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"Le porteur d'histoire" Jubilatoire !

28 Juillet 2014, 15:08pm

Publié par Fr Greg.

"Le porteur d'histoire"  Jubilatoire !

 

"Tout notre passé est une fiction", dit l'un des personnages au début de la soirée. C'est une invite à un curieux voyage dans l'Histoire et la fiction. Car Alexis Michalik va tendre un fil, puis un autre, et prendre le spectateur dans une toile d'araignée qui sans cesse fait des sauts dans le temps et à travers les frontières. 

Au départ, un voyageur français rencontre deux femmes en Algérie, dans un village. Il semble que ces personnages n'aient rien à se dire, les femmes veulent parler le moins possible à ce visiteur. Mais il y a des livres dans cette maison perdue, toute une bibliothèque qui témoigne d'un goût de la lecture et des histoires - c'est l'un des thèmes de la pièce - mais aussi d'un passé commun entre ces individus qui semblent si loin des uns et des autres. Dès lors on avance dans différentes temporalités. Reculades dans diverses strates du passé, essentiellement à l'époque romantique, au temps d'Alexandre Dumas qu'on ne va pas tarder à rencontrer (hommage non dissimulé au maître du roman historique et échevelé, le grand modèle !), mais aussi jusqu'en 1348 ! Progressions dans notre présent : ces premiers personnages - car on en croisera beaucoup d'autres - ne vont pas se quitter et vont vivre de nouvelles histoires, liées au passé, sous nos yeux. 

Deux histoires centrales 

Les éléments sont multiples. On s'y perdrait s'il n'y avait pas deux massifs, deux points centraux. D'un côté, l'histoire donnée comme utopique ou incertaine d'une famille "de Saxe de Bourville" dont l'une des figures est l'un des mystères de la soirée. De l'autre, une famille ardennaise où un homme a laissé des carnets qui éclairent des dizaines d'années d'un point de vue privé et public. Livres et récits intimes sont, d'une certaine façon, d'autres personnages de la pièce, tant Michalik leur donne de rôles dans son roman théâtral. Il sera même question de dizaines de livres retrouvés dans un cercueil à la place d'un corps, lorsque la boîte oblongue sera ouverte longtemps après l'inhumation ! 

Michalik, dans la présentation du programme, parle de son texte comme ouvrant "des tiroirs narratifs et des pistes illimitées de récit", ce qui est sans doute un peu exagéré. Mais il a mis en place un jeu dont on peut dévider les bobines pendant des heures et qu'aucun résumé bref, comme le nôtre, ne peut évoquer vraiment. La scène est presque nue, les acteurs sont au début en maillot de corps. Mais un vestiaire visible, non loin d'un tableau noir où s'inscrivent quelques mots essentiels, va permettre aux acteurs d'opérer les transformations nécessaires, et elles seront nombreuses. 

Vertige fort stimulant

Amaury de Crayencour, Évelyne El Garby Klai, Magali Genoud, Éric Herson-Macarel et Régis Vallée changent aisément de personnalité, en résolvant d'abondantes difficultés : parfois, deux acteurs jouent en même le même personnage, mais à deux échelles du temps différentes ! 

Michalik a réussi avec ses interprètes la traduction théâtrale et charnelle d'un projet qui aurait pu rester abstrait. C'est donc d'un vertige fort stimulant. Même si l'on peut éprouver un sentiment de gratuité ou d'ivresse un peu facile. À maintes reprises il fait l'éloge du savoir et celui de l'imaginaire, deux notions qu'il raccorde mal. Umberto Eco est sans doute plus profond que Michalik. Mais ce dernier n'en est pas moins un fabricant de jeux diaboliques et passionnants.

Le porteur d'histoire, texte et mise en scène d'Alexis Michalik.

"Le porteur d'histoire"  Jubilatoire !