner au fait divers une ampleur scorsésienne. Les cow-boys et les gangsters sont ici des paysans pur jus (de houblon), manières rustaudes, bottes en caoutchouc et patois à couper au couteau. Tous plus louches ou dégénérés les uns que les autres.

Parmi eux, un certain Jacky, colosse aux pieds d'argile, montagne de muscles à la psyché en vrac, qui s'inflige, pour une raison cachée, le même traitement hormonal que les boeufs qu'il élève. Au point de leur ressembler : le « bullhead » du titre, c'est lui. Cou de taureau, muscles sail­lants, Matthias Schoenaerts, qui a pris vingt-sept kilos pour le rôle, porte le film sur ses épaules hypertrophiées, effrayant par ses accès de violence mais aussi bouleversant de fragilité quand il échoue à séduire l'amie d'enfance qu'il n'a jamais cessé d'aimer. Cette prestation soufflante lui a permis de décrocher le rôle titre dans le prochain Jacques Audiard, Un goût de rouille et d'os.

Derrière chaque monstre, il y a un enfant blessé. Une fois le trauma de Jacky révélé, le scénario devient encore plus noir : un requiem vengeur. Plastiquement aussi, les couleurs sombres dominent, avec des plans magnifiquement léchés, où les percées de lumière semblent citer Rembrandt. Le piège se referme alors sur le héros maudit, et, comme une tragédie de Shakespeare, ce polar ultra oppressant explore les rivalités père/fils, alterne le grotesque et l'effroi. D'un côté, les disputes comiques de deux frères garagistes wallons, dont la stupidité dépasse les bornes, fonctionnent comme des soupapes. De l'autre, le pays apparaît déchiré. Dans ce film sur la frontière - entre les langues, entre l'homme et l'animal - aucune réconciliation à l'horizon entre les trafiquants flamands et les rares personnages wallons. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Belgique...


Jérémie Couston, Télérama.


 

Bullhead
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