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L'Agneau et l'Epoux

17 Avril 2014, 09:08am

Publié par Les trois sagesses

Cet article est reposté depuis Les trois sagesses.

L’Agneau, c’est la miséricorde ; et c’est la passivité de l’état victimal. Etant la passivité, l’Agneau ne s’explique pas : Jésus n’a pas expliqué à Marie le chemin de la Croix. L’Agneau se tait : « Muet, il n’ouvre pas la bouche » (cf. Is 53). Et cela, c’est très rude : tant qu’il y a une explication, on s’appuie sur elle. Marie n’a aucune explication pour vivre du mystère de l’Agneau : elle est la Vierge qui suit l’Agneau partout où il va (cf. Ap 14). Elle s’appuie sur les paroles du Christ mais la parole de Dieu n’est pas une « explication ». Et le Samedi Saint, dans le mystère du sépulcre, c’est le silence le plus absolu, un silence substantiel. Il n’y a plus d’œuvre mais un état victimal radical. L’œuvre est accomplie : « Tout est achevé » (Jn 19) et il est remis à la terre, dans le sépulcre, dans cet état ultime de passivité de l’Agneau, la passivité de la mort.

Pourquoi, dans le mystère de l’Agneau, Jésus va-t-il jusqu’à se servir de la mort ? Parce qu’elle porte une passivité substantielle : il est remis à la terre pour qu’il y ait l’initiative de Marie et sa propre passivité dans l’amour. Si Marie n’était pas la Femme, celle qui est une avec l’Époux qui l’entraîne dans son mystère d’Agneau, elle ne pourrait pas le supporter. En effet, la pure passivité est inintelligible, elle fait trébucher, elle est la pierre de scandale. Pourquoi celui qui est la Force de Dieu se laisse-t-il faire de cette façon ? Pourquoi se laisse-t-il ainsi massacrer par les hommes ? « Muet, il n’ouvre pas la bouche » : il ne donne pas d’explication. Celui qui est l’Époux, qui est le prêtre, a comme ultime initiative de s’offrir lui-même comme Agneau : son sacerdoce s’achève dans un état victimal ; et il y entraîne Marie, la Femme.

Cela est vrai dans notre propre vie. La vie contemplative chrétienne, à la suite de Marie, nous entraîne dans une passivité, celle de l’Agneau, sans explication, ce qui peut nous révolter. Le mystère de la Compassion de Marie la fait entrer dans le mystère de l’Agneau, et réalise une unité dans le silence, dans une plénitude d’amour, de foi et d’espérance, sans plus aucune œuvre, d’une certaine façon. Il y a l’œuvre de la Croix ; puis il y a quelque chose d’ultime, qui comporte le dépassement de l’œuvre : cette passivité substantielle de l’Agneau, qui plonge le cœur de Marie dans un silence substantiel et dans l’adoration du dernier sabbat. Il n’y a plus que la foi et l’espérance pour que l’amour soit plénier : Marie n’a pas « compris » quelque chose, elle est entrée dans un mystère. Et sans l’amour on n’y entre pas : on en reste au scandale de la Croix et on s’arrête en chemin.

Si l’Agneau est l’achèvement du sacerdoce du Christ, il est l’acte ultime de l’Époux : la passivité ultime de l’Agneau fait donc comprendre la jalousie d’amour, la préférence d’amour de Jésus pour Marie. Il est l’Époux qui la regarde comme la Femme et l’aime d’un choix d’amour unique. La plénitude de foi de Marie fait qu’elle n’a jamais remis en cause l’amour de l’Époux, même dans le plus grand abandon, dans le délaissement apparent le plus extrême, dans le dépouillement ultime du sépulcre. Nous, quand nous oublions le choix de préférence du Christ, quand il se tait, nous commençons à demander des comptes et nous revenons au niveau de la justice. Nous oublions la gratuité de l’amitié. Le silence de Jésus Agneau n’est pas le signe qu’il ne nous aime pas : c’est au contraire le signe de sa préférence d’Époux qui nous fait totale confiance et nous choisit. L’Époux est celui qui dit : « Je t’aime à ce point que tout est unique entre nous ». « Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? » (cf. Jn 2), il n’y a rien entre nous qui soit une séparation. « Qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Jésus montre par là qu’elle est celle qui est parfaitement une avec lui et coopère donc parfaitement à son œuvre propre. Jésus ne dit pas du tout : « De quoi te mêles-tu ? », comme beaucoup l’interprètent malheureusement. C’est l’inverse : c’est la jalousie d’amour du choix de l’Époux, qui établit une totale confiance, une unité parfaite dans l’amour.

Et lorsqu’il devient l’Agneau, lorsqu’il s’efface, il n’est pas moins l’Époux : il est encore l’Époux dans sa jalousie d’amour, ce que le Cantique des cantiques montre tellement. C’est l’Époux qui a l’initiative et il s’efface, non pas parce qu’il est infidèle dans l’amour, mais pour que la Bien-aimée comprenne que l’amour va jusque-là : dans l’effacement, le silence, l’absence, – « Il est bon pour vous que je m’en aille ». C’est encore la jalousie de son amour d’Époux, qui la fait entrer dans un amour tellement gratuit qu’il porte même le silence, l’absence, et jusqu’à la mort : c’est un amour de résurrection, c’est un amour de gloire.

L’amour de l’Époux est Celui même de Dieu : il finit par être un amour glorieux, un amour victorieux de tout ; il n’y a plus que l’amour. Et si Jésus accepte cette passivité de l’Agneau, s’il se laisse mener comme l’agneau à l’abattoir (Is 53), c’est pour qu’il y ait l’initiative de l’Épouse qui coopère et découvre le secret de l’amour divin, le mystère personnel de l’Esprit Saint Paraclet, à travers la passivité la plus grande. A travers l’Agneau, à travers le geste ultime de l’Agneau, la blessure du Cœur, à travers le silence victimal ultime de l’Agneau, du Verbe devenu chair, Marie découvre l’amour de l’Époux dans ce qu’il a d’ultime. Elle y coopère en entrant pleinement dans l’intention du Père. A la Croix et dans le mystère de sa Compassion, elle vit pleinement selon l’intention du Fils qui glorifie le Père (cf. Jn 17). Elle y entre, dans une unité plénière : l’époux et l’épouse vivent l’unité dans l’amour. Elle est pleinement la bien-aimée, dans une unité parfaite.

 

M.-D. Goutierre

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