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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Une pierre à aiguiser l'attention...

17 Janvier 2017, 05:23am

Publié par Grégoire.

Une pierre à aiguiser l'attention...
"La racine du mauvais monde dans lequel nous nous trouvons, c'est la négligence, c'est le défaut d'attention, un manque d'attention, c'est que ça. C'est peut-être pour ça que la poésie est une chose vitale, parce que la poésie est une pierre à aiguiser l'attention, une sorte de pierre de sel, pour se frotter les yeux, pour se frotter les paupières, pour revoir le jour enfin, pour revoir ce qui se passe, pour revoir le jour et les nuits et la mort en face, cachée derrière le soleil, voir tout ça. Le voir s'en trop s'en inquiéter, s'en trop s'en alarmer.C'est ça je crois la racine du mal d'aujourd'hui qui est grande, c'est juste un défaut panique d'attention, qui suffit pour engendrer tous les pires désordres et les maux les plus terribles. Juste ça, l'attention.
Ca ne sert à rien de se plaindre, tout le monde va vous dire que c'est insupportable, tout le monde va vous dire ça, mais tout le monde y participe. Juste faire attention aux siens, faire attention à ce qui se trouve mêlé à nous dans la vie banale. Ceux qui sont là, pas ceux qui sont à dix milles kilomètres  et avec lesquels on fait semblant de parler à travers un écran, ça n'a pas de poids ça. Mais simplement faire en sorte que les gens qui nous entourent ne dépérissent pas, et peut-être même les aider, les conforter...Voilà...Faire simplement attention au plus faible de la vie, parce que c'est le plus faible qui est le plus réel et parce que c'est ça qui est digne de vivre, et qui vivra toujours d'ailleurs. Recueillir ces choses là, porter soin, prendre soin, faire attention, voilà. Ce sont  des pauvres verbes mais ce sont des verbes comme des armées en route si vous voulez, ce sont des verbes de grande résistance, et ce qui pour moi est en oeuvre dans ce qu'on appelle la poésie.
La poésie pour moi, c'est pas une chose désuète, c'est pas un napperon  de dentelle sur la table, c'est pas un vieux genre littéraire....C'est la saisie la plus fine possible de cette vie qui nous est accordée, et un soin de regard porté à cette vie. Voilà, c'est ça la poésie. C'est pas une chose qui même est tout de suite dans les livres, c'est pas une chose de littérature en tout cas, c'est simplement chercher à avoir un coeur sur- éveillé. Sur-éveillé!
 
Christian Bobin -  Vue d'esprit

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Le théâtre doit éclairer le monde...

15 Janvier 2017, 05:49am

Publié par Grégoire.

Le théâtre doit éclairer le monde...

"Quand on vient au théâtre, on vient partager un moment de vie complète. Le théâtre, c'est l'art de l'autre. C'est devenir l'autre, y compris pour le pire. C'est l'apprentissage de l'humain." 

Ariane Mouchkine.

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Un mot. Christ des forêts

13 Janvier 2017, 05:29am

Publié par Grégoire.

Un mot. Christ des forêts

Le mot lâché par le haut-parleur a explosé dans le hall de la gare. Personne n'a survécu. Les journaux du kiosque ont été pris dans le feu invisible provoqué par les ondes du mot. Les touristes et les gens d'affaires, tous ont senti passer sur leurs visages le souffle halluciné de la beauté. La modernité est une sidération. Difficile de ressusciter les âmes éteintes dans les corps parfumés.

Les voyageurs n'ont retenu que la fin de l'annonce : une heure de retard. Le train, en raison de l'accident arrivé du côté de Lyon, aurait une heure de retard. Un dérangement dans la sieste des affairements, rien de plus. Mais j'avais vu, entendu et vu, et je peux en témoigner, les effets produits par le mot. L'explosion atomique de beauté avait détruit l'époque et ses raisons, réduit en poussière le champ de la modernité. La morgue des machines, la tête de serpent du train rapide, les cours de la Bourse, ces psaumes de l'enfer : tout ça, anéanti. Par la grâce d'un mot, un seul. La vie éternelle est traquée par la modernité. Comme une enfant affolée par le bruit des bottes électroniques, elle se terre, essaie de se faire de plus en plus petite, dans l'espérance de n'être pas trouvée puis exterminée. 

Ce matin, la dernière chance de vivre une vie déraisonnable d'amour s'était réfugiée dans le mot « chevreuil » : le train avait heurté un chevreuil et il aurait donc plus d'une heure de retard. Le mot avait déchiré les haut-parleurs qui n'avaient pas été inventés pour le transporter. Une apparition sonore, brune. L'animal offrait sa mort pour nous sauver de la modernité et de ses amours à quartz. Je l'ai vu, entendu et vu à l'annonce du retard, bondir dans le hall, martyr royal, triomphe de la beauté blessée et immortelle. Le meilleur de nous est en dehors de nous, à l'abri dans le ventre doucement respirant des bêtes sauvages, dans l'humilité intraitable des grands poèmes. Le mot « chevreuil » a une si belle vibration dans l'air. Il n'est que légèreté, sursaut d'azur. Quand nous étions tout petits, l'éternel mangeait dans notre main. Nos rires le faisaient rire. Il s'approchait de nous au bruit de nos rêves. Le chevreuil déchiqueté renaissait sous mes yeux. Il se relevait en tremblant, s'appuyant sur ses genoux, Christ des forêts de diamants, lavé du crachat de la mort technologique, archange trempé de fièvre, bondissant du guichet de la gare aux portes automatiques, Noureev de l'invisible, porteur des reliques de l'amour vrai, léger, léger, léger. La gare ne sera jamais reconstruite. Notre enfance est à venir.

Christian Bobin. 

 

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S'en remettre au jour qui passe...

11 Janvier 2017, 05:27am

Publié par Grégoire.

S'en remettre au jour qui passe...

Se taire: l'avancée en solitude, loin de dessiner une clôture, ouvre la seule et durable et réelle voie d'accès aux autres, à cette altérité qui est en nous et qui est dans les autres comme l'ombre portée d'un astre, solaire, bienveillant.

Si la vie est immédiate et verte au bord des étangs, pour la rejoindre, il nous faut d'abord rejoindre ce qui en nous est comme de l'eau, comme de l'air, comme du ciel.

C Bobin, Souveraineté du vide.

 

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Sommeil ...?

9 Janvier 2017, 05:34am

Publié par Grégoire.

Sommeil ...?

"Partout, dans ce que nous faisons,  dans ce que nous disons,  c'est le repos qui est désiré,  le sommeil bienheureux dans une parole,  dans un amour ou dans un travail. C'est pour trouver le sommeil dans une vérité que nous commençons à apprendre. C'est pour goûter au sommeil de la chair - à son endormissement entre les bras de l'autre - que nous tombons amoureux.  C'est pour jouir du sommeil minéral d'une fatigue que nous entreprenons mille et un travaux.

Il y a une aimantation de la vie vers le sommeil. La vie en nous ne tend qu'à se reposer, qu'à  se dépendre  enfin d'elle -même dans un amour, dans un savoir, dans un emploi. Partout dans toutes nos occupations, là  même où nous nous croyons le plus éveillés, là  même nous cédons à cette attirance d'un sommeil. L'enfance là - dedans est l'exception.

L'enfance est dans la vie comme une chambre éclairée dedans la maison noire. Les enfants n'aiment pas aller dormir,  n'aiment pas ce congé donné chaque soir à la vie. Cette résistance au sommeil, c'est le visage de l'enfance et c'est la figure même de l'excès : poser des questions qu'aucune réponse ne viendra endormir."

Christian Bobin, La merveille et l’obscur. 

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Nos infirmités...

7 Janvier 2017, 06:07am

Publié par Grégoire.

Nos infirmités...

Nos infirmités, définitives ou temporaires, sont des épreuves bien sûr, mais elles sont aussi des grâces, des grâces spirituelles. On pourrait trouver beaucoup d’exemples dans la littérature.

Je me souviens il y a quelques années, un livre d’Henri Michaux : ‘bras cassé’. Un poète fait son miel de tout les arbres. Et là, en l’occurence, l’arbre coupé c’était son bras. Il s’était endommagé le bras, qu’on avait mis dans le plâtre, et il en a conçu un petit livre qui est une merveille, où il dit exactement ce que c’est que d’être embarrassé à ce point, que d’être malade de cette façon là, il évoquait un moment le sentiment très sûr d’avoir une armoire Bretonne au bout de son épaule, tellement il avait du mal à bouger son bras. On connait aussi le poème du bateau ivre de Rimbaud et cette étrange prémonition.  « Oh que ma quille éclate, Oh que j’aille à la mer. » On sait par Jean Genet que le mot quille en argot désigne la jambe, et que Rimbaud a terminer sa vie avec une jambe coupée, éclatée.

J’ai reçu un livre qui contient un trésor d’expérience. L’auteur s’appelle Mody Piot ‘mes yeux s’en sont allés’ publié chez L’harmattan. Ce n’est pas un livre de grande littérature mais ce n’est pas important, ce n’est pas grand chose la ‘grande’ littérature. Ce qui compte c’est que quelqu’un nous explique comment il sent et reçoit la vie à la place où il est. ça c’est irremplaçable. Et, c’est le cas de ce livre qui raconte une expérience déchirante de perte de vue. Cette jeune femme explique qu’il y a un troisième état entre celui des voyant et celui des aveugles nés. Il y a celui des gens qui ont eu un jour la vue, qui ont eu le paradis de la vue, et qui l’ont perdue, et qui en ont été chassé. C’est comme un entre deux qu’il est difficile de nommer et que ce livre réussit à nommer. 

« ce week end de l’ascension j’ai décidé de faire une ballade à travers le thym et les cistes des fenouillèdes, contrée dont je connais bien les chemins que j’ai souvent arpentés. Il faisait chaud. Le soleil nous regardait d’un air insolent. Le ruisseau noir murmurait sa chansonnette. Le chien marchait d’un pas rapide sur le chemin caillouteux enlacés, s’abreuvait aux sources rencontrés, parfois joutait le harnais pour le laisser gambader, heureux de sa liberté un instant retrouvé. Après 2h de marche au milieu des genêts et des violettes du pâtre j’ai décidé de rebrousser chemin. Mais mes yeux éblouis par la lumière ne pouvait discerner aucun repères. Aller à droite, remonter un autre sentier, prendre à gauche, je ne savais plus où j‘étais. Une petite panique me tenaillait. Je n’allais tout de même pas me perdre et pourtant je devais me rendre à l’évidence, je ne savais plus comment retrouver ma route. Je me suis assise quelques instants. » On peut le deviner, le chien l’aidera à retrouver le chemin du retour. 

Ce qu’elle dit en profondeur m’a fasciné. Elle dit qu’il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui vient nous secourir. L’auteur -aveugle- se trouve éblouis. 

Dans le désespoir, dans la détresse, dans la perte, il y a quelque chose comme une résistance lumineuse, comme un point de lumière invincible. 

Freud raconte cette scène d’un enfant qui est dans une chambre et qui demande à se grand mère dans l’autre pièce de parler le soir. Et elle demande pourquoi. Et il dit, « tant que quelqu’un nous parle, il fait clair. » 

C’est peut-être ce qui se passe dans nos vies, que nous y soyons aveugle par la chair, ou voyant par la chair. Tant que quelqu’un nous parle nous pouvons continuer d’aller et même perdus, nous ne serons pas perdus. 

Nous sommes au fond tous, comme des aveugles dans un palais de lumière, il y a des serviteurs qui viennent à notre rencontre, et qui déplacent les meubles au dernier moment pour nous éviter des chutes. Malheureusement, nous ne pouvons pas connaitre le nom de ces serviteurs. C’est embêtant. 

 

Christian Bobin, textes inédits. © Grégoire Plus

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apprendre à lire ce qui nous est présenté chaque jour...

5 Janvier 2017, 05:52am

Publié par Grégoire.

apprendre à lire ce qui nous est présenté chaque jour...

Une histoire que j’ai trouvé chez Simone Weil. elle n’a pas de titre, appelons là l’histoire des deux mères. Deux mères le même jour reçoivent la même lettre qui évoquent la mort pour chacune, de leur fils, mort à la guerre. La première mère ouvre l’enveloppe, prend la lettre et s’effondre en larmes, est incapable de dire quoi que ce soit, n’est plus que détresse, n’est plus qu’un abîme, n’est plus qu’un coeur qui perd tout son sang et toutes ses étoiles. L’autre mère reste absolument imperturbable. C’est que la seconde mère ne sait pas lire. La nouvelle ne lui ai pas parvenu.

Ce qui manque, me semble-t-il, pour que la hache de la vie fende notre coeur, et pour qu’en sorte les larmes mais aussi la joie qu’il contient, qui y sont captifs, c’est d’apprendre à lire ce qui nous est présenté chaque jour. Non seulement bien sûr des livres, des journaux ou des lettres, mais aussi des visages, des gestes, des lumières, qui traversent la vitre sans la briser.

La lecture, comment dire cela, la lecture, est la vitalité de l’âme, la certitude que nous sommes en vie, et que les ténèbres n’ont pas mis leurs mains sur nous. La lecture est le peu de feu dont nous disposons réellement en cette vie. Ce qui peut nous aider à lire, qu’on m’excuse de citer ce terme qui est aujourd’hui méprisé, minorité, ou tout simplement oublié, c’est la poésie. Qu’on entende pas par poésie, dans ma parole, une chose qui serait enterré dans les petits tombeaux des livres, et sur lesquels nos lectures viendraient y déposer quelques fleurs. Il s’agit de bien plus que de ça. 

Par exemple, dans le dictionnaire de Furetière, écrit au 17e siècle, où qu’on aille on trouve des miracles. C’est un dictionnaire de voleurs : Furetière fait partie de l’académie française a ses débuts, et trouvant que ses collègues ne vont pas assez vite, déjà à l’époque, il décide d’en faire un tout seul, avec les trouvailles merveilleuse de la langue de son époque où elle n’a peut-être jamais été aussi belle, aussi fraiche, aussi risquée.

Au mot fraise, on trouve cette définition : « petit fruit, blanc ou rouge, qui croît, dans les jardins, ou dans les bois. Il est semblable au bout des mamelles des nourrices. »

La poésie fait une greffe : elle prend une chose qui est là, sous les yeux, et elle fait venir à coté une autre chose, qui pour l’instant n’est pas là. Et les deux tout d’un coup s’enflamment de se découvrir soudainement mariées.  La poésie n’en fini pas de fiancer le visible au visible, le visible à l’invisible. Tout à tout. La poésie est la grande maitresse de la lecture, on peut dire que elle seule n’oublie personne, et elle seule sait lire les lettres des épreuves, que la vie parfois terrible nous adresse. 

Il n’y a rien de réel que le poétique. 

Un visage zébrée par les nuages des soucis. On le nomme, et là on le tire du flux du néant de chaque seconde, on le tire comme on sauverait quelqu’un qui est en train de se noyer et on l’amène sur la rive paisible et éternelle du langage. 

Christian Bobin, textes inédits. © Grégoire Plus

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L'art lutte contre la mélancolie...

3 Janvier 2017, 05:47am

Publié par Grégoire.

L'art lutte contre la mélancolie...

Il serait temps que je vous avoue quelque chose, j’ai un gros gros problème avec la musique. Je l’aime, parfois elle m’accompagne, parfois je la fais venir là où je suis. Mais je ne la comprend pas, je n’y comprend rien. Je ne comprends rien à JS Bach qui est l’auteur qui me touche le plus. Quand j’écoute les suites pour violoncelles joués par exemple par Pablo Casals, je suis comme devant une pensée qui demande à être déchiffrée mais je n’arrive pas tout à fait à la lire. C’est comme si j’étais devant un papier plié, je n’arrive pas à le déplier tout à fait. Il y a des lettres, il y a des phrases qui me manquent. Qu’on me pardonne mais j’entend comme les grondements d’un taureau. Je sens comme un mufle, comme le souffle d’un taureau dans cette musique. Je sens quelque chose, je ne sais pas ce que c’est. 

Je sais simplement que si je pense que JS Bach est un des plus grands musiciens etc, ça ne va pas marcher, ça ne va pas m’aider. C’est le mot artiste, et même le mot musicien qui me gène. Je ne sais pas ce qu’on appelle un artiste. Dès qu’on emploie des mots comme ça, on commence à s’endormir, parfois même un peu à s’ennuyer. 

Ce que j’entends dans la musique de Bach, c’est la lutte incessante d’un angoissé contre son angoisse. C’est comme une cathédrale élevé sur une colline d’angoisse. Et la cathédrale tout d’un coup sublime la colline, la soulève, la creuse. La rend infiniment légère. C’est peut-être ça ce qu’on appelle l’art, c’est juste une guerre que certains mènent sous les yeux du ciel, avec eux-mêmes, avec leur propre mélancolie. C’est une guerre qui n’est pas toujours gagné, loin de là, qui est même rarement gagné. J’ai l’impression -c’est une impression- en écoutant des suites pour violon et clavecin, ou ces austères et dansantes, et entêtantes et irrésolubles suite pour violoncelles, j’ai l’impression que Mr Jean Sébastien Bach a gagné à certains moments cette lutte décisive que chacun de nous mène avec les ténèbres. Mais non, je ne sais pas parler de ces choses là, je ne sais pas du tout parler de ces choses là, et en plus je suis analphabète, je ne joue pas d’un instrument, je ne sais pas lire une partition, j’ai juste mon instinct, et juste cette certitude qu’il y a tout un troupeau de Taureaux derrière ou dans les violoncelles. 

C Bobin.

 

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Aucune illusoire maitrise ne peut détourner le flux de la vie impétueuse...

1 Janvier 2017, 05:10am

Publié par Grégoire.

Aucune illusoire maitrise ne peut détourner le flux de la vie impétueuse...

 Aucun savoir ne peut résoudre l’étonnement de notre vie. Aucune illusoire maîtrise ne peut détourner le cours de l’insouciant ruisseau qui va en nous et ne sait où il va, accédant à des instincts en friche, bouleversant des terres sans âge, dont le soulèvement se confond alors avec la douleur qui nous en vient, insupportable, radieuse. Ainsi avais-je appris ma leçon, oubliant tout le reste qui méritait d’être oublié et que les écoles infligent aux enfants assombris. Leçon ancestrale, coutume venue de la nuit des temps : attendre infiniment, mais sans rien attendre de personne. Inventer dans le silence d’une rêverie mes propres contemporains : cette franchise d’une étoile, cette pure mélodie d’un feuillage, cet atome de lumière sur le mur. Couper et tailler les plus souples branches de l’âme, puis les confier au quatuor de l’air, du feu, de la terre et de l’eau, afin que toute chose vienne en moi éprouver leur résonance, dans l’anonymat de mon nom, dans l’oubli de toute appartenance.

Regarder se lever l’arc-en-ciel sur la page rafraîchie par l‘ondée d’une absence. Et, surtout, fuir la persuasion des raisons, la douceur des consolations, la bienveillance des maîtres. Ne servir que ce maître-mot : l’amour. Ce gueux, ce mendiant, cette aurore qui gagne en nous comme un incendie, de proche en proche embrasant la forêt endormie dans l’arrière -pays de nos pensées, là où nous ne savons plus, là où nous arpentons, dans la dissolution de tous repères, une vie crue, sauvage et d’un seul tenant. Reconnaître cette allure gauche qui est la sienne, à tenir dans le creux de ses mots une rose d’eau vive et à trébucher souvent sur le chemin inégal, sans jamais rien en perdre. Entendre la lenteur de son pas : comme elle est nécessaire. Comme folle serait l’impatience…

Christian Bobin, L’enchantement simple.

 

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Marée. Longue caresse d'une main de sable.

31 Décembre 2016, 05:21am

Publié par Grégoire.

Marée. Longue caresse d'une main de sable.

Je ne peux rien sur ma vie. Surtout pas la mener.

Assez seul pour ne plus l'être jamais.

La musique, ce qu'elle est: respiration. Marée. Longue caresse d'une main de sable.

Il y a beaucoup d'affinités, de connivences, entre la lecture et la prière: dans les deux cas, marmonnement. Dans les deux cas, silencieux commerce avec l'Autre.

Christian Bobin.

 

 

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Improvise, surtout improvise..

30 Décembre 2016, 05:14am

Publié par Grégoire.

Improvise, surtout improvise..

Il y a une chose qui manque à cette vie très souvent et dont on aura jamais assez, c’est l’intelligence. Quand j’entend l’intelligence, j’entend par là non pas quelque chose qui se diplôme, qui s’étudie, qui s’achète, non rien de tout ça. C’est plus proche du bon sens, c’est simplement la pointe du diamant de la vie, du présent de la vie, c’est la facette la plus exposé au soleil de la vie, l’intelligence. Tout le monde peut ou devrait théoriquement l’avoir et l’a par naissance. C’est une simple question de bon sens et je dirai même d’improvisation. 

Il y a une musique dont la matière même est d’improvisation c’est le jazz. Et, c’est une musique ou les gens vieillissent très bien d’ailleurs si on regarde. Les vieillards les plus  vivants, les plus beaux, les plus réjouissants à voir, ce sont souvent des pianistes, ou des saxophonistes. A croire que cette musique là fait traverser le temps comme un jeu d’enfant, ou comme on joue à la marelle, en sautant et en riant d’une case à l’autre jusqu’a la mort comprise.

Le ressort même de la vie c’est improviser. Pas de règles, pas de lois, connu en tout cas. Il y a des lois mais très difficile à trouver parce que très simple, et ce qui est le plus simple est toujours le plus difficile. Il n’y a pas vraiment de règles et c’est à vous de les découvrir. On vous donne juste, exactement comme en Jazz, on vous donne un tempo, on vous donne un thème, et puis là dessus c’est à vous et vous seul de vous débrouiller, d’improviser, d’inventer, de diminuer le rythme, de presque vous taire, comme Miles Davis  pouvait faire qui, en jouant une note tout les quart d’heure emplissait le temps, largement, amplement. 

La vérité de la vie n’est peut-être pas musicale, mais a coup sur elle emprunte au savoir très enfantin, très gamin des joueurs de jazz quand ils sont à leur meilleurs, c’est à dire quand ils oublient qu’on les écoute et quand ils sont tous en train de se chahuter dans une petite formation à trois ou quatre comme ces gosses qui sortent de l’école et qui se lancent des boules de neige ou qui jouent à s’attraper et qui poursuivent quelque chose peut-être de surement de plus grand qu’eux. Je ne sais pas comment la dire cette chose, le… l’évidence d’une fête, le réel peut-être, le dieu du réel qui passe en se moquant de nous, et dont on peut toucher parfois le manteau, pour peut que l’on bouge très vite, pour peut que l’on sache se réjouir et surtout surtout improviser, très vite, pour toucher le manteau incroyablement lumineux et doré de ce dieu là, qui déjà s’éloigne et s’en va et nous condamne à ré-improviser, à réinventer, à parler à nouveau comme si on ne l’avait jamais fait, comme si jamais personne au monde ne l’avait fait. Le monde vient d’apparaitre, c’est ça qu’on peut entendre dans la musique classique quand elle est joué avec l’attention qu’il faut, et dans le jazz, quand il est joué avec une joie non commerçante et non machinale. Le monde vient d’apparaitre, tu peux non pas mettre la main dessus -ce ne serait plus vivant mais la marque de la mort- mais tu peux juste frôler le manteau du dieu invisible. Improvise, surtout improvise. 

C Bobin. 

 

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Un travail de présence pur...

28 Décembre 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

Un travail de présence pur...

La perfection d’un verre rempli d’eau sur une table en bois m’anéantis. J’essaye de faire le même travail clair de présence. J’essaye d’atteindre par l’écriture à cette plénitude du verre, du bois et de l’eau. 

Les iris éclairent le mur près du garage. Je suis un piètre jardinier. Je laisse les ronces et les fleurs à leurs aventures. Je n’interviens pas dans leur drame. Hier le ciel s’est mis à tourner autour de la flamme mauve des iris. L’univers, avec ses astres, trouvait asile dans leur bourgeon durcit pareil à des ongles laqués de noir. Une fleur venait d’éclore, ses trois pétales dressées, légèrement gluant. Je me suis agenouillée devant la reine mendiante. J’ai regardé cette larme qui coulait sur sa joue. Je cherchais à en savoir plus. 

Prenez une fleur, une seule fleur, passez des heures à la contempler, a pensez à elle quand vous êtes loin d’elle, et vous verrez descendre vers vous les étoiles, les morts aimés et les grandes promesses de l’enfance. Et peut-être, avec un peu de chance et d’obstination, Dieu qui n’est rien. Combien précieux ce rien. Combien inestimable.

Les modernes meublent la maison de l’âme quand c’est la contraire qu’il faudrait : la vider, n’y laisser que deux, trois présences élémentaires. Un verre d’eau plus profond que le cerveau de Pascal, un iris avec la raideur doctorale de sa tige, et tout en haut la fleur, un crachat de pleine lune, une bave angélique. 

Ils disparaitront avant moi ces iris, et ils reviendront après. La nature est un grand bégaiement. Elle me défie d’écrire une phrase aussi nécéssaire qu’un verre d’eau, aussi pure que la souillure immortelle de l’iris. J’ai pensé à toi, et que cela faisait longtemps que je n’étais pas allé dans le pays où tes os se reposent. Par la pensée j’ai fait quelques pas sur le pont rouge où tu aimais te promener, et j’ai jeté un iris dans l’eau. Il ira vers toi. Toutes les rivières filent vers ceux que nous aimions voir marcher dans la lumière. 

Le bourgeon gagné de vers, pointu comme une lame noire, j’ai cru un instant comprendre sa dureté, et qu’elle protégeait une éternité de douceur, qu’elle rayait la vitre entre les vivants et les morts. Et puis cette pensée s’en est allé comme les autres. Restait le Dieu appuyé contre la porte du garage, et l’énigme de son silence mauve. Rien ne ressemble plus aux fleurs couleurs de nuit que les yeux des enfants mendiants qui vous barrent le chemin espérant une pièce ou une phrase parfaite porteuse d’un soleil pur. 

 

C Bobin, 17.08.2014 

… 

 

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Réussir sa vie !

26 Décembre 2016, 05:29am

Publié par Grégoire.

Réussir sa vie !

"C'est quoi, réussir sa vie, sinon cela, cet entêtement d'une enfance, cette fidélité simple: ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure. " 

Christian Bobin

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Auprès du Frère universel...

25 Décembre 2016, 05:11am

Publié par Grégoire.

Premier plan Mamadou, dernier plan Charles de Foucauld

Premier plan Mamadou, dernier plan Charles de Foucauld

Deux hommes dorment à quelques mètres et à quelques cent ans d’intervalle. Tous deux n’ont pas souhaité reposer là. Le premier avait interdit d’être transporté ailleurs qu’à l’endroit où il mourrait. Sans cercueil, sans monument…le fossé du bordj de Tamanrasset où il tomba et fut recouvert de terre sembla exaucer ses vœux. C’était sans compter sur la raison des hommes qui choisit d’offrir des sépultures dignes ou de décorer ceux qui se sont détournés des honneurs, les ramenant posthumes  dans leur giron. La bienséance finissant par trahir ses dernières volontés,  il repose aujourd’hui dans un sarcophage échoué dans les sables du cimetière désertique d’El Golea.

Le second, enterré dans un linceul, à même le sable a pris la place  que Charles souhaitait, la dernière. Mamadou était migrant. Il aurait pu mourir entre Arlit et Tamanrasset, cimetière à ciel ouvert qui n’offusque pas la raison des hommes. Ou en Méditerranée, qui masque la conscience des hommes. Il aurait pu être l’un des derniers esclaves que l’ermite du désert rachetait au début du XX ème siècle. Il ne fut qu’un esclave du XXI ème siècle, rachetant sa liberté dans la migration.

L’un avait tout et avait tout laissé pour avoir ce qu’il n’avait pas. 

L’autre n’avait rien et avait tout quitté pour avoir ce qu’il n’avait pas. 

Tous deux sont morts au désert, retenus prisonniers, Charles ligoté devant le mur du Bordj qui devait le protéger, Mamadou derrière le mur d'une prison qui devait protéger le monde.

Deux hommes dorment à quelques mètres  et à quelques cent ans d’intervalle.

 

Jean-françois DEBARGUE

 1er décembre 2016

 

Charles de Foucauld voulu vivre – la dernière place auprès de Jésus, la vie fraternelle et l'amour des plus petits. En 1902 il écrit à sa cousine : « Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel »

 

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Vivre, un travail d'homme...

24 Décembre 2016, 06:08am

Publié par Grégoire.

Vivre, un travail d'homme...

 

Dire : cette vie est un jardin de roses, c’est mentir.

Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir.

Dire : je sais les horreurs de cette vie et je ne me lasserai jamais d’en débusquer les merveilles, c’est faire son travail d’homme et vous le savez bien : ce genre de travail n’est jamais fini. 

 

Bobin-Boubat, Donne moi quelque chose qui ne meurt pas.

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Folie que vivre sans folie...

23 Décembre 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

Folie que vivre sans folie...

" Avec le temps bien des gens lâchent. Ils disparaissent de leur vivant et ne désirent plus que des choses raisonnables. Ils disent : « C’est la vie, c’est comme ça, il y a des choses impossibles, il vaut mieux ne plus en parler. Toi, je m’en souviens. tu n’as jamais rien cédé. 

Finalement, tu as voulu ce que veulent toutes les femmes depuis le premier jour du monde, tu as voulu la liberté et l’amour. C’est impossible ? Oui c’est impossible, et pourtant tu l’as vécu et tu n’as jamais renoncé à le vivre. Cela n’empêchait pas les blessures, les impasses. Même les femmes libres ne sont jamais tout à fait libres. Elles vivent toujours entre deux guerres. "

 

C Bobin, La plus que vive.

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Comment êtes-vous ?

21 Décembre 2016, 05:58am

Publié par Grégoire.

Comment êtes-vous ?

" J’aurais aimé te montrer cette lettre de Dostoïevski que je viens de découvrir : « Savez-vous qu’il y a énormément de gens qui sont malades de leur santé précisément, c’est à dire de leur certitude démesurée d’être des gens normaux ? "

C Bobin, la plus que vive.

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On n'est jamais assez étonné du fait de vivre...

20 Décembre 2016, 05:53am

Publié par Grégoire.

On n'est jamais assez étonné du fait de vivre...

D’où vient votre foi magnifique dans la vie ?

De tout ce qui apporte une très bonne nouvelle, que mes yeux grossiers ont du mal à déchiffrer, mais dont ils reconnaissent la vérité. Le messager peut être un oiseau, la fleur de l’aubépine, la pensée d’une personne disparue, une phrase dans un livre ou un fragment de lumière. Si je cherche une source plus identifiable, je vous dirai : c’est mon père. Mon père était un sage qui ne savait pas qu’il l’était. Ouvrier dans la grande usine du Creusot, il a ensuite pu devenir enseignant de dessin technique. Je suis sans doute son seul échec scolaire ! Mais il m’a instruit comme, je crois, on instruit vraiment, c’est-à-dire par sa présence, par ce qu’il était plus que par ce qu’il disait. Et je l’ai vu grandir comme je continue à le voir grandir au-delà de sa mort car les choses ne s’arrêtent jamais. Il accueillait tout le monde comme si chacun était unique. Il était attentif aux personnes indépendamment de leur costume, de leur richesse, de leur crédit social. Il aimait les gens profondément. Il pensait aussi que le simple fait de vivre suffisait à tout. Il n’était pas quelqu’un d’écriture ou de longue parole. Pour lui, la vie répondait en silence aux questions que nous pouvions lui poser. J’ai senti sur moi le souffle d’une confiance toujours présente, en moi. Et pour lui, pour cet homme, mon père, j’ai une gratitude, une dette que j’ai la joie de voir grandir tous les jours. D’ailleurs pour moi, écrire c’est juste témoigner de ce qu’on a vu, pas plus, pas moins.

Vous parlez souvent de l’ange, une présence familière.

Ce que j’appelle ainsi, ce sont juste les moments les plus subtils de la vie qu’on peut tous connaître. Les anges sont à la pointe de la fleur de la vie, du côté le plus fin, mais parfois aussi piquant. Ils peuvent provoquer un petit retrait si on s’approche trop, mais ce sont des flux de la vie, des passages vitaux très subtils que chacun de nous connaît, comme cette délicatesse qui vient alors aux hommes. Ce que connaissent aussi à merveille les nouveaux-nés, non pas qu’ils soient des anges, mais de leur petite poigne rose ils arrivent à attraper la tunique de Dieu, tant elle est frêle cette main, tant elle est sans prétention. Quelque chose vous parle comme jamais et pourtant ça ne passe pas par des mots. Par exemple en musique, en entrant dans l’intervalle entre deux notes de Bach ou de Mozart : cet intervalle est absolument infini.

Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit. À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur aune délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui. Pour Jean Grosjean, les anges sont des facteurs, ils nous amènent quelque chose, à charge pour nous de savoir le lire.

 

Votre regard plonge au cœur du simple, de l’ordinaire.

En fait c’est le seul bien que nous ayons, tout se trouve là. Je vois ici un verre d’eau sur la table et je ressens la présence incroyable, presque écrasante, de ce verre d’eau parce que

ces choses-là, si pauvres, sont les seules qui seront encore là dans les heures épuisantes. Je me souviens d’un rosier dans le noir d’une nuit d’été et d’être comme tué par son parfum. La vie ordinaire ne cesse de vouloir nous aider. Nous sommes fous de vouloir aller dans le spectaculaire, de croire qu’il faut toute une machinerie pour nous émerveiller. Rien de plus émerveillant que le vivant, que l’éphémère, que l’ordinaire.

 

Une question devant cette critique du monde moderne, vous êtes parfois aussi sévère avec l’institution religieuse. Que diriez-vous pour la défendre ?

Par exemple que sans elle on n’aurait pas les plus beaux textes du monde et grâce aux prêtres, ou aux rabbins – je pense aux trois religions du livre – on peut ajouter le bouddhisme aussi, sans ces hommes il n’y aurait pas ces choses-là. Donc, on peut dire que l’Église est lourde, fautive et essentielle. Parce que qu’est-ce que je saurais moi du Christ si le maître livre qui rapporte ses propos n’avait pas été transmis depuis deux mille ans jusqu’à moi. C’est le travail de l’Église, de nous transmettre les plus beaux textes, la réserve de nourriture essentielle, le pain sans lequel on mourrait de faim, c’est ça l’Église, juste des traces de doigts sur ce livre.

 

Entretiens avec Christian Bobin

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Les âmes usées...

18 Décembre 2016, 05:27am

Publié par Grégoire.

Les âmes usées...

« Des âmes qui semblent usées alors qu'elles ne sont couvertes que par une fine dépression, j'en vois des dizaines quand je traverse la salle commune de la maison de retraite.

Le monde a jeté ces femmes sur une chaise et leur a demandé de ne plus bouger en attendant le camion-poubelle de la mort.

Tel est cette annonciation terrible que ces femmes ont reçues, assises au noir.

Il y a des après midi ou j'ai vu ces recluses assises sur leur chaises de feu. Cette vision ouvre avec force le rideau des apparences et donne sur le ciel incompréhensible.

Au fond du couloir, derrière une porte, une femme a ricané de longues minutes comme un diable. entre deux rafales de mauvais rire elle hurlait son désir de partir.

Je n'ai vraiment commencé à comprendre quelque chose de la vie que lorsque j'ai vu que le mur qui s'élève chaque jour en face de nous est infranchissable."

C Bobin.

 

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Je crois à l'incroyable...

16 Décembre 2016, 05:34am

Publié par Grégoire.

Je crois à l'incroyable...

Je crois à l'incroyable. Je crois à l'incroyable pureté de la douleur et de la joie d'un cœur.

Ce sont des choses extrêmement rares et d'une simplicité à  pleurer; J'ai vu sur le visage de mon père mourant un sourire comme un point de source. Un sourire « immortel » me renverrait aux statues des musées, mais dans ce sourire de mon père était maintenu comme une création du monde. C'est dans sa vie épuisée qu'il a dépensé tout l'or de son sourire en une seconde. Cette vérité souriante qui avait traversé sa vie et dont les ondes se sont non seulement maintenues mais même élargies bien après son recouvrement sous la terre, je crois qu'elle m'attend à la dernière heure. Ce à quoi je crois est toujours lié à un attachement et à une personne. Dans cette croyance, je soutiens quelque chose qui à son tour me soutient, et qui continue à vibrer bien après la disparition des êtres, comme cette lumière d'étoiles qui continue à nous parvenir quand elles sont mortes.

Je ne pourrai jamais plus rien offrir à ces personnes qui sont mortes, mais on continue à faire alliance. L'autre delà auquel je crois, je le vois ici et maintenant, car dans un sens c'est ici que tout a lieu. Cet au-delà avale le temps entier et le dépasse. Et qu'est-ce que cela change si on me prouve demain qu'il n'y a pas de résurrection et que le Christ n'est qu'un sage parmi tant d'autres, même s'il est le plus grand? Eh bien cela ne changerai pas ma vie ni ma manière de voir, parce que cette espérance est tellement collée à moi, elle fait tellement partie de moi, comme la couleur de mes yeux, que je ne pourrai l'enlever sans m'enlever en même temps le souffle et l'âme. Là je suis dans quelque chose de plus immuable que la pierre.

C Bobin, la lumière du monde.

 

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La nuit de l'Iguane

14 Décembre 2016, 05:24am

Publié par Grégoire.

La nuit de l'Iguane

La Nuit de l’iguane

THE NIGHT OF THE IGUANA

réalisé par John Huston

Œuvre de génie ? La carrière tortueuse de John Huston, marquée par des chefs-d’œuvres et de cuisants échecs, en déconcerte plus d’un. Grand amateur de livres, Huston a toujours puisé son inspiration dans la littérature et adapte bon nombre d’auteurs à succès, parmi lesquels Dashiell Hammett, Rudyard Kipling et Herman Melville. Il réalise en 1964 La Nuit de l’iguane d’après une pièce de Tennessee Williams. Ce dernier avait trouvé en Elia Kazan un cinéaste idéal, capable de transposer visuellement les déchirements de ses personnages égarés (Un tramway nommé Désir, Baby Doll). John Huston, quant à lui, met son grain de sable dans les rouages d’un univers tragique et désamorce par l’humour la dimension très symbolique de l’écriture de Williams en y installant une pointe de discordance. Il nous plonge ainsi avec trouble et délice dans l’ambiance faussement exotique d’un Mexique, où chaque gorgée de rhum évoque le goût nostalgique d’une innocence perdue.

Suspendu pour « fornication et conduite indigne », le révérend Lawrence Shannon (Richard Burton) est contraint de quitter l’Église. Répudié de l’autel, il se réfugie tout naturellement dans un... hôtel tenu par Maxine Faulk (Ava Gardner), la veuve d’un de ses amis. Devenu guide touristique (« Visitez le monde de Dieu avec un homme de Dieu »... clame l’annonce publicitaire du voyage organisé !), notre séduisant révérend fait découvrir les joies et les bienfaits de la jungle mexicaine à un groupe de vieilles Américaines. Une lolita délurée (Sue Lyon, la Lolita de Stanley Kubrick), chaperonnée par une vieille fille frustrée (Miss Fellowes), ne reste pas insensible aux charmes du pasteur et tente de le corrompre. Tandis que Shannon subit les menaces et insultes de Miss Fellowes, la vieille puritaine, deux clients atypiques et fauchés – une peintre spirituelle et éthérée (Deborah Kerr) accompagnée de son grand-père, poète nonagénaire – s’installent pour une nuit à l’hôtel.

Les tentations d’un anti-héros

Entre les vapeurs de l’alcool et la moiteur de l’atmosphère de Puerto Vallarta, Shannon est aveuglé. Tout comme le vieux poète Nonno dont les vers scandent et rythment le film jusqu’à l’achèvement de l’ultime élégie : il ressasse, « tel un aveugle qui monte un escalier ne menant à rien ». Et Shannon, que l’on voit dans les premières images du film monter en chaire afin de prêcher, est constamment écartelé entre ce mouvement d’ascension et de chute. Tandis que les yeux du Révérend se détournent sans cesse pour « jeter un regard sur le monde perdu de l’innocence », ceux de la nymphette Charlotte Goodall (Sue Lyon), tentatrice bien peu ingénue pour son jeune âge, se penchent du haut d’un escalier en direction du pasteur : la caméra, en plongée, fixe et guette Shannon. Car Charlotte ne descendra pas pour le rejoindre. Tel l’iguane, elle se glisse dans la chambre du pasteur et attend tapie dans l’ombre qu’il vienne, forcé par son destin, jusqu’à elle. Après être monté en chaire dans les premiers plans du film, Shannon gravit les escaliers, qui le mènent cette fois-ci à la chambre : il y commettra le péché de chair. « Je peux descendre mais remonter, je n’en suis pas si sûr » confesse-t-il à la fin du film, à Maxine (Ava Gardner). Car l’hôtel tenu par Maxine surplombe très symboliquement la jungle mexicaine et domine l’océan. N’en déplaise aux jambes des vieilles touristes américaines, il faut grimper pour y accéder. Maxine, entourée de deux beach boys qui s’agitent au son des maracas, gère cet hôtel aux faux airs de paradis terrestre d’où s’échappent d’enivrants effluves de rhum coco. Dans de telles contrées, le mot « mort » est un exil, c’est un grand plongeon vers la Chine. Et c’est dans ce lieu clos, égaré, presque au bout du monde, que les nœuds du drame se resserrent et que les tensions s’exacerbent.

Entre tragédie et parodie

Bien sûr, les personnages créés par Tennessee Williams sont des êtres esseulés, tiraillés entre leurs questionnements et un Destin qui leur échappe : les conflits à l’œuvre sont passionnels et existentiels, l’espace se restreint, le temps paraît suspendu, les unités de temps et de lieu enchaînent les personnages l’un à l’autre. Il y a bien une série de rouages tragiques qui se mettent en place, car tout est guidé vers un cheminement. « C’est la définition de la tragédie : l’inéluctabilité de la mort. La tragédie, ce n’est pas que le héros meure ou que l’on éprouve de la pitié pour lui ; car cela arrive aussi dans la comédie. La comédie est gouvernée par les accidents qui peuvent faire dériver le cours de l’histoire. Dans la tragédie au contraire, on n’a qu’une conclusion possible » déclare Huston, dans un entretien [1]. Néanmoins, l’art astucieux de Huston s’ancre dans la répétition presque parodique de scènes, d’actes ou de paroles. Le malaise, tout comme la libération que provoque le rire, naissent de l’exacerbation et de l’alternance de tensions hystériques, d’instants de latence : l’on pressent l’inéluctabilité mais l’on ne sait si, le plan suivant, la prochaine ligne de dialogue, vont précipiter l’action dans un basculement dramatique ou provoquer un effet comique. Les deux premières séquences du film illustrent ce phénomène parodique. En un mouvement de caméra, on découvre l’extérieur d’une église. Puis on pénètre à l’intérieur et l’on assiste au sermon du pasteur (celui-ci se trahit pour un « délit » qu’il a commis et accuse les fidèles d’être venus le juger). Secouée par les propos du Révérend, l’assemblée quitte l’église, laissant le pasteur en proie à ses délires de persécution. Puis le générique du film commence. La séquence suivante, située juste après le générique, présente le même mouvement de caméra et détaille de l’extérieur une église. Mais l’appareil s’immobilise sur un homme allongé, dont le visage est recouvert par un journal : le pasteur Shannon, devenu guide, attend les touristes qui visitent le lieu de culte. Une répétition de plans suffit à introduire un personnage complexe, dramatique et profondément cynique. Plus loin, l’une des plus belles séquences du film démontre, elle aussi, ce procédé parodique : dans une paillote sur la plage, la provocante Sue Lyon, cernée par les beach boys, se déhanche sur les rythmes endiablés des maracas, puis se fait sermonner par le gérant qui refuse de la servir et éteint subitement la musique. Hank, le chauffeur du car qui croit gagner les faveurs de la fille en la protégeant, se lance dans un combat effréné contre les deux Mexicains : le gérant rallume le poste, et la lutte devient une sorte de danse burlesque cadencée par les tintements des bouteilles et les frottements de verres. Les déhanchements séducteurs de l’aguicheuse laissent place à un combat qui n’est autre qu’une parodie de danse.

L’érotisme et la mise en scène du corps

On a souvent relevé le caractère misogyne de l’univers et du discours de Tennessee Williams. Lors de cette fameuse nuit, Shannon, ivre, à demi-fou, se retrouve attaché à un hamac. « Je vous croyais asexuée, mais vous êtes devenue une femme parce que vous prenez plaisir à me voir ligoté » dit-il à Hannah. S’ensuit tout un long discours de Shannon sur la femme et son besoin vital d’enchaîner l’homme. À ces propos, Huston réplique par une mise en scène des corps qui traverse certaines séquences, paradoxalement brillantes par leur absence de dialogues. Face au discours cynique d’un Shannon qui définit un détournement de mineur comme le détournement d’un adulte par une mineure, Huston filme avec brio, sans pudeur ni décence le corps de Sue Lyon : se succèdent ainsi, dans la scène de séduction sur la plage, un travelling avant, un gros plan en plongée de son postérieur suivi d’un travelling arrière, puis le plan en contrechamp d’un Mexicain assis à une table. Où se situe l’obscénité alors ? Serait-ce le gros plan d’une paire de fesses ou le contrechamp de l’homme et d’un regard clairement dirigé sur ce qui est à présent hors champ ? Et l’on se prend à admirer Huston dans ces séquences où il met si habilement en scène les corps : à l’image de cette furtive et silencieuse scène dans laquelle une Ava Gardner, férue de ses beach boys vigoureux, mais sensible au charme vénéneux de Richard Burton, s’adonne au bain de minuit ; l’obscurité lumineuse de la mer éclaire les corps qui s’étreignent. Maxine, sur le point d’être engloutie par les ténèbres, rejette subitement ses amants et son corps réapparaît. L’étreinte est filmée comme une lutte, et l’érotisme de la scène se dévoile dans un jeu d’ombre et de lumière, dans le montage de plans filmés en contre-jour enfin, dans le travail de la bande-son : la scène n’est plus scandée par les dialogues mais par les vagues et les bruissements des percussions mexicaines. Sous le malaise et le mal-être, demeure l’émotion au sens étymologique du terme, c’est-à-dire, le mouvement et l’agitation, la vie des êtres bercés par le frémissement des maracas.

 

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la pensée empêche de voir

12 Décembre 2016, 05:15am

Publié par Grégoire.

la pensée empêche de voir

Elle m'appelait, appuyée contre un pommier dans le jardin. D'abord je ne l'ai pas vue. Je pensais à quelque chose et la pensée empêche de voir. Plus des trois quarts de nos vies se passent en somnambule. Nous serrons des mains, nous donnons nos yeux à des lueurs de toutes sortes, et en vérité nous ne voyons rien. Les soucis et les projets sont des paravents devant lesquels nous passons. Nous les longeons, distraits par leurs dessins. La vie est derrière eux. Elle frissonnait au vent frais du matin. Son visage pâle, tragique et doux. Sa robe déchirée comme si pour venir ici elle avait traversé des buissons épineux, couru longtemps jusqu'à s'arrêter là, devant ce pommier, essoufflée. Radieuse. Sa joie renversait les paravents. Pensant à un travail en cours, je m'inquiétais du lendemain. Son apparition me reconduisait à la vie éternelle dont les anges connaissent l'adresse : ici, maintenant. Ses soeurs l'entouraient. Je ne les regardais pas. Elle seule parlait à mon âme avec son âme écorchée. Je suis allé droit vers elle comme vers mon ange - ce qu'elle était sans doute à cet instant. Dans un langage plus sec, dans le langage non-voyant des paravents, on l'aurait nommée : une fleur d'églantier. Certes, c'est ce qu'elle était. Mais elle m'était apparue d'abord comme une reine perdue, la déesse du bref, la sainte de la rosée. Si présente à elle-même qu'elle en devenait presque invisible. L'or de ses étamines grésillait comme un collier de poupée. L'infini baignait de rose l'ourlet de ses pétales. La solitude de nuits sans étoiles l'avait épuisée. Des bandes de pluie s'amusaient à la gifler. Proche de sa fin, elle entrait en moi par ce qu'elle avait de blessé. Demain, après-demain, elle ne serait plus là. Rien n'est là pour nous. Nous croyons lire notre nom sur les paravents, mais ce n'est qu'une ombre, qui passe. Notre âme est une fleur sauvage appuyée à notre chair avant qu'un orage la déchire. Ce qui m'étonnait le plus était l'invraisemblable couleur de la fleur d'églantier : rose comme le souffle d'un ange, son haleine rendue visible pour peu de temps. Une promesse dont on ne pouvait douter. Une lettre comme dans les vieux romans d'amour. Ah, ce rose, ce rose ! La couleur d'une fleur est la manière qu'elle a, propre aux timides, de pousser brutalement son âme en avant d'elle, vers nous. Ce rose entrait effrontément dans ma pensée, la remplaçait même, inscrivait dans mon cerveau quelque chose d'aussi solide qu'une parole sainte - allant dans le même sens déraisonnable. Je le contemplai longtemps puis je revins aux livres, tournant leurs pages, espérant y trouver une clarté aussi convaincante que celle qui peu à peu se retirait du jardin. Les poèmes traversent les murs. Les fantômes ont les joues rosées. Il y a un paradis pour les fleurs, sûrement. 

C Bobin.

 

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L'âme, un linge frais de soleil...

10 Décembre 2016, 05:57am

Publié par Grégoire.

L'âme, un linge frais de soleil...

Tu ouvrirais ce carnet. Tu verrais qu'il y serait question du ciel, de cette part du ciel qui reste en nous, électrisée, nocturne, sauvage, inaliénable. Tu verrais sur le bleu de ces pages la blancheur d'une étoile, qui est celle aussi du sel, du feu. Des mots passeraient sous tes yeux, dans le matin de tes yeux. Un mot comme celui-là: "âme". L'âme. Un linge frais de soleil, amoureusement plié. Un drap d'or pour la couche des amants, liseré de noir, brodé avec les initiales conjointes de l'orage et de l'aurore. Tu lirais encore, plus loin. Vers d'autres mots. Tu lirais les mots précieux, les mots ruisselants, les mots princiers, ceux du désespoir, ceux, les mêmes, de l'espoir. Tu comprendrais alors. Tu comprendrais que dans chacun de ces mots, sur chacune de ces pages, il n'aurait été question que de toi, que de cette merveilleuse coïncidence entre toi et l'amour que j'ai de toi. Entre toi et ces mots qui sont les miens pour te dire. Entre toi et ces mots conçus dans la nuit, engendrés par ce désordre qui suit ton entrée en mon âme et qui la pacifie. Tu comprendrais que tu ne m'as jamais empêché d'écrire. Tu comprendrais que je n'ai jamais écrit que pour toi, même avant de te connaître, même dans le temps, dans l'immensité sombre du temps précédant notre rencontre. Dans ce désert. J'écrivais alors dans l'attente de l'amour, dans l'attente de sa venue, dans l'impossibilité de sa venue. J'écrivais des mots plus orageux que la nuit, plus sombres que la nuit, dans l'espoir de la passer, de défaire la nuit par plus de nuit. A présent j'écris. Dans l'amour, dans la lumière, j'écris. Avec des mots plus lumineux que la lumière, pour passer la lumière, pour atteindre ce qui en elle n'est plus sujet aux éclipses, pour gagner cette clarté que ne désoriente plus la lente rotation des jours. Avec toi j'écris. Avec toi je vois que les mots sont les mêmes. Ceux de la nuit. Ceux du plein jour. Ceux de l'attente de l'amour. Du désespoir. De l'espoir. J'écris dans ce savoir que nous sommes seuls à connaître. Je t'écris. Dans ces carnets mais aussi dans tout ce que j'écris. Tu es présente aussi bien, d'un bout à l'autre présente dans ces textes que j'envoie à Montpellier. Dans cette impossibilité où je suis de parler de toi et qui n'est pas que circonstancielle. Dans cette nuit où tu es en moi, dans cette nuit brûlante où tu es ce qui se confond avec celle d'où viennent les mots, j'écris, je t'écris.

Je t'appelle. Sur ces pages je t’appelle. Dans ces forêts, près de cet étang, sur ces routes, sur ces terres que nos pas en les mesurant portaient à l'infini, je t'appelle.

 

Christian Bobin, L’homme joie (carnet bleu) 

 

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Le regard, c'est l'âme...?

8 Décembre 2016, 05:50am

Publié par Grégoire.

Le regard, c'est l'âme...?

"L'âge d'or est devant nous, dans la transparence d'un regard. Les portes du paradis s'ouvrent comme s'ouvre un visage, sous la puissance lumineuse d'un sourire. Si l'on veut voir le paradis sur terre, il suffit de contempler le visage de l'autre quand un sourire étend ses traits, quand ce visage est baigné - comme dit Verlaine- par le "bonheur d'une paix sans victoire ", quand enfin se suspend cette lutte de chacun contre tous, cette volonté se s'agrandir aux dépens de l'autre ou cette tristesse de diminuer à son profit.

Quand nous ne sommes plus dans l'enfermement ni la conquête, quand nous jouissons  - toujours selon Verlaine - de la lumière "d'être simple sans plus attendre. "C'est ça le paradis. C'est ça l'âge d'or: devant nous comme l'est le visage d'autrui quand ce visage se fait limpide."
C.Bobin, la merveille et l'obscur.

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Arghhh... l'homme utile et persuadé de son utilité...

6 Décembre 2016, 04:53am

Publié par Grégoire.

Arghhh... l'homme utile et persuadé de son utilité...

" C’est le genre d’homme qui peut tout faire, n’étant personne.

Le monde industriel c’est le monde tout entier, une fable noire pour enfants, une mauvaise insomnie dans le jour.

La présence de l’argent y est considérable, autant que celle de Dieu dans les sociétés primitives.
Elle irradie de la même façon. Elle gouverne le mouvement des pensées comme celui des visages...

Ils sont là comme des éboueurs de l’argent, comme des esclaves d’un nouveau genre, des esclaves millionnaires.

Ils ordonnent, ils décident, ils tranchent. 
Ils parlent beaucoup.

La parole est leur matière première. Ils parlent beaucoup mais ce n’est jamais une parole personnelle.
Ils parlent suivant ce qu’ils font, suivant une idée générale de ce qu’il y a à faire dans la vie, une idée apprise.
Ce sont les hommes du sérieux, les hommes sans ombre.

L’éclat de l’argent égalise leurs traits.
On dirait le même homme à chaque fois, la même absence hautaine, la même ruine de toute aventure personnelle, singulière."

Christian Bobin, La part manquante.

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