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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Ces instants de faillite...

24 Mars 2017, 05:28am

Publié par Grégoire.

Ces instants de faillite...

Dans la proximité du soir où je vous écris, à cette heure où le monde oublié du dieu comme du diable, pèse sur la nuque des bêtes et sur le fond des pensées, quelque chose s’est produit : un duvet de lumière, lentement, est descendu le long du mur crépi. Pas plus. Rien de plus, et cela suffit pour que ce jour soit à jamais impérissable. Une once de réel pur suffit, à qui sait voir. Amplement elle suffit, pour induire cet état de stupeur, quand la pensée enfin renonce, l’imbécile pensée qui nous tient serrés dans le monde, un poing de limaille enfoncé dans la gorge : et tant que nous parlons, nous ne disons rien ; et tant que nous faisons quelque chose, nous ne faisons rien.

Seuls comptent ces instants de faillite, quand l’abject devoir de faire bon visage perd de son emprise, quand nous demeurons désert, invisibles de ceux qui nous commandent, oubliés de ceux qui nous aiment. Beaucoup de femmes ainsi, dans les maisons vides, abdiquent toute souveraineté, et se perdent dans les heures excessivement claires de l’après-midi, dans l’égalité –impossible à dire- de la joie et de l’ennui. Ne plus rien faire, ne plus rien être. Regarder par la fenêtre le ciel hésitant, scrupuleux. Le château de sable des lumières, en un instant effondré. Ne plus rien posséder, pas même soi. Accéder à cet ultime noyau de silence autour duquel gravite la poussière du corps.

Christian Bobin, « L’homme du désastre »

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Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient.

22 Mars 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

« Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. Parce que ce que tu t’es annexé ce qui a été donné en commun pour l’usage de tous. La terre est à tous et pas seulement aux riches.»

« Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. Parce que ce que tu t’es annexé ce qui a été donné en commun pour l’usage de tous. La terre est à tous et pas seulement aux riches.»

Le capitalisme, tel que nous le vivons depuis les dernières décennies, est-il à votre avis un système en quelque sorte irréversible ?

Pape François : Je ne saurais comment répondre à cette question. Je reconnais que la globalisation a aidé beaucoup de personnes à sortir de la pauvreté, mais elle en a condamné d’autres à mourir de faim. C’est vrai qu’en terme absolu, la richesse mondiale s’est accrue, mais la disparité a augmenté et de nouvelles pauvretés sont apparues. Ce que je remarque, c’est que ce système se maintient avec cette culture du rebut, dont j’ai parlé de nombreuses fois. Il y a une politique, une idéologie et aussi une attitude du rejet. Quand au centre du système, il n’y a plus l’homme, mais l’argent, quand l’argent devient une idole, les hommes et les femmes sont réduits à de simples instruments, dans un système économique et social caractérisé et même dominé par de profonds déséquilibres. Et ainsi, on « rejette » ceux qui ne servent pas cette logique : cette attitude qui rejette les enfants et les personnes âgées et touche aujourd’hui même les jeunes. J’ai été impressionné d’apprendre que dans les pays développés, il y a des millions de jeunes de moins de 25 ans qui n’ont pas de travail. Je les ai appelés les jeunes « ni-ni » parce qu’ils n’étudient pas et ne travaillent pas non plus. Ils n’étudient pas parce qu’ils n’en ont pas la possibilité et ne travaillent pas parce que le travail manque. Mais je voudrais encore rappeler cette culture du rejet qui conduit à rejeter les enfants également à travers l’avortement. Je suis marqué par les taux de natalité si bas en Italie : on perd ainsi le lien avec l’avenir. De même, la culture du rejet conduit à l’euthanasie cachée des personnes âgées, qui sont abandonnées. Au lieu d’être considérées comme notre mémoire. Le lien avec notre passé est une ressource de sagesse pour le présent. Parfois, je me demande : quel sera le prochain rejet ? Nous devons nous arrêter à temps. Arrêtons-nous, s’il vous plaît ! Et donc, pour essayer de répondre à votre question, je dirais : ne considérons pas cet état comme irréversible, ne nous résignons pas. Essayons de construire une société et une économie où l’homme et son bien soient au centre, et non l’argent. 

Un changement, une attention plus grande à la justice sociale peut-elle advenir grâce à plus d’éthique dans l’économie, ou peut-on envisager aussi des changements structuraux dans le système ?

Pape François :  Avant tout, il est bon de rappeler qu’il y a besoin d’éthique dans l’économie, et qu’il y en a également besoin en politique. Différents chefs d’état et hommes politiques, que j’ai pu rencontrer après mon élection comme évêque de Rome m’ont parlé plusieurs fois de ceci. Ils ont dit : « Vous, les leaders religieux, vous devez nous aider, nous donner des indications éthiques ». Oui, le pasteur peut faire des rappels, mais je suis convaincu, comme l’a rappelé Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate, qu’il y a besoin d’hommes et de femmes aux bras levés vers Dieu pour le prier, conscients que l’amour et le partage dont dérive le développement authentique, ne sont pas un produit de nos mains, mais un don à demander. Et en même temps, je suis convaincu qu’il y a besoin que ces hommes et ces femmes s’impliquent à chaque niveau, dans la société, en politique, dans les institutions et l’économie, en mettant le bien commun au centre. Nous ne pouvons plus attendre de résoudre les causes structurelles de la pauvreté, pour guérir notre société d’une maladie qui peut seulement conduire à de nouvelles crises. Les marchés et la spéculation financière ne peuvent bénéficier d’une autonomie absolue. Sans une solution aux problèmes des pauvres, nous ne résoudrons pas les problèmes du monde. Il faut des programmes, des mécanismes et des projets au service d’une meilleure distribution des ressources, de la création d’emploi, de la promotion intégrale de celui qui est exclu.

Pourquoi les mots forts et prophétiques de Pie XI dans l’encyclique Quadragesimo anno contre l’impérialisme international de l’argent, sonnent-ils aujourd’hui pour beaucoup – même des catholiques – comme exagérés et radicaux ? 

Pape François : Pie XI semble exagéré à ceux qui se sentent concernés par ses paroles, touchés au vif par ses accusations prophétiques. Mais le Pape n’exagérait pas, il avait dit la vérité après la crise économico-financière de 1929 ; et en bon alpiniste, il voyait les choses comme elles étaient, il savait regarder loin. Je crains que ceux qui exagèrent soient plutôt ceux qui, aujourd’hui encore, se sentent remis en cause par les appels de Pie XI…

Les pages de Populorum progressio où il est dit que la propriété privée n’est pas un droit absolu, mais est subordonné au bien commun, ainsi que le catéchisme de Saint Pie X, qui énumère parmi les péchés (…) l’oppression des pauvres et la privation des ouvriers d’un salaire juste, sont-elles toujours valables ? 

Pape François :  Non seulement ces affirmations sont toujours valables, mais plus le temps passe, plus je les trouve confirmées par l’expérience.

Beaucoup ont été marqués par vos paroles sur les pauvres, « chair du Christ ». L’accusation de « paupérisme » vous dérange-t-elle ?

Pape François :  Avant l’arrivée de François d’Assise, il y avait des paupéristes. Au Moyen Âge, il y a  eu de nombreux courants paupéristes. Le paupérisme est une caricature de l’Évangile et de la pauvreté elle-même. Saint François nous a aidés au contraire à découvrir le lien profond entre la pauvreté et le chemin évangélique. Jésus affirme qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et la richesse. Est-ce du paupérisme ? Jésus nous dit quel est le « protocole » sur la base duquel nous serons jugés, celui que nous lisons au chapitre 25 de l’Évangile de Matthieu : « J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’ai été en prison, j’étais malade, j’étais nu, et vous m’avez aidé, vêtu, visité, vous avez pris soin de moi ». Chaque fois que nous faisons cela à un frère, nous le faisons à Jésus. Prendre soin de notre prochain, de celui qui est pauvre, de celui qui souffre dans son corps et son esprit, de celui qui est dans le besoin. Cela c’est la pierre de comparaison. Est-ce du paupérisme ? Non, c’est l’Evangile. La pauvreté éloigne de l’idolâtrie, du sentiment d’autosuffisance. Zachée, après avoir croisé le regard miséricordieux de Jésus, a donné la moitié de ce qu’il avait aux pauvres. Le message de l’Évangile s’adresse à tous. L’Évangile ne condamne pas les riches mais l’idolâtrie de la richesse, cette idolâtrie qui rend insensible au cri du pauvre. Jésus a dit qu’avant de présenter notre offrande sur l’autel, nous devons nous réconcilier avec notre frère pour être en paix avec lui. Je crois que nous pouvons, par analogie, étendre la richesse à cet « être en paix » avec nos frères pauvres.

Vous avez souligné la continuité avec la tradition de l’Église dans cette attention aux pauvres. Pouvez-vous donner quelques exemples à ce sujet ? 

Pape François : Un mois avant l’ouverture du concile œcuménique Vatican II, le pape Jean XXIII a dit : « L’Église se présente comme elle est et veut être : comme l’Église de tous, et particulièrement celle des pauvres ». Dans les années qui ont suivi, l’option préférentielle pour les pauvres est entrée dans les documents du magistère. On pourrait penser qu’il s’agit d’une nouveauté, tandis qu’au contraire, c’est une attention qui a son origine dans l’Évangile et apparaît déjà dans les premiers siècles du christianisme. Si je reprenais quelques passages des homélies des premiers Pères de l’Église du deuxième ou du troisième siècle, sur la façon dont on doit traiter les pauvres, certains m’accuseraient de faire une homélie marxiste !

« Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. Parce que ce que tu t’es annexé ce qui a été donné en commun pour l’usage de tous. La terre est à tous et pas seulement aux riches.» Ce sont les mots de saint Ambroise, qui ont servi à Paul VI, pour affirmer dans Populorum progressio que la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu, et que personne n’est autorisé à réserver à son usage exclusif ce qui dépasse son besoin, quand d’autres manquent du nécessaire. Saint Jean Chrysostome affirmait : « Ne pas partager ses biens avec les pauvres signifie les voler et les priver de la vie. Les biens que nous possédons sont à eux, et non à nous ». (…) Comme on peut le voir, cette attention pour les pauvres est dans l’Évangile et elle est dans la tradition de l’Église. Ce n’est pas une invention du communisme et il ne faut pas l’idéologiser, comme c’est arrivé plusieurs fois au cours de l’histoire. Quand elle arrive à vaincre ce que j’ai appelé la « globalisation de l’indifférence », l’Église est loin d’un quelconque intérêt politique et d’une quelconque idéologie : seulement mue par les paroles de Jésus, elle veut offrir sa contribution à la construction d’un monde où on s’occupe les uns des autres et où on prenne soin de l’autre.

Interview François, Pape.

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Apprendre à aimer

20 Mars 2017, 06:41am

Publié par Grégoire.

"Comme notre vie serait plus belle si elle baignait dans cette joie de s'ouvrir à l'autre et aux autres en découvrant la joie d'aimer et de se laisser aimer, la joie d'expérimenter la miséricorde de notre Père, et de la donner à notre tour à nos frères."

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Un enterrement de pauvre

18 Mars 2017, 06:38am

Publié par Grégoire.

Un enterrement de pauvre

J’ai vu un enterrement de pauvre. Tous les enterrements sont des enterrements de pauvres. Les pauvres sont les vivants. Le roi est dans sa boite veillé par quatre cierges. C’est au creusot, dans l’église St Eugène, dans la main d’acier du froid de novembre. 

Quelques jours avant de mourir le vieil homme que la plus part commence déjà a oublier, a fait remonter à ses lèvres les berceuses grecques que lui chantait son père. Je me souviens de ses yeux, élégants, poivrés, charmeurs. Les yeux on ne réussit jamais à les enterrer. Je regarde le cercueil et m’étonne de ce qu’il ne vibre pas de la densité de tout ce qu’il contient. Je fixe les planches pour voir si elles tremblent. 

Le prêtre parle vite. C’est un jeune homme. Presque un enfant. Il pousse les paroles devant lui comme des sacs qu’on fait tomber d’un camion. Après avoir mâché un brin du sermon sur la montagne, il marmonne, comme on crache un jus d’herbe, « c’est tout ce que j’ai comme bonne nouvelle aujourd’hui ». Il lit aussi un fragment du livre de la Sagesse. Le texte de la bible passe dans le corps comme un vieux rhum. Les chants peinent à s’élever, des montgolfières privées d’air chaud. Sur un vitrail, deux anges, aux ailes en pointes d’hirondelles rouges, se font des courbettes. La pensée serre mes tempes dans son étau. Il ne se passe rien dans un mariage. Dans un enterrement, la vie déboule à son maximum.

Le roi s’apprête à partir pour l’invisible dans sa barque-cercueil. La famille renié d’un des siens oppose au prêtre son bloc sourd. La convention est lézardé par la présence a portée de main du mort. De la lumière filtre à travers les paroles mal lues et tout d’un coup la barque s’ébranle, un ange l’a poussé du pied, la navigation commence, l’assistance reste sur la rive dans le gris avec la pauvre joie secrète de bientôt reprendre les affaires courantes. Le mort fait ses premiers pas de fils des étoiles. L’or qu’il trouvait nouveau-né dans ses berceuses, revient en pluie chaude sur ses paupières closes, comme jadis après la tétée de bonheur lent et de soleil méditatif. Les gens s’attardent aux marchent de l’église. Le serpent de l’humilité monte du sol jusqu’au coeur. Les morts sont tout sauf mort. Ce sont les vivants dont il faudrait chauffer le sang. Le prêtre-enfant range ses papiers. Dans le coffre de ma voiture il y a trois jacinthes. Elles réfléchissent très fort dans le noir. On annonce de la neige dans cinq jours. 

Christian Bobin.

 

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Pour contrer la guerre de la gentillesse, il faut quelque chose entre résurrection et insurrection...

16 Mars 2017, 05:03am

Publié par Grégoire.

Pour contrer la guerre de la gentillesse, il faut quelque chose entre résurrection et insurrection...

"Cette société que l’on dit molle, éteinte, consensuelle, est en guerre. Elle est en guerre contre les plus faibles et donc contre le meilleur d’elle-même. Cette guerre est menée contre les pauvres, les enfants, les amoureux, les femmes, les vieillards.

Le discours sur l’exclusion participe de cette guerre, par sa gentillesse qui est le contraire de la bonté.

La gentillesse est une des premières vertus du commerce, une des règles de base dans la représentation : pour gagner le portefeuille, calmer les cœurs, flatter les enfants et les chiens et tout ce qui passe à portée de mains. La bonté est l’inverse de cette politique là. On n’y vend rien, on n’y achète rien. On apprend à y nommer ce qui est réel dans cette vie et à résister au nom de cette chose réelle.

On n’y parle pas de SDF, on y parle de pauvres - et mieux encore : on ne parle pas des pauvres en général, on n’est pas dans l’attendrissement sociologique des catégories. On parle de celui-ci, puis de celui-là, puis de cet autre encore.

Ce qui est « exclu » de nos sociétés, c’est ce qui en est le centre, le meilleur : le rire des enfants, le songe des amants, la patience des misérables, le génie des mères. 

Parler d’exclus c’est donc se tromper de mot. Quand ce qui est exclu est au centre, au cœur, alors il ne faut pas parler d’exclusion, terme bien trop flou pour décrire un cœur qui a cessé de battre. Il ne s’agit pas d’inclure les pauvres dans une société morte, il s’agit de faire revenir le sang dans le tout de cette société.

Il faut un « traitement » non seulement « social » mais politique et spirituel : quelque chose entre résurrection et insurrection."

Christian Bobin. interview.

 

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Le plus savant des réveil.

14 Mars 2017, 06:15am

Publié par Grégoire.

Le plus savant des réveil.


Je regardais Dieu descendre en parachute. Le vent le balançait à droite, à gauche, c'était joli. Une nuée de moustiques angéliques l'entourait, soufflant dans des trompettes en or. La descente durait le temps exact de ma vie : quand Dieu aurait tapé le sol de ses grosses chaussures montagnardes, il me faudrait mourir ou bien mettre simplement un autre disque dans l'appareil. Car ce que je décris là, c'est juste l'écoute d'une cantate de Bach. Il y avait une bougie sur la table et le disque à l'autre bout de la pièce. La musique de Bach me regonfle le coeur comme les canots de sauvetage avec une pompe qu'on active d'une pression d'un pied : le canot en plastique est mou, fichu, et voilà qu'il se requinque, prend sa forme bienveillante. La bougie, elle, faisait sa timide, sa demoiselle des clairs de lune, promeneuse des remparts du songe. Pas besoin d'anges ni de trompettes pour atteindre le ciel, arriver à temps au spectacle de l'apocalypse - nom qui, comme chacun sait, veut dire « dévoilement » - : la flamme d'une bougie, comme la voile d'un bateau soumis aux vents, indique le paradis. Un feuillage, que la main d'une brise agite, laisse aussi entrevoir la vie simple, plus miraculeuse que Bach, plus adorante encore que lui. Puis il y a eu un coup de fil. J'ai arrêté le disque. Le parachutiste est remonté au ciel. Voilà que j'avais une voix humaine dans l'oreille. Rien n'est plus proche du divin. Je suis un mauvais écrivain. Je ne parviens pas à écrire sur les voix - leurs matières, leurs reflets, leurs guerres. Je ne voudrais faire que ça. Le moment de ma vie où j'ai été le plus proche du paradis, jusqu'à jouer à l'intérieur, c'était dans les difficiles réveils de l'enfance, l'été, à la campagne : derrière les cils métalliques des volets battus de bleu de ma chambre, résonnaient les voix des gens sur le marché. Ils n'étaient ni théologiens, ni artistes, ni héros. Ils étaient tout ça à la fois : des gens à qui, chaque matin, on demandait de soulever la montagne de leur sang, d'affronter la vie inconnue, pleine de drames. Ils riaient, se saluaient, s'interpellaient comme on doit le faire au ciel. Leur coeur était simple comme une bougie - ombres comprises. Ce remuement d'oiseaux, cette bonne humeur ne reposant sur rien me donnait le plus savant des réveils. Ces gens simples, plus profonds que les penseurs, n'étaient pas Dieu. Ils préparaient sa venue. Le pépiement de leurs voix appelait la venue de l'aigle. Là où tout se rend léger sans raison, un voile se déchire, une couleur fondamentale est révélée de l'assise éternelle du jour. Ce n'est pas Bach qui me l'a dit. Bach est de la cocaïne céleste. C'est une bougie qui en tremblant vient d'écrire ce texte, que vous venez de lire et qui maintenant prend feu.

Christian Bobin.

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Celui que nous cherchons...

13 Mars 2017, 05:56am

Publié par Grégoire.

Celui que nous cherchons...

Des mots passeraient sous tes yeux, dans le matin de tes yeux. Un mot comme celui-là : « âme ». L’âme. Un linge frais de soleil, amoureusement plié. Un drap d’or pour la couche des amants liseré de noir, brodé avec les initiales conjointes de l’orage et de l’aurore. Tu lirais encore, plus loin. Vers d’autres mots. Tu lirais les mots précieux, les mots ruisselants, les mots princiers, ceux du désespoir, ceux, les mêmes, de l’espoir. Tu comprendrais alors. Tu comprendrais que dans chacun de ces mots, sur chacune de ces pages, il n’aurait été question que de toi, que de cette merveilleuse coïncidence entre toi et l’amour que j’ai de toi. Entre toi et ces mots qui sont les miens pour te dire. Entre toi et ces mots conçus dans la nuit, engendrés par ce désordre qui suit ton entrée en mon âme et qui la pacifie. Tu comprendrais que tu ne m’as jamais empêché d’écrire. Tu comprendrais que je n’ai jamais écrit que pour toi, même avant de te connaître, même dans le temps, dans l’immensité sombre du temps précédant notre rencontre.

C Bobin, l'homme-joie.

 

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Y-a-t-il une soumission à quelque chose dans nos vies...?

12 Mars 2017, 05:01am

Publié par Grégoire.

Extraits d'une conférence de 2h00...

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Délivrance

11 Mars 2017, 05:38am

Publié par Grégoire.

Délivrance

« Chaque fois que j’entrais dans la chambre de cet homme, à l’Hotel-Dieu où je travaillais, je lui découvrais un visage brillant de larmes : on avait dû lui couper les deux jambes et il passait ses journées à pleurer en silence.

Un jour où je l’aidais à manger, je l’ai vu expirer entre deux cuillerées : sa mort était soudain venue le consoler, comme ces mères qui s’arrachent à leur sommeil pour venir essuyer les larmes de l’enfant terrifiés par un cauchemar. »

C Bobin, Ressusciter.

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Eloge de la solitude...

9 Mars 2017, 05:37am

Publié par Grégoire.

Eloge de la solitude...

« Le génie est une réponse à l’impossibilité de vivre, le bondissement du cerf au-dessus de la meute. Le travail des saints, c’est de nettoyer la vie, d’extraire la pierre précieuse de sa gangue de boue sèche.

Le retrait protège du mortifère goût des gens pour la convention est une manière de prendre soin d’eux malgré eux : « la distance est la racine de la douceur. » La vie ne serait rien sans la contemplation. »

C Bobin, la Dame blanche.

 

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Silence

7 Mars 2017, 05:48am

Publié par Grégoire.

Silence

Un vide envahit notre monde : celui du silence de la déception et de l’échec. Nous restons sidérés devant notre impuissance à rendre l’humanité heureuse, à faire de notre planète un sweet home. Un froid glacial – comme celui d’un hiver nucléaire – gagne nos regards, nos espérances et même nos désirs. C’est le silence qui suit la dévastation, celui qui fait irruption au milieu de la certitude clinquante de notre liberté, de la prétendue maîtrise de nos existences et de notre destinée.

Muets

Ce silence de mort est celui de la sécheresse du cœur, qui s’étend inexorablement comme le sable d’un désert plombé par le soleil caniculaire de notre ego collectif. Nous pensions bâtir une Babylone Nouvelle et nous sommes devenus muets, étrangers les uns aux autres ; bientôt la parole va nous manquer. Le bavardage, l’auto-affirmation idéologique ou libertaire, l’insulte et le cri de guerre couvrent le silence dans lequel nous engloutissent nos peurs et nos terreurs.

Mais il faut savoir traverser le silence de la nuit pour découvrir celui de l’amour.

Absence

C’est que nous avons peur du silence de Dieu qui nous semble impuissant ou absent de nos combats et de nos épreuves. Le silence de l’extase, de la beauté ou de ce qui est présent là tout simplement, sans bavardage ni commentaire, nous paraît alors pâle, insignifiant, inconsistant même, face au silence assourdissant du désespoir et de l’anéantissement, que notre siècle masque vainement en s’enivrant de divertissements.

Pure présence

Et si le silence de Dieu était là, présent à l’intérieur de l’échec et du bruit, de l’impuissance humaine et de l’inexprimable de la souffrance ? S’il était patience qui écoute et soin sans mots qui ne se donne que dans une tendresse trop profonde pour être perçu par nos âme endolories ?

C’est dans la part essentielle et souvent inaccessible de nos vies chaotiques et fissurées que le cœur silencieux de Dieu vient à nous en nous invitant à laisser nos blessures être visitées, ointes, baignées par le Souffle silencieux de sa miséricorde.

Car au fond du bruit et des gémissements de notre monde bat le cœur du Crucifié. En perfusion de sa Vie, trop grande pour que nous puissions la contenir, la recréation souterraine des nôtres a déjà commencé.

Samuel Rouvillois

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La politique est-elle un absolu...?

6 Mars 2017, 06:52am

Publié par Grégoire.

La politique est-elle un absolu...?

Aristote, déjà, remarquait que la prudence et l’art politique ne peuvent être la sagesse :

"Il est absurde de penser que la politique ou la prudence sont ce qu’il y a de plus élevé, s’il est vrai que l’homme n’est pas ce qui est le meilleur parmi toutes les réalités dans l’univers" (Ethique à Nicomaque, VI, 7, 1141 a 20-22).

Pour que la politique et la prudence (la vertu morale la plus parfaite) soient la sagesse, il faudrait que l’homme soit la réalité première, à laquelle toutes les autres seraient relatives dans l’ordre de l’être. Certes, cela semble vrai tant que nous en restons aux réalités existantes dont nous avons l’expérience : parmi toutes les réalités existantes dont nous avons l’expérience, la personne humaine est la plus parfaite. Aussi, tant que nous en restons à l’expérience des réalités humaines, et même à la connaissance scientifique, une certaine perfection pratique (et l’autorité pour gouverner les autres hommes) semblerait-elle être la qualité humaine la plus noble et la plus grande.

N’est-ce pas ce que soutenaient certains philosophes grecs pour qui la béatitude de l’homme résidait dans la vie politique ? N’est-ce pas aussi la position d’un Platon pour qui le sage ne peut « se contenter » d’être un contemplatif, mais doit redescendre dans la caverne pour éduquer ses concitoyens à la justice ? Cette « tentation » existe toujours pour l’homme moral, parfait : avoir l’autorité, gouverner les autres, chercher à les éduquer, y compris en prétendant savoir mieux qu’eux ce qui est bon pour eux…

 

Il est cependant, pour la personne humaine, deux absolus qui dépassent la prudence et qui, dans une profonde unité, peuvent l’amener à s’interroger sur l’existence d’un Être premier, d’une Personne première, au-delà de l’univers physique et de l’homme. Ayant découvert son existence et la relation qui existe entre elle-même et cet Être premier, le Créateur, la personne humaine, découvrira alors, en adorant, la contemplation comme sa fin ultime, son bonheur parfait : la sagesse est bien cette qualité d’une intelligence dont l’acte le plus parfait est la contemplation ; et celle-ci se suffit à elle-même : le véritable sage ne cherche pas d’abord une vie morale parfaite, ni à gouverner, ni à éduquer les autres : il est trop magnanime pour cela…

 

Les deux absolus spirituels, personnels, qui conduisent la personne humaine à cette découverte, sont l’amour d’amitié et la recherche de la vérité pour elle-même…

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

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L'évangile, seule réponse à nos maux, un refus de la fatalité... mais impossible à vivre par soi.

5 Mars 2017, 05:38am

Publié par Grégoire.

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Du regard de Dieu sur nous...

4 Mars 2017, 05:41am

Publié par Grégoire.

Du regard de Dieu sur nous...

"Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Il ne juge pas selon les réalisations matérielles, mais selon les intentions profondes de chacun.

Les  hommes s'habituent tellement à juger leurs frères selon leurs résultats : ‘qu'as-tu fais dans ta vie ?’ et quand cela commence à être négatif, c'est terrible. Il n'y a plus de place pour eux. Le dossier négatif fait son cheminement ! C'est terrible cette humanité d’aujourd'hui, parce qu'on ne voit que l'aspect négatif et on juge les personnes en fonction de cela, alors que Dieu remonte à la source et voit les intentions. 

En Dieu, il n'y a pas de jugement à partir des réalisations. 

Dieu nous poursuit jusqu'au bout pour qu'on redécouvre son amour de Père, sa sollicitude aimante sur nous. »

P. Marie Dominique Philippe. Retraite sur l’Apocalypse. 1995

 

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L'apothéose de toutes luciditées...

3 Mars 2017, 05:33am

Publié par Grégoire.

L'apothéose de toutes luciditées...

« Si je lis un livre et qu’il rend tout mon corps si glacé qu’aucun feu ne pourra jamais me réchauffer, je sais alors que c’est de la poésie. Si je sens le sommet de ma tête arraché, je sais aussi qu’il s’agit de poésie. Ce sont mes deux seules façons de le savoir. Y en a-t-il d’autres ? »

Qui avait imaginé que la poésie puisse être une affaire vitale, l’apothéose de toute lucidité, l’arrachement du bandeau que la vie met sur les yeux des vivants pour qu’ils n’aient pas trop peur à cet instant dernier qu’est chaque instant passant...?

C Bobin, la Dame blanche.

 

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L’indestructible

1 Mars 2017, 05:53am

Publié par Grégoire.

L’indestructible

Les immeubles parisiens flottent comme des troncs d’arbres sur un fleuve de goudron noir. je cherche quelques points de repère soustraits à ce tumulte qui charrie voitures, jeunes femmes portemanteaux et assassins aux yeux clos à la cire par leur ambition. Le visage des clochards et les vitrines des librairies sont deux marques de l’éternel. Boulevard Raspail, sortant d’une librairie où j’ai repris des forces, je croise vingt mètres plus loin un clochard réfugié dans l’arrière-cour de ses yeux. Le Christ a mauvaise haleine. Il sent le vin noir.

Les mendiants se sacrifient pour nous. C’est parce qu’ils sont perdus que nous croyons réellement ne pas l’être. 

Rive-droite, dans un quartier dont les immeubles bombent le torse de colère en me voyant, une église orthodoxe. L’autopsie de Dieu vient d’y commencer. Un guide commente pour un troupeau distrait le sens du rite. Il fait gris. Un peu partout, des tentures de velours sombre, j’en sens le poids sur mes épaules. Une femme allume des bougies. Le peuple des bougies est un peuple en transe, donnant tout à son roi qui n’apparait jamais.

Les icônes brillent comme des yeux de lynx dans la nuit.

Au moyen-âge où les monastères éclosent, l’air grésillent d’anges aussi nombreux que des éphémères l’été, autour d’une lampe de jardin. Jusqu’à Jean-Sébastien Bach, croire en Dieu ou sentir le printemps ouvrir les fleurs roses de nos poumons c’est tout un. Puisqu’aujourd’hui par une grâce terrible tout a été détruit, ce livre invite à rejoindre l’élémentaire qui est l’indestructible : un feuillage à la fenêtre d’une bibliothèque. Des ombres pour abriter nos morts. Des robes glacées comme des cascades. Des paroles d’amour plongées dans des cuves de silence. La nuit dans sa première jeunesse. 

Les deux personnes les plus mystérieuses au monde sont le moine et la prostituée. Un corps qui brûle, une bible qui crie -la misère est soeur du divin.

« Je suis entré dans ce monde comme un loup et j’en sors comme un agneau » telle est la dernière parole d’un condamné à mort américain, une montagne de muscle tatouée. Aux offices les chants des moines ne monteront pas plus haut.

Au cimetière des Pères de Sainte-Croix, brillent de petites croix toutes blanches -les dents de lait de l’Eternel. 

Un livre de poésie, même oublié sur un rayon de bibliothèque, témoigne à bas bruit de la splendeur de la vie. Qu’il reste un cercle de pierre avec au milieu une poignée de contemplatifs donnant leur vie à un dieu dont rien ne les assure -préserve le monde du pire.

L’hôpital avale sa ration de souffrants. J’attends quelqu’un aux urgences. Deux policiers apparaissent, encadrant un homme menotté en survêtement noir ahuri, détenteur d’une puissance dangereuse de bébé. L’un des policiers s’adresse à lui d’une voix surnaturellement patiente, comme une mère à son enfant malade. Son collègue ricane sans bruit, moins doué de sensibilité que les briques du bâtiment. Je suis devant une parabole inédite, un Evangile dont un feuillet vole sous mes yeux.

L’image absolue, celle qui nous délivre des images, s’élabore dans la clôture d’un monastère. 

Au Carmel d’Angers une religieuse entre vivante au paradis de la peinture hollandaise. A la Grande Trappe un moine, quatre ange assis à sa gauche, deux à sa droite, patiente dans la salle d’attente de l’Eternel. A voir la porte et la croix de l’abbaye de Fontgombault on entend Wall street s’effondre. Le couloir des petites soeurs des pauvres, pour le traverser il faut des siècles. Tout au bout, nos parents disparus nous attendent.

Ces gens sont les gardiens d’une douceur intraitable. 

La chaise vide au monastère du Carmel fait face à une croix. Le vide contemple la douleur. Ce n’est pas une indifférence mais la plus grande concentration. La paille et le bois de la chaise sont pénétrés jusque dans leurs noeuds d’une pensée sans pensée. La petite chaise est une sainte. 

Le vieil instinct ruiné des hommes se rallume à la vue d’un cloître. Il ne s’agit même pas de Dieu -simplement d’une intense façon d’habiter sur Terre. « Le soleil se plaît davantage dans un réfectoire de monastère que dans un restaurant », dit Mandelstam.

Je te propose une énigme, dit le Christ : il y a quelque chose qui n’existe pas et pourtant cette chose est la seule qui existe. Tu as trouvé? 

Leurs corps sont sculptés dans du silence. Leurs gestes sont sobres, lumineux leurs habits. Parfois leurs esprit boite. Un saint qui ne boiterait pas ne serait pas un saint. 

Les ivrognes de l’absolu ont le vin doux. Leurs imperfections -malgré l’irréprochable qualité des tissus et des lumières- amène notre imperfection, degré par degré jusqu’au ciel.

Je pense à leur grand frère tout blanc, le pape François. Son sermon de Noël 2014 aux cardinaux est l’envers nécessaire du sermon sur la montagne. Il parle de « la maladie des visages mornes » et dénonce en poète un « Alzheimer spirituel » atteignant les princes de l’Eglise. C’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus le temps de vivre -même les bébés ne l’ont plus. Il faut d’abord qu’on nous parle comme ça, qu’on reçoive une pluie d’eau de javel sur la tête. Les béatitudes viendront après., seulement après. Le cerveau des hommes a été percé. Il en jaillit jour et nuit des images qui nous mènent en enfer. Nous sommes les pères de nos diables. 

Le cerveau des hommes a été percé. Il en jaillit jour et nuit des images qui nous mènent en enfer. Nous sommes les pères de nos diables.

Une infernale efficacité est devenue notre seule prière: donnez nous nos dollars et notre alcool de vitesse. Faites que nous ne pensions plus à notre vie. c’est la maladie des visages mornes ». C’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus le temps de vivre -même les bébés ne l’ont plus. Il faut d’abord qu’on  reçoive une pluie d’eau de javel sur la tête. 

Aux fraternités de Jérusalem une soeur adore à genoux une absence. Nos petits dieux à nous portent une étiquette de prix, brinquebalant à leur poignet.

A la chartreuse de la Verne, une fenêtre brûle. Une seule qui suffira pour tout.

Les plus belles mains peuvent se voir dans les monastères, exposées vivantes au milieu des plus chastes lumières. Que les mains des moines s’allègent et s’élancent pour une prière, ou que lourdes, croisées, elles dorment quelques instants sur leur genoux, elles sont l’intelligence absolue de l’abîme.

Au couvent des petites soeurs des pauvres en Bretagne, j’ai vu un chapelet -une friture de Jésus Christ, la douleur des enfers prête à connaitre la paix de mains aimantes, grain caramélisé par grain caramélisé.

L’enfant qui compte ses billes ne fait rien, comme la religieuse qui égrène son chapelet. Ce rien, béni soit-il, est un trésor. 

La nuit entre au monastère pour s’y laver. Les étoiles s’y refont une beauté. L’univers y revient à sa densité originelle : un seul point d’énergie dont les prières font luire les milles facettes. 

Personne jamais n’effacera les gens qui s’effacent.

Christian Bobin.

 

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Propos Intempestifs sur la Prière

28 Février 2017, 04:15am

Publié par Grégoire.

Propos Intempestifs sur la Prière

Un peu de terre nue où rien n'a vraiment poussé qui vaille une moisson, mais où toutes semailles apparaissent soudain réalisables. 
Un peu de terre nue, qui tantôt nous semble la poussière de toutes sortes de morts pécheresses et tantôt le terreau de possibles sainteté. 
Un peu de terre nue recueillie dans la main de Dieu : voilà, c'est nous. 
De s'éprouver ainsi nu et précaire dans l'éternelle et amoureuse main de Dieu, c'est le fondement de l'oraison.

Il plaît à Dieu de nous prendre là où nous sommes afin de nous conduire là où il veut.

Entre Lui et nous, il y aura tout ce temps perdu à ne pas l'aimer, et ce temps ne se peut rattraper.

Lorsque enfin nous comprenons que nous ne te posséderons jamais parfaitement ici-bas, c'est Toi qui nous possèdes trop pour que nous songions à reculer

[Ne pas se soucier] du temps qu'il fait dans notre être, lorsque nous sommes occupés avec le Seigneur. Tantôt c'est la tiédeur d'un été, tantôt l'austérité d'un hiver : nous perdrions notre sérennité et notre disponibilité à chercher à connaître les lois de ces saisons capricieuses

Quand tu t'apperçois que tu penses à autre chose qu'au Seigneur, c'est qu'à cette minute tu as pouvoir d'oublier cet autre chose et de revenir au Seigneur, fais le donc aussitôt tout simplement. Et si dix fois cela arrive, reviens dix fois au Seigneur. Alors tes distractions te rendront humble mais ne t'enlèveront pas le profit de l'oraison, car Il sait combien nous l'aimons Celui auprès duquel dix fois nous revenons après que dix fois l'on nous a entraîné ailleurs.

Faire oraison c'est faire l'expérience que Dieu t'échappe toujours davantage, mais que toi tu lui échappes de moins en moins.

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Méditation de pleine conscience : de quoi ça s'agit ?

26 Février 2017, 05:14am

Publié par Grégoire.

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L'avoir nous rend durs, inquiets et tristes...

24 Février 2017, 05:52am

Publié par Grégoire.

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Tout se passe dans cette vie comme s’il nous fallait avaler l’océan.

22 Février 2017, 05:35am

Publié par Grégoire.

Tout se passe dans cette vie comme s’il nous fallait avaler l’océan.

" Depuis plusieurs années, une euphorisation forcenée s’est emparée du monde, une volonté de se divertir à bas prix. Vous savez ce mot terrible: « pro.fi.ter ». Or, c’est au bord de la falaise que nous connaissons mieux le vent et l’horizon, c’est dans la proximité de la perte que nous connaissons la grâce de tout. Les arrachements nous lavent. Tout se passe dans cette vie comme s’il nous fallait avaler l’océan.

La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil: une porte s’ouvre en nous, que notre inattention maintenait fermée. De temps en temps une épreuve vient nous rappeler que nous ne pouvons pas nous suffire… la mort brise la fenêtre vers laquelle nous n’approchions plus et elle fait venir de l’air, un ressouvenir du ciel. Quand quelqu’un disparait, le silence de la mort révèle d’un coup ce qui était comme un secret en plein jour, toutes ces choses qui rôdent dans l’éclat d’un regard, d’un rire, qui faisaient que la personne était unique. Ceux qui ont disparus mêlent leur regard au nôtre, comme si la vie ne finissait pas, comme si elle était un livre dont aucun lecteur ne pourra jamais dire: « ça y est, je l’ai lu ».

Les cimetières sont des zones de friches entre le présent et l’éternel. Lieux apaisés, ils sont les moins morbides qui soient, moins qu’un Mac Do: ces endroits voué au commerce rude. Dans les cimetières, le commerce c’est fini. Les sourires plastiques, c’est fini. Il ne reste plus qu’une vérité déchirante et très douce, réellement nourricière, des fleurs qui fanent sur des tombes magnifiquement ordinaire et goûtent à une mort non tragique. "

C Bobin.

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Harmonium.

20 Février 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

de Kôji Fukada.

de Kôji Fukada.

Toshio, sa femme et leur fille mènent une vie sans histoire, à la périphérie d'une grande ville. Sans histoire et un brin morose. A table, Toshio ne dit pas un mot. Le repas fini, il rejoint son atelier de métallerie qui jouxte leur maison. Le travail est son refuge. Un matin, alors qu'il est à son établi, il aperçoit dehors un homme qui se tient droit comme un i, sans veste, sa chemise blanche boutonnée jusqu'en haut. Un fantôme ? Toshio s'approche de lui, le salue. Ils ont un bref échange. On comprend qu'ils se sont connus naguère, en prison. Ellipse. Peu après, la femme de Toshio apprend que son mari a offert à l'automate blanc emploi, gîte et couvert. Cet étrange invité, que Toshio présente comme « un vieil ami » pour justifier sa présence, va apporter l'étonnement, le trouble, le désordre. Bref, l'histoire qui manquait tant au foyer...

Tout cela est amené pas à pas par Kôji Fukada, qui entretient brillamment un suspense insolite et indéfinissable. Ce cinéaste japonais s'était distingué, en 2013, avec Au revoir l'été, une comédie solaire, douce-amère, très rohmérienne. Harmonium est plus sombre, plus tordu. Mais pas immédiatement. Le nouveau locataire a beau avoir une drôle d'allure, il se montre très poli, bienveillant et même doué pour des activités inattendues. Ainsi, l'harmonium. La jeune fille y joue, elle doit bientôt passer un examen, alors il l'aide. La mère est touchée. Elle s'avère, surtout, de plus en plus sensible au charme mystérieux de cet homme.

Mais au mitan du film, un drame survient. Un nouveau chapitre débute alors, qui nous transporte huit ans plus tard. La famille vit au même endroit, le joueur d'harmonium n'est plus là, la fille est handicapée, la mère est devenue une obsessionnelle compulsive. Mais à y regarder de plus près, le père, lui, semble plus loquace, plus vivant ! Voilà ce qui fait le sel de ce thriller psychologique qui sonde l'assujettissement à l'autre, l'autopunition et les méfaits d'un secret enfoui.

Le plus fort, c'est que le film reste constamment palpitant, au bord du fantastique : les rares fois où l'on sort dehors, il n'y a personne dans les rues. Le cinéaste a lui-même écrit cette histoire tarabiscotée, à la violence sourde, révélatrice de rancoeurs effrayantes. La vision qu'il offre de la famille est cinglante à souhait. Mais non dénuée d'empathie pour les solitudes qui la constituent. —

Jacques Morice. Télérama.

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Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse...

18 Février 2017, 05:46am

Publié par Grégoire.

Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse...

"Quand une classe dirigeante mesure ses fortunes non plus à l'arpent de terre ni au lingot d'or, mais au nombre de chiffres correspondant idéalement à un certain nombre d'opérations d'échange, elle se voue du même coup à mettre une certaine sorte de mystification au centre de son expérience et de son univers. Une société fondée sur des signes est, dans son essence, une société artificielle où la vérité charnelle de l'homme se trouve mystifiée. On ne s'étonnera pas alors que cette société ait choisi, pour en faire sa religion, une morale de principes formels, et qu'elle écrive les mots de liberté et d'égalité aussi bien sur ses prisons que sur ses temples financiers. Cependant, on ne prostitue pas impunément les mots".

Albert Camus, "L'Artiste et son Temps" (conférence du 14 décembre 1957 à Upsala/Suède)

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je vous aime...

16 Février 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

je vous aime...

" Ce qu'on apprend dans les livres, c'est à dire "je vous aime".

Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de maladie, de la maladie des vies impersonnelles, des vies tuées. Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous" , tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante. Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle va comme l'air bleu sur la plage, dans la gorge. "Je vous aime." Sujet, verbe, complément. Ce qu'on apprend dans les livres, c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre. "
Christian Bobin

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Les confessions, thriller politique et mystique

14 Février 2017, 05:36am

Publié par Grégoire.

Les confessions, thriller politique et mystique

 

Un moine, une rock-star, une auteure pour enfants au succès mondial et une tripotée de ministres de l'économie. Tous se retrouvent dans un palace allemand pour un G8 qui va décider de l'avenir de nombreuses nations, en particulier les plus pauvres. A la tête de ce séminaire de super VIP, le patron du FMI, un Français bien sûr… campé par Daniel Auteuil.

Que font les trois premiers cités dans cet environnement très politique ? Ils sont les invités-cautions de ce rendez-vous qui promet de bouleverser les cartes. Mais rien ne va se passer comme prévu. Car Daniel Roché (Daniel Auteuil) est retrouvé mort, étouffé par un sac plastique qui appartenait au moine (Toni Servillo). Qui devient le premier suspect. Tout petit problème, il a fait vœu de silence

 

Cet affrontement insolite entre la métaphysique et l’économie tourne à la fable altermondialiste, jusqu’au final, dont la poésie rappelle Vittorio de Sica.

Toni Servillo ? On jurerait qu’il porte une auréole...

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L'atelier de Giacometti

12 Février 2017, 05:00am

Publié par Grégoire.

L'atelier de Giacometti

Je vous propose de faire un détour, d’aller de A à B en passant par toutes les autres lettres de l’alphabet. C’est mon infirmité à moi, c’est ma manière digressive d’aller vers les choses, peut-être par peur qu’elles s’enfuient si je vais tout droit vers elles. 

On va installer dans l’air une toute petite écuelle de chat. On va la perdre et on va la retrouver tout à la fin. C’est l’écuelle d’un petit chat noir qui se trouve dans cette maison. Elle est placé sous une chaise, près d’une porte-fenêtre, et donc le matin elle est comme criblée par les flèches du soleil. 

Je cherche du secours dans tout ce que je vois, et un matin mes yeux se sont portés sur cette écuelle, elle était rempli d’eau fraiche, et le cercle était parfait, il était comme enflammé par la lumière, il était pur, impassible. Quand le chat, à sa manière faussement flâneuse est venu et avec sa petite langue rose a fait éclaté le cercle impassible. 

Frappons maintenant à la porte de l’atelier de Giacometti. Peut-être le sait-on il y a eut deux-trois événement fondateurs pour Giacometti comme il n’y en a guère plus pour chacun de nous dans nos vies. Un de ces évènements c’est une rencontre. Il est jeune, il rencontre un vieil hollandais qui est bibliothécaire à la Haye et qui circule dans un train en tenant un pot de fleurs sur ses genoux. Les deux hommes se lient d’amitiés et plus tard Giacometti apprend que cet homme cherche à reprendre contact avec son jeune compagnon de train. « J’ai pensé qu’il avait perdu quelque chose, alors j’ai écris. Il me proposait de l’accompagner pour un nouveau voyage, il me trouvait sympathique. Il était vieux et seul. Moi j’avais très envie d’aller à Venise, j’étais pauvre et lui il payait. Avant de partir, j’ai volé 1000 francs suisse dans le tiroir de mon père, en me disant si ça fini mal, s’il devient pressant je rentrerais de mon coté. On a traversé un col à cheval dans le Tyrol et il a pris froid. Le matin suivant, de douleur, il se tapait la tête contre le mur. Il avait aussi des calculs dans les reins, on lui a fait des piqures. J’ai passé la journée assis à son chevet, lisant, je me souviens une étude de Maupassant sur Flaubert. Il pleuvait. De temps en temps il disait quelques mots : demain, ça ira mieux. Dans la fin de l’après midi j’ai eu l’impression que son nez s’allongeait. Il respirait mal. Les joues se creusaient. J’ai eu très peur. Il va passer. Le médecin est venu « fini, le coeur a lâché, ce soir il sera mort. » Ce fut pour moi un abominable guet-apens la négation de tout ce que je pouvais croire sur la mort. La mort, je l’avais toujours imaginé comme une aventure solennelle. Et c’était donc que cela : nul, dérisoire, absurde. En quelques heures il était devenu un objet. Rien. Mais alors la mort devenait possible à chaque instant pour moi et pour les autres. C’était comme un avertissement. Il y avait eu tant de hasard: la rencontre, le train, l’annonce. Comme si tout avait été réparé pour que j’assiste à cette fin misérable. Ma vie a bel et bien basculé d’un seul coup ce jour là. Les enfants ont une telle assurance : on se croit là pour toujours. Qui d’ailleurs n’a pas l’air de se croire là pour toujours ? Tout est devenu fragile pour moi à vingt ans. Depuis je n’ai jamais pu dormir sans une lampe ni me coucher sans penser que je n’allais peut-être pas me réveiller. Cette histoire m’a trotté dans la tête, une telle précarité : qu’un homme passe et disparaisse comme un chien. » Entretiens de Giacometti, Herman. 

Ce qu’il faut savoir, c’est que de ce fracas dans la vie insouciante d’un jeune homme de vingt ans, de cette irruption du chaos de la mort, d’une certaine façon est née la grande oeuvre de Giacometti : les statues qu’il fait, qu’il n’arrête pas de faire maigrir à coup de doigts, à coup de pouce sur l’argile, ces statues je les voies comme un peuple de statues de l’ile de Pâques, miniatures, faces tournées vers l’invisible, impénétrables, très costaud et très fragile, les deux choses à la fois. 

L’ami voyageur de Giacometti en étant harponné par la mort, lui a fait le plus beau cadeau qui soit. Au fond je me dis qu’il n’y a peut-être pas la mort, il n’y a peut-être pas ce qu’on appelle ainsi. Il n’y a peut-être que la vie qui nous appelle à l’aide et qui a besoin de toutes genres d’accidents pour que nous lui rendions grâce, pour que nous la portions à son plus haut, pour que nous lui donnions toutes nos forces de pensée et de songe. Il n’y a peut-être que la vie, et qu’elle est plus grande que tout ce que nous rêvons comme tranquillité. 

Vous vous souvenez de la petite langue rose du chat noir? Le cercle d’eau de l’écuelle était parfait, on ne pouvait pas avoir de perfection plus grande. Il était comme un sommet de l’art sans artiste de la vie. Et c’est cette chose là que le chat merveilleusement a brisé. Je dis merveilleusement parce qu’il m’a appris par ce geste, que la vie est bien plus haute que toutes nos sagesses et que tout nos rêves de perfection. Qu’il n’y a qu’une suite d’accident lumineux et peut-être que le vrai repos à quoi humainement, et c’est normal, et c’est invincible, nous aspirons, le vrai repos, le repos qui nous comblera vraiment, ce serait de n’être plus jamais en repos et de travailler toujours comme à fait Giacometti, comme fait le chat quand il cherche sa nourriture, sa distraction, quand il cherche sa place dans le monde entre la lumière et l’ombre. 

Christian Bobin.

 

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