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Motobécane

21 Juillet 2014, 10:04am

Publié par Fr Greg.

Motobécane

GENIAL!

Un texte écrit et interprété par Bernard Crombey, seul en scène, impressionnant d’authenticité. Le drame poignant et infiniment triste d’un homme seul et blessé.

 

 

Victor, surnommé “Motobécane“, mène une vie simple et sans histoires. Récolter les bouteilles vides, collectionner les étiquettes et prendre plaisir à respirer “el bon air à campagne“ en roulant sur sa mobylette bleue, voilà son gagne-pain et quelques petits bonheurs. Ce “quitte à quatorze“ (l’école) écrit sans manquer un “s“ à la fin des mots. Il n’est pas si bête.  Puis sa vie bascule. Il rencontre la “tiote“ Amandine, la recueille naïvement chez lui parce qu’elle ne veut plus aller à l’école, ni retourner chez elle car sa mère la bat. Emu par l’enfant, touché par le fait que quelqu’un lui accorde autant d’attention, il ne la ramène pas chez elle et la garde auprès de lui plusieurs semaines. Les gendarmes, à la recherche de la petite, finissent par l’arrêter, par hasard.

Drame poignant

Avec l’accent picard, Bernard Crombey  retrace l’histoire de cet homme blessé,  qui écrit sa “vérité à l’exacte“ depuis sa “chambre à barreaux“, drame poignant d’une  solitude irrémédiable et sans issue.  Au-delà des clichés du terroir campagnard, d’un vocabulaire et d’une syntaxe qui peuvent prêter à sourire, cet accent et ces mots simples donnent à l’interprétation un relief humain particulier : la langue s’enrichit d’étonnants raccourcis poétiques et d’une saveur particulière, et cette espèce d’étrangeté du verbe n’empêche en rien la proximité avec le spectateur, bien au contraire. Une telle langue ne constitue pas un masque, elle révèle au contraire cet homme dans toute sa naïveté et sa sincérité, faisant de la scène de théâtre le lieu d’une incarnation étonnamment  juste et sans fard. « Il est fondamentalement honnête », dit Bernard Crombey de son personnage, qu’il a créé en s’inspirant du roman Le Ravisseur de Paul Savatier, roman imaginé  à partir d’un fait-divers de 1975. Cette confession désespérée d’un homme seul au monde, forcément très malhabile avec les juges, impressionne par son authenticité, et par son infinie tristesse malgré le verbe éminemment savoureux.

 

Agnès Santi

http://www.journal-laterrasse.fr/

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