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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Amours Chiennes

23 Mai 2014, 06:50am

Publié par Fr Greg.

Amours Chiennes

L'amour humain, passionel, jaloux, tyrannique... Un film grandiose !

 

SYNOPSIS

Une folle poursuite se déroule dans les rues de Mexico. Au volant, Octavio, à ses côtés, son comparse ; tous deux sont menacés de mort. Sur la banquette arrière, il y a Cofi, un chien de combat à l'agonie. Et puis c'est l'accident, point de convergence de la vie de plusieurs personnages aux destins soudain entremêlés. Peu de temps auparavant, Octavio gagnait de grosses sommes d'argent avec Cofi et projetait de s'enfuir avec la belle Susana, épouse de son frère, un minable petit voyou. Ailleurs, Valeria, célèbre mannequin, entretient une liaison avec le directeur d'un magazine, un homme marié. El Chivo, un mystérieux clochard, vit quant à lui entouré de chiens errants...

 

 

LA CRITIQUE

Un triptyque où règne le hasard, comme Kieslowski les aimait. Où les destins des personnages se brisent et ceux déjà brisés reprennent soudain vie. Voici un premier long métrage étonnant, réalisé par un jeune loup venu de la pub (ça ne se sent à aucun moment) et inspiré par un roman de Guillermo Arriaga. Tous les personnages d'Amours chiennes se croisent sans jamais se rencontrer. Mais un accident de voiture, survenu en plein Mexico, et auquel ils ont tous part, les lie entre eux d'une manière indissoluble. Cet accident est le motif central d'un film à la structure éclatée. D'un volet à l'autre du triptyque, on découvre que des points communs plus souterrains rapprochent encore ses protagonistes. Des histoires de famille et de sang. Ainsi, dans le premier épisode, un jeune homme, Octavio, trahit son frère en voulant s'enfuir avec la femme de celui-ci. Tandis que dans le troisième, un homme engage un tueur pour assassiner un associé qui n'est autre que son demi-frère. Dans cette jungle urbaine, le destin des hommes et des bêtes, pareillement dressés pour tuer, se confond cruellement. Ici, ce sont des chiens entraînés pour les combats qui permettent à certains déshérités (tel Octavio avec son « champion », Cofi) de survivre, et dont les aboiements font une terrible bande-son. Là, deux demi-frères qui, sous l'oeil goguenard d'un tueur sans états d'âme, deviennent semblables à des fauves. Attachés par une main, un revolver entre eux, c'est à qui le saisira pour effacer l'autre. Et puis il y a l'épisode central, le plus inquiétant des trois. Dans un bel appartement tout neuf s'installent Valeria et Daniel. Elle, super top model, s'est trouvée là où il ne fallait pas, au moment du fameux accident. La voici en petite voiture (elle a une jambe salement amochée), en compagnie de Daniel, qui a quitté sa femme pour elle. Et de Ritchie, un petit toutou joli. Plusieurs lattes du parquet ont cédé dans le salon. Un trou s'est formé. Ritchie y tombe. Commence alors un long moment de terreur insidieuse. Ni Valeria ni Daniel n'ont réussi à faire sortir le chien du trou. Mais, la nuit, ils entendent des couinements. Daniel se met à creuser d'autres trous dans le parquet. Et tout se craquelle : l'appartement, la passion de Daniel pour Valeria, l'avenir de mannequin de celle-ci. L'apparence du bonheur s'est muée en cauchemar. Les chiens, symboles d'une humanité dégradée, à la fois soumise et sauvage, sont la figure récurrente du film d'Inárritu. Un autre personnage en traverse les trois épisodes, lui aussi (lourdement) symbolique. Ex-révolutionnaire aux illusions depuis longtemps perdues, El Chivo, chevelu, barbu, clochardisé, marche toujours accompagné d'une horde de... chiens, dont il prend soin. C'est lui qui a recueilli, sur les lieux de l'accident, Cofi, la bête de combat d'Octavio. Et c'est lui qui a été chargé par un « client » de tuer son demi-frère. Tous deux se retrouveront finalement en un douloureux face-à-face. Cofi, le chien noir, tendre et furieux, vrai héros de l'histoire. Frère en misère du « chien blanc » de Romain Gary, que des Américains racistes des années 70 avaient élevé pour tuer du Noir... El Chivo, qui a abandonné les siens, et tué par idéalisme, par foi, par obéissance. Tous deux survivants, tous deux victimes. Qu'ont-ils fait, l'un et l'autre, sinon ce qu'on leur a appris ? Là encore, dans ce pays forcené que González Inárritu dépeint avec un talent rageur et viscéral, le sort de l'homme et de l'animal se rejoignent. Comme le dit l'un des personnages : « Si tu veux faire rigoler Dieu, parle-lui de tes espoirs »... - Pierre Murat. Télérama.