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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La racine de la vie c'est la contemplation (III)

29 Juin 2014, 07:29am

Publié par Fr Greg.

La racine de la vie c'est la contemplation (III)

Que retenez-vous de l’enseignement de l’Évangile ?

Être heureux, c’est être présent. Et je ne sais pas de présence plus vivante que celle qui passe dans les évangiles. C’est aussi simple que ça, le lien est direct. être heureux ne veut pas dire ne plus rien souffrir, être épargné. Il y a comme un tout petit fil d’or de la vie qui circule dans les évangiles, et qui est aussi dans nos veines. Et les évangiles permettent de le retrouver en nous. Ce sentiment donne une certaine légèreté de la vie, qui ne vous quitte pas, malgré les obstacles, malgré les erreurs, malgré les impasses, malgré l’adversité, malgré la mort certaine, à venir. Il y a quelque chose qui n’est démenti par rien, comme un bruit de source, comme un chant d’oiseau qui ne se laisse pas convaincre par le crépuscule, il y a quelque chose dans la vie qui ne s’éteint jamais et dont on peut trouver l’éclat dans les évangiles, plus que dans aucun autre livre. On peut trouver aussi cet éclat en nous, car je pense qu’on le porte en nous. Je pourrais dire que paradoxalement, la vie la plus sainte serait la plus heureuse, et inversement, que la vie la plus heureuse serait la plus sainte.


Comment interprétez-vous le Sermon sur la montagne ?

Ce sermon est extraordinaire, car c’est comme si la main de l’ange prenait la terre entière et la renversait comme un sablier : toutes les valeurs sont renversées. Si on le lit avec bienveillance et en oubliant à peu près tout ce que l’on croit savoir, si on le découvre comme pour une première fois, comme s’il venait d’être dit, on comprend que la vraie surabondance, c’est d’être dépouillé et ainsi de suite. Je pense qu’il n’y a pas d’interprétation particulière : un cœur simplifié va comprendre tout de suite, je crois. Ca parle au plus profond, et le plus profond, c’est le plus simple, et le plus simple ne demande pas à être interprété. Il suffit de se rendre assez simple pour faire résonner tous les tambours de cette parole, pour les entendre soi-même.


Quel rapport entretient votre écriture à la nature ?

On ne sait pas toujours ce que l’on fait, on n’est pas toujours le meilleur spectateur, le meilleur lecteur de sa propre écriture. C’est certain que la parole de la nature est toute droite. Si on regardait vraiment la moindre fleur des champs, on aurait honte. Parce que si on la regarde, on voit immédiatement sa générosité. C’est incroyable cette endurance qu’ont les fleurs, dans les prés, jour et nuit. Regardez, je suis enrhumé, un rien m’a enrhumé, mais elles, elles n’ont pas le choix, elles sont là et elles subissent tout. L’avalanche des étoiles, la tourmente des vents, le silence total, l’abandon, la sécheresse, les intempérances du soleil, elles supportent tout et elles continuent de proposer quelque chose de magnifique et de très secret.

Mais c’est un secret qui est exposé au vu et au su de tous. C’est quelque chose de très précieux et de très secret qui est proposé au premier promeneur venu. Il n’y a pas de livre plus riche que celui des forêts, des prés, des campagnes, voire même des jardins, voire même - car c’est un peu ma fleur emblématique, fétiche - les pissenlits, qui réussissent à pousser par les fissures des trottoirs des rues. Il n’y a pas de livre plus riche que celui-là et c’est une parole qui est illuminée, très modeste, très profonde et qui ne désespère pas de ne pas être lue.


C’est une parole qui attend qu’on l’entende, tout simplement. C’est le livre le plus profond qui soit. Et on l’a toujours à disposition, même dans une ville comme Paris : il suffit de lever la tête, on a toujours du ciel et il y a énormément à lire, à entendre et à recevoir de cette incroyable légèreté, de cette allure insouciante des nuages qui passent par-dessus les immeubles hausmanniens. Les nuages passent, les immeubles restent, mais ce sont les nuages qui, parce qu’ils passent, disent la chose la plus importante.

Christian Bobin