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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Clou

17 Mai 2021, 16:36pm

Publié par Grégoire.

Clou

Je le tiens dans ma paume, diamant noir devenu rubis, mes doigts repliés sur lui. 

Je le tiens comme la prunelle de mes yeux dans l’étau de mes paupières.

Ou plutôt, c’est lui qui tient ma paume. 

Je suis entre le clou et ce bois qu’elle a travaillé sous le regard de mon père. 

Ma main d’enfant apprenait alors le clou et le bois. 

Ma main d’enfant dans celle de ma mère, libérant ses échardes.

Aujourd’hui ma paume est devenue l’écorce du bois et le clou sa hache. 

Ma main n’est plus celle qui perce mais celle qui est percée.

Tendons déchirés, os brisés, le clou doit passer.

Pistil aux pétales de mes doigts.

Effacées mes lignes de vie, perdus mes souvenirs de pistes.

Il fallait être transpercé en tous mes membres, être immobilisé, pour pouvoir traverser, franchir. 

J’ai rendu le clou paradoxal ; d’attache, j’en ai fait la condition d’une libération. 

Mon cœur bat dans mes mains et dans mes pieds. 

J’ai quatre cœurs de sève ; au cœur du bois, mon sang.

Sur le bois de justice le clou suspend l’incertaine réparation des hommes, pour l’exemple.

Trinité punitive du bois , du clou et de la chair. Minerai fait clou pour un Dieu fait homme sur un tronc fait croix.

Le doigt des incrédules, autre clou à venir, viendra tremper dans l’encrier de mes chairs.

Présence révélée par le vide. 

Clous, points de suspension…

                                                                                                 

Jean-François Debargue

 

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Père, glorifie ton Fils (II)

17 Mai 2021, 16:35pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils (II)

« Pourquoi restez vous là à regarder le ciel ? » Act. 1, 11.

On a là deux tentations majeures de la vie chrétienne. La première, rester spectateur « rester là, à regarder le ciel, comme si Jésus était parti ». 

On est spectateur quand on regarde, on s’extasie, on dit « c’est beau » et quand on dit ça, cela signifie « c’est magnifique il est monté au ciel, on est content pour Lui. Mais, ce n’est pas pour moi, nous, on reste avec nos problèmes » Vivre de Jésus comme un spectateur, il n’y a rien de plus désespérant !

On est spectateur quand on est dans l’imaginaire. On admire quelque chose de beau, de merveilleux, les qualités extraordinaires de quelqu’un, l’harmonie d’un chant, la finesse d’une voix, l'ordre sans défaut d'une liturgie. Et on est séduit, on est pris par des qualités mises en lumière. Ce n’est pas mauvais. La fonction de l’art, de la beauté est de nous réveiller, de labourer notre sensibilité pour nous ouvrir à autre chose que notre petit monde. 

Mais le grand danger de la beauté, c’est d’en rester à la séduction de la beauté et alors on est spectateur. On compare la beauté d’une oeuvre et notre monde, et on rêve que notre vie soit comme cette beauté idéale, très pure, apparemment très spirituelle, mais en fait inaccessible, inatteignable !

Quand on est séduit par la beauté, on reste toujours des gens un peu déçu de ce que nous vivons concrètement. C’est le danger de toutes perfections : c’est séduisant, car la perfection semble nous mettre au-delà des luttes, ce qui est faux. Mais, surtout, la perfection, la beauté c’est désespérant : car ce qui est beau ne touche que la surface des choses. La beauté est un mirage inatteignable. Ça fait de nous des spectateurs un peu désespéré 

Comment ne pas être spectateur ? En entendant que TOUT ce que Jésus vit c’est à nous ! Tout de suite ! Par lui, le ciel nous est acquis ! Et ça, on doit mendier de l’entendre tout les jours. Ça s’appelle la foi : la foi c’est mendier, chaque jour, qu’il vienne me dire ce qu’il a fait pour moi, qui je suis pour Lui.

Deuxième tentation: « quand vas-tu restaurer la royauté en Israël ? » Là, on espère des résultats, on attend une efficacité divine, que Jésus règle nos problèmes humains : on attend de lui un salut politique, un messianisme temporel, une perfection humaine. Qu’enfin on soit sans misères, qu’il n’y ait plus rien de moralement mauvais dans notre vie !

Cela c’est réduire notre vie à ce qu’on en fait ! Et on a l’espoir d’arriver à quelque chose par nous-même, on se juge selon les résultats, on se jauge, on se compare, on se mets des bonnes ou mauvaises notes. C’est désespérant, car nous sommes limités et en plus nous sommes nés abimés, cabossés, pauvres. Et si le Père a permis qu’on soit né dans le péché, c’est pour qu’on ne puisse pas avoir la tentation de pouvoir s’en sortir par nous-mêmes.

La réponse c’est l’espérance. L’espérance, c’est le désir actuel de Jésus sur nous. Son désir n’est pas quelque chose qu’il va faire plus tard. Son désir c’est ce que Lui fait maintenant en nous. Espérer, c’est s’appuyer sur l’efficacité divine de Jésus qui veut pour nous plus que tout ce qu’on peut vouloir. Jésus  veut qu’on ait sa place. Et son désir est actuel et efficace. Mais efficace divinement. Ce n’est pas visible, ni sensible.

Espérer, c’est être possédé par son désir sur nous. Le désir de Jésus, c’est qu’on le connaisse intimement, qu’on entre dans une familiarité avec Lui, qu’on Lui parle et l’écoute comme un ami, qu’on l’interroge, qu’on vive tout avec Lui. 

Qu’on coopère à son oeuvre à Lui, à la recréation du monde « proclamez l’évangile à toute la création » Proclamer, ce n’est pas d’abord faire de grand discours, mais vivre de Lui. On proclame l’évangile quand on comprend qu’on est le Fils bien aimé de Jésus sur terre. Et qu’on a la même mission que Lui. Pas moins. Se faire l’Agneau de nos frères.

Et c’est pour cela que Jésus disparait de nos yeux, pour nous laisser sa place, être donné par nous et se donner à nous à travers chacun de nos frères. 

« vous serez mes témoins » Être témoins de Jésus, c’est non pas avoir été spectateur d’un évènement, mais entendre que Jésus est présent en chacun d’entre nous et qu’on connait Jésus, on touche son amour, on l’aime, en aimant chacun de nos frères. 

« Aimez-vous les uns les autres » Aimer son prochain, le rencontrer vraiment, prendre ses misères, toucher son coeur, se donner à lui en nourriture, là on est tous en retard, très en retard.

C’est la raison du don de l’Esprit Saint. Pour nous redire de l’intérieur toutes les paroles et gestes de Jésus, nous les approprier, être imbibés de son identité et avoir cette certitude que son amour nous a uni à Lui définitivement. Non pas ce que nous faisons, mais son amour, qui est Lui.

L’Esprit Saint, qui est l’amour du Père et du Fils, c’est Lui qui nous donne de croire, c’est à dire d’entendre qui nous sommes réellement, et d’espérer, c’est à dire nous appuyer sur ce que Lui fait avec nous, par nous, en nous. 

L’Esprit-Saint est donné, à tout ceux qui sont des pauvres. Tant qu’on s’appuie sur nos connaissances, notre efficacité, sur nous-même, on reste spectateur. Ce qui rend pauvre, c’est d’aimer. Recevoir un autre jusqu’au bout. Seul celui qui aime est un vrai pauvre et est disposé à recevoir l’Esprit Saint. Être pure ou Immaculé n’est pas un critère. Le démon était un ange pure et immaculé, séduit par sa propre perfection, sa propre beauté. Méprisant la matière, le corps, la sensibilité. 

Or, si la connaissance va chez nous moins loin à cause du corps, c'est grâce à lui que l'amour peut aller beaucoup plus loin que chez les anges. C’est pour ça que Thomas d'Aquin dit que « l’Esprit St n’aime que ceux qui aiment ». Les autres, ils se cherchent eux-mêmes, ils s’extasient de leurs inventions, devant ce qu’ils font ou connaissent. Ils s’occupent de leur perfection, de leurs avoirs, de leurs acquis.

C'est aimer qui fait qu'on se réalise pleinement. Un auteur Russe a écrit « la beauté sauvera le monde ». C’est faux. L’amour seul sauve le monde. Parce que le monde est fruit de l’amour. Nous sommes quelque chose de Dieu qui est amour. Alors, plus nous aimons, plus nous nous laissons posséder par Lui, par son Esprit, plus nous devenons nous-même, plus nous sommes joyeux.

Aimer, c’est accueillir un autre, tel qu’il est, gratuitement, aveuglément, sans autre raison que Lui. Qui se livre à l’amour, connait Dieu. Mais pour cela, il faut accepter de se livrer, son cœur, soi, tel qu’on est.

à suivre ..

Grégoire +

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Père, glorifie ton Fils..

14 Mai 2021, 15:40pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils..

« Pourquoi restez vous là à regarder le ciel ? » Act. 1, 11.

L’Ascension de Jésus manifeste la fin des apparitions du Ressuscité. Les manifestations de Jésus Ressuscité sont des apparitions, c’est à dire des manifestations réelles de Jésus, qui disent quelque chose de La Résurrection, mais, comme toutes apparitions, elles sont des manifestations adaptées à nos yeux humains.

Cette adaptation à notre sensibilité que sont les apparitions sont là pour nous aider à entrevoir ce qui est changé pour Lui et pour notre humanité. 

Jésus ressuscité n’est plus de ce monde. Il y est complètement présent, mais de la présence de Dieu : Il est là, présent à chacun, mais sans être lié au temps, au lieu, il nous voit de l’intérieur, il agit sur ce qui est éternel en nous… Et pour Jésus, son corps, sa sensibilité, son esprit humain, ses passions vivent la vie même de Dieu. Son corps est divinisé, imbibé de Dieu. Notre humanité est donc en Dieu, associé à sa vie propre.

Et ça, ce n’est pas une vitrine ou un spectacle à admirer ! Matériellement, nous sommes sur la terre. Mais réellement, nous sommes déjà en Jésus. Nous formons avec Lui un seul corps, puisqu’il y a une unité substantielle de vie entre Lui et nous. Nous sommes comme une seule personne avec Lui.

Nous pouvons donc dire que nous vivons -par participation- la vie de Dieu. Non pas dans notre conscience ou notre vécu, et encore moins dans les apparences et résultats. Mais parce que Jésus s’est uni à nous. Qu’est ce que cela veut dire ?

Cela signifie que nos activités ordinaires, banales, humaines, ont une signification divine. Je participe sans le rien voir à la vie du Fils. Notre vie a un poids, une taille trinitaire.

Ce que Jésus commande par « allez dans le monde entier proclamer l’évangile » c’est de croire qu’on est Lui sur la terre. L’évangile c’est Lui et nous, en tant qu’on reçoit son choix sur nous. Vivre avec cette dignité d’être Fils du Père et nous livrer à tout ceux que le Père nous donne. 

Thérèse de l’Enfant-Jésus au fond de son Carmel, a compris que proclamer l’évangile, c’est se dire à soi-même et aux autres, qu’au-delà des pauvres apparences de notre nature humaine abimée, limitée, chacune de nos actions, de nos soupirs, de nos désirs sont portés de l’intérieur par Jésus.  Nous sommes ressuscités avec Lui, mais avec juste un petit retard dans la réalisation effective de cette résurrection pour nous.

Apparement, si on se regarde dans la glace, on est toujours un peu au tombeau, proche parfois de l’état du cadavre.. En réalité, sous les apparences, nous sommes un avec Lui. Et ça, c’est ce qu’il fait, Lui, Jésus, tout seul.

L’évangile, la vie même de Dieu dans une nature humaine, c’est déjà cela que nous vivons. Au-delà de la conscience que nous avons et des apparences. Nous avons la vitalité et toute l’efficacité divine en nous, sans les résultats.

Proclamer l’Evangile c’est tout vivre comme étant porté de l’intérieur par Jésus et donc donner une humanité de surcroît à Jésus; Permettre à Jésus d’être présent sensiblement, caché dedans notre pâte humaine, pour lui donner d’aimer à travers notre amour. Proclamer l’évangile, c’est donner du Jésus dans tout nos petits actes d’amour fraternel.

à suivre ..

Grégoire +

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Il est bon pour vous que je m’en aille

11 Mai 2021, 16:56pm

Publié par Grégoire.

Il est bon pour vous que je m’en aille

« Il est bon pour vous que je m’en aille; si je pars, je vous enverrai le Paraclet d’auprès du Père » Jean 16, 7.

Jean dans son évangile utilise deux mots nouveaux qu’aucun autre évangéliste utilise : Logos (verbe en latin) et Paracletos qui n’a aucune traduction approprié. Chacun désigne une des deux personnes divines qui se donnent à vivre : le fils et L’Esprit St.

Le Fils du Père, Jésus, est donné comme secret à Marie et à chacun d’entre nous, pour que l’on vive comme ceux qui sont LE secret du Père, son bien aimé. C’est ce que Jean nous transmet en se disant « le disciple que Jésus aimait ». Devenu l’intime de Jésus jusqu’a reposer sur sa poitrine, il désire qu’on découvre combien, chacun, est l’unique pour Jésus. C’est le secret de Marie, devenue son intime par la présence personnelle, sensible de son Jésus, ses initiatives envers Lui.

Le Paraclet, c’est l’Esprit Saint donné par le départ de Jésus à la Croix. Éternellement, le Fils se reçoit du Père et est vers le Père. Étant vers Lui, il est source, avec le Père, d’un nouvel amour, intime à eux-mêmes, fécondité de leur don réciproque.

L’image la plus proche pour nous, c’est la joie des époux qui se choisissent et qui en se donnant l’un à l’autre, connaissent comme un nouvel amour, cette réciprocité dans l’amour : « j’aime quelqu’un qui m’aime ». Et, les enfants qui naissent de leur amour, disant quelque chose de la création en Dieu, cette fécondité extérieure à l’amour. La différence, c’est que en Dieu, cet amour qui nait, est éternel et connaturel au Père et au Fils.

A la Croix, l’humanité de Jésus, son corps vit ce que vit éternellement le Verbe : son humanité est source de cet amour qu’est l’Esprit St « et inclinant la tête il remit l’Esprit ». Le Paraclet, c’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit de lumière et d’amour qui est donné à ceux qui sont le corps de Jésus sur la terre. A chacun de nous est donné le Paraclet, mais donné d’une manière telle qu’on en est comme source !

Comme à Marie est donnée d’être Mère du Fils éternel, et à chacun de nous d’être amis, intime de l’Agneau, de même à chacun est donné d’être source de l’Esprit St-Paraclet, car il est donné comme un amour dont on est source les uns pour les autres. C’est notre manière de vivre ce retour vers le Père, cette charité qu’est Dieu.

C’est cela la signification profonde du commandement de l’amour « aimez-vous les uns les autres, donnez vous sans limites, donner ce que vous êtes à vos frères » pour porter des fruits encore plus grand que ceux de Jésus, c’est à dire être source de l’Esprit-Paraclet dans cet amour fraternel. C’est le don réciproque de Marie à Jean que Jésus réalise à la Croix et qu’il commande à chacun de vivre : chacun sommes appelés à être présence du Père et du Fils l’un pour l’autre. 

Cette charité fraternelle, cet amour personnel divin les uns pour les autres, c’est notre vie divine. Les sacrements, l’Eglise et tout autres moyens sont au service de cet amour personnel avec Jésus et entre nous. L’Esprit-Paraclet, c’est la vie éternelle de Dieu qui nous habite. Comme notre âme, à la fois cela nous dépasse et pourtant c’est notre amour, c'est nous-même et ce dont on est source.

Grégoire +

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La chamelle d’Hamdi

10 Mai 2021, 15:11pm

Publié par Grégoire.

La chamelle d’Hamdi

Hamdi est mort ce 4 mai 2021 au camp de réfugiés d’El Ayoun, près de Tindouf. Combattant sahraoui entre 1976 et 1991, je ne l’ai connu qu’habillé en treillis militaire, parfois en Gandoura. Dans les deux cas, il portait fièrement son identité sahraoui et cela valait tous les grades qu’il n’arborait pas. Les militaires sahraouis n’ont en effet aucun signe de distinction au cas où ils seraient faits prisonniers. Seul signe distinctif parmi d’autres blessures, Hamdi avait perdu un œil. Militaire, député, soutien de sa fratrie, Hamdi était sur tous les fronts, celui du courage, de l’espoir, de l’altruisme… 

Lorsqu’il n’était pas dans une des régions militaires sahraouies des territoires libérés tout au long du mur de la honte, il arrivait avant le lever du jour avec une bouteille d’un litre de lait de chamelle qu’il allait traire à 5 heure. Il s’installait auprès de sa sœur Nuena, passionaria de la cause sahraouie, qui lui offrait le thé alors que nous émergions à peine de nos couvertures à même le sol.

La chamelle était née de l’idée de Hamdi. Il en avait parlé quelques années auparavant à ses deux sœurs et à deux de ses frères. Chaque famille avait alors économisé pendant de longs mois jusqu’à ce que la chamelle d’Hamdi lui permettre de traire 3 à 5 litres par jour qu’il distribuait aux familles de ses frères et sœurs.

Ce petit litre de lait était aussitôt ajouté de sucre et coupé avec de l’eau pour permettre de subvenir aux besoins quotidiens de la famille et des invités de passage. Le « zrig » ainsi obtenu, même rallongé plusieurs fois, reste plus désaltérant que l’eau seule. Il permet aussi parfois aux familles sahraouies de se priver « raisonnablement » de quelques repas lorsqu’il leur faut rembourser les achats inhabituels que l’hospitalité de membres de délégation en visite dans les camps exige, et que ces derniers ignorent le plus souvent.

Quand un peuple est privé de sa terre, ses racines plongent alors dans sa culture. Chaque matin, le lait de la chamelle d’Hamdi était un peu de cette sève permettant à l’espoir d’être nourri et de subsister la journée.

Pendant trois jours, de mardi à vendredi, en ce temps de Ramadhan particulièrement rude dans les camps, les Sahraouis se sont traditionnellement succédé auprès de la famille d’Hamdi pour lui rendre hommage.

Sur la Hamada de Tindouf, tout autour des cinq principaux camps de réfugiés, les cimetières en périphéries n’en finissent pas de s’étendre et de lancer vers le ciel leurs prières de pierres pointues comme des pointes de flèches perçant avec peine la surface du désert. 

Comment appelle-t-on un génocide lent ? Une disparition organisée dans un oubli onusien programmé ?

Hamdi est parti pour une dernière méharée. 

J’ai aujourd’hui dans la bouche un goût de zrig coupé de larmes.

 

Jean-François Debargue

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Aimons, car l’amour vient de Dieu. Qui aime connait Dieu.

8 Mai 2021, 21:26pm

Publié par Grégoire.

Aimons, car l’amour vient de Dieu. Qui aime connait Dieu.

« Comme le Père m’aime, moi aussi je vous aime. Demeurez en mon amour » Jean 15, 9.

Jésus nous aime. Son amour c’est Lui-même. En nous aimant, il nous a pris en Lui « Demeurez en mon amour » c’est « vous êtes en moi et mon amour imbibe tout ce que vous êtes ». 

C’est LA conversion chrétienne : croire que Jésus s’est installé partout dedans notre vie, dans nos activités et même nos pauvretés. Il s’est s’approprié tout ce que l’on est, qui est humain ou inhumain. Rien ne Lui échappe. Et notre coopération, c’est de tout vivre avec Lui, en Lui « demeurez en mon amour » sans juger par nous-même notre vie. Et vivre comme étant déjà au terme, parce que son amour, donc lui-même, est déjà victorieux de tout.

Et ça comment on le sait ? Comment a-t-on connaissance de sa victoire ? En aimant ! C’est Jésus qui nous le dit et nous le commande « Aimez-vous les uns les autres, c’est mon commandement, le seul » Pourquoi Jésus nous commande d’aimer ? C’est étonnant, nous y sommes obligé, on n’a pas le choix ! Pourquoi nous oblige-t-il à aimer ? Parce que l’amour c’est notre coeur transformé par un autre : aimer c’est expérimenter que notre plus grande transformation ne vient pas de nous.

On devient bon, quand on laisse un autre nous attirer. Toucher la bonté d’un autre nous transforme au plus profond. C’est pour ça St Jean insiste : « Bien aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connait Dieu. Celui qui n’aime pas ne connait pas Dieu car Dieu est amour ! »

Notre seul travail sur terre c’est aimer. Comme dit St Jean de la Croix « au soir de cette vie nous serons jugés sur l’amour ». on ne sera pas jugé sur ce qu’on a compris ou notre pureté de vie ou sur nos résultats. Mais sur notre coeur transformé par un autre. C’est pour cela que Jésus dit aux pharisiens, ces satisfaits d’eux-mêmes : « les prostituées et les publicains vous précèderont au Paradis »

Mais nous, on n’aime pas d’aimer. Ou on limite l’amour a ce qui est beau, pur, spirituel, surtout sans le corps, sans passions et très moral. Parce qu’on regarde seulement les résultats. On a même prêché un temps qu’aimer c’était souffrir, qu’il fallait se méfier de l’amour. 

Or Jésus proclame la victoire de l’amour à Cana, en multipliant le vin : c’est pas très spirituel ?! Ou en acceptant le geste de Marie Madeleine qui verse du parfum sur ses pieds, et puis en se livrant sans défense à la croix : car alors il s’empare de tout notre univers physique, de toutes violences humaines et même de la mort.

Et on en vit par l’Eucharistie, pur don d’amour dans un morceau de pain, pour nous demander de faire taire notre raison qui veut constamment tout mesurer, qui veut des choses propres, pure ou très éthérée.

Or, l’intelligence qui veut mesurer l’amour c’est exactement le démon, qui cherche une pureté intellectuelle, un idéal, être sans tache et sans défaut, plutôt qu’aimer quelqu’un. Chercher la pureté avant l’amour, c’est chercher sa propre perfection, refuser toute dépendance et surtout refuser de se salir les mains. 

Aimer, c’est accepter d’être attiré par un autre, qu’un autre soit source pour nous, que ça touche notre coeur, que ça nous fasse sortir de nous-même. On aime quand une autre personne devient plus importante que notre travail, que ce qu’on fait. Aimer c’est être agrandit par un autre, sortir de soi parce qu’un autre nous boulverse, nous agrandit, nous émerveille. Un autre devient notre repos, notre joie « je t’aime parce que c’est toi ».

Aimer n’est pas confortable. Pourquoi ? Parce que aimer implique nécessairement notre corps. La connaissance peut s’abstraire du corps, mais pas l’amour : aimer implique nos passions, notre sensibilité, notre passé, ça réveille tout un milieu en nous plus ou moins obscur et ça touche surtout ce qu’on a de plus intime, de plus personnel, donc de plus vulnérable.

Du coup, on refuse souvent de se laisser rejoindre profondément, parce qu’on veut gérer les choses, les mesurer. On veut une juste distance, des choses très réfléchis, soupesées et puis, aimer un autre c’est risqué. Ça blesse. Et du coup on évite d'ouvrir son coeur, de révéler ses vulnérabilités, les lieux où on est plus fragile et on reste seul avec soi-même.

Le plus grand refus de vivre, de renaitre, de rajeunir, c’est certainement le refus volontaire d’aimer. C’est ça le démon : il est seul avec sa pureté intellectuelle, sa logique infaillible. Il est satisfait de lui-même. Pur, impeccable, lisse, mais sans amour. Et sans fécondité !

Or, un coeur pur, aimant c’est celui qui vit tout avec Jésus : ses désirs d’aimer, ses erreurs, ses passions. Mais qui cherche à aimer. Parce que Dieu est amour. On ne connait l’amour de Jésus qu’en aimant Celui ou celle que Jésus aime et qu’il met à coté de nous. C’est son commandement nous aimer les uns les autres, on n’a pas le choix !

Jésus nous montre comment on doit choisir d’entrer dans une dépendance vitale les uns vis à vis des autres : aimer c’est être comme un enfant dépendant de sa mère. C’est la première manière dont on a été aimé. Quelqu’un qui est là pour nous et qui nous a nourrit avec tout son être et en premier avec son corps. C’est l’eucharistie, mais c’est d’abord vrai de tout enfant porté par sa mère. 

Aimer c’est se livrer, livrer ce qu’on a d’intime, de personnel, sans façade, se livrer tel qu’on est avec ses fragilités, accepter d’être comme a nu, dévoiler son coeur, accepter d’être vulnérable, sans protection. C’est cela l’évangile : Jésus qui nous donne tout, qui se livre entièrement. 

Bien sur ça implique de pardonner, d’être généreux, de nous donner. Mais pardonner, être généreux, nous donner, c’est encore nous, c’est encore faire quelque chose pour l’autre. Or, il ne s’agit pas de faire quelque chose, mais de laisser un autre débarquer de plus en plus dans notre vie. Et donc se livrer à un autre pour qu’il soit source de vie pour nous.

Me livrer tel que je suis. Sans séduction. Sans rôle à jouer. Sans chercher à plaire. Chercher à recevoir un autre, pour le laisser être source pour moi. Parce que l’amour c’est mon coeur, ma personne qui se bonifie par un autre. Jésus en m’aimant me rend bon.

Je ne connais Jésus, je ne touche la bonté du Père, que si je choisis chaque jour de me livrer : de me rendre dépendant pour Le recevoir vraiment. Aimer, c’est tout donner, pour recevoir un autre qui, dans son existence, dans sa personne, devient source de ce qui a de plus personnel en moi et que je ne peux réaliser par moi-même.

Cela réclame de manifester notre besoin d'aimer et d'être aimé. De mendier notre attente que l'autre devienne une source pour nous. Sans cela, il n'y pas de connaissance personnelle de Jésus. C’est pour cela que c'est la volonté de Jésus sur chacun de nous : « Aimez-vous les uns les autres, c’est ce que je vous commande »

Grégoire +

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Jardins

7 Mai 2021, 19:03pm

Publié par Grégoire.

Jardins

Elle semblait oubliée là depuis l’éternité. Eve en son jardin. Ou plutôt Eve chassée de son Eden et ayant recrée un jardin, en plein désert. Nous l’avons découverte fripée et ratatinée comme une feuille sèche, posée sur un carton à même le sol. Elle observait une rangée de blettes et de fanes de carottes, défilant en parade le long du goutte à goutte.

Perdue dans ses pensées elle ne nous avait pas vu venir. Et nous, nous n’avions pas vu cette forme noire, comme un seau posé contre les briques de sable. Elle se dressa, reine dans son royaume de moins de dix mètres sur dix, au milieu du Sahara, huit millions de km². Son ombre touchait presque l’autre frontière.

Elle nous mena parmi la verdure comme en un champ de mines, nos pas dans les siens, jusqu’à une serre minuscule. Elle dénoua un lambeau de melhfa faisant office de serrure et souleva un pan du plastique. Derrière une brassée d’orge, des poivrons rouges et verts tendaient leurs joues fruitées. Quelques salades pommelées couvraient le reste du sol d’un vert tendre et frisé. Dans une autre serre, des tomates presque mures côtoyaient de petites fleurs jaunes, promesses en devenir.

Au bout de chaque rangée de goutte à goutte, la vieille femme Sahraouie, tantôt dressée en point d’exclamation, tantôt courbée en virgule, ponctuait la ligne comme on lit un récit de la création. Tomates, blettes, salades, poivrons, carottes, betteraves, navets, pois, menthe, persil, coriandre et pommes de terre semblaient s’être réfugiés là, sous la protection d’une toute petite femme hors d’âge, elle-même réfugiée.

Une salle d’attente à ciel ouvert dans laquelle pousseraient des fruits, des légumes, quelques arbres et la possibilité d’un choix. Arrivée au bout du jardin, elle s’est mise à pleurer. C’est son semis d’espoir qu’elle arrose d’un goutte à goutte de larmes de réfugiés, le seul qui tarde à germer.

Il n’a pas été oublié. Réfugié lui aussi dans un jardin, le nouvel Adam y cultive le doute. Il sait qu’on le cherche, qu’on va l’arrêter, au milieu des Oliviers et des dormants. Il espère encore un choix impossible, plongé dans le noir de la nuit. Jeune rameau d’espoir dans le lierre du doute.

Jean-françois Debargue

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Pour que ma joie soit en vous

6 Mai 2021, 16:19pm

Publié par Grégoire.

Pour que ma joie soit en vous

« Comme le Père m’aime, moi aussi je vous aime. Demeurez en mon amour » Jean 15, 9.

Il faut mendier de vraiment entendre ces paroles de Jésus qui nous dit ce qu’il a réalisé. Puisque son amour c’est Lui-même, en nous aimant, il nous a pris en Lui. « Demeurez en mon amour » c’est « vous êtes en moi et mon amour pour vous imbibe toute votre existence, toute votre personne, tout vos actes ». 

C’est LA conversion chrétienne : non plus hiérarchiser nos activités en fonction de leur noblesse ou ce qu’elles ont de grands ou qualitatifs. Mais plutôt, croire en la présence de Jésus qui s’est installé partout dedans notre vie, dans nos activités, mon travail, nos pauvretés. 

L’amour de Jésus ce n’est pas un acte généreux ou des sentiments pour nous. Pour Lui, nous aimer, s’est s’approprier tout ce que l’on est. C’est ça qu’il manifeste dans toute sa vie, auprès des pauvres, des perdus, comme des grands prêtres. Il s’est emparé de tout ce qui est humain ou inhumain.

C’est précisément à la Croix où son amour s’empare de toute la haine, la violence, la barbarie, l’orgueil humain. Et c’est lorsqu’il est mort, qu’il s’empare de la matière inerte : son cadavre devient le lieu du don de son Esprit d’Amour : « et inclinant la tête, il remit l’Esprit ». Rien ne Lui échappe.

Et notre coopération, c’est de tout vivre en Lui, comme étant déjà au terme, parce que son amour est victorieux de tout. 

Nous, souvent on demeure dans l’ancien testament, en limitant sa victoire a ce qui est pur, qualitatif ou religieux. On a même prêché un temps que Jésus n'était que là où on souffrait, que tout plaisir était mauvais, bref, qu’il fallait se méfier de l’amour. Justement Jésus proclame la victoire de son amour en mourant. Il demeure au sépulcre pour nous demander de faire taire notre raison qui veut constamment mesurer l’amour par sa propreté, sa pureté morale.

L’intelligence qui veut mesurer l’amour c’est exactement l’impureté du démon, qui cherche une pureté intellectuelle dans l’amour, un idéal : sans tache et sans défaut. Quand on cherche la pureté avant l’amour, on cherche alors sa propre perfection, en on refuse toute dépendance.

Aimer, accepter qu’un autre soit source pour nous, que ça touche notre coeur, ce n’est pas confortable, ça blesse, ça réveille tout un milieu en nous qui nous dépasse et qui fait qu’on est un peu perdu. Et du coup, on refuse d’aimer, parce qu’on veut gérer les choses, les mesurer. Et on demeure plus dans l’amour, mais en soi, avec soi. Ça c’est le démon : seul avec sa pureté intellectuelle.

Or, le coeur pur c’est celui qui remet tout à Jésus, jusque dans ses pauvretés, ses misères, ses passions. C’est le cri de Jésus envers les pharisiens « les prostituées et les publicains vous précèderont au paradis ». Parce que je ne peux demeurer dans l’amour de Jésus sans recevoir Celui ou celle que Jésus aime et qu’il met à coté de moi. C’est son commandement. Non pas être propre ou pur mais nous aimer.

Notre seule perfection c’est de tout vivre en Lui. D’aimer avec Lui, et de tout Lui remettre. Savoir que son amour porte tout.

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète »

Grégoire +

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Demeure en moi

5 Mai 2021, 16:19pm

Publié par Grégoire.

Demeure en moi

« Je suis la vigne, la vraie, demeurez en moi, comme moi je suis en vous » Jean 15, 1

Jésus c’est celui qui nous prend en charge de manière telle qu’il nous met au terme, qu'il ne peut plus se séparer de nous, et c’est lui qui nous conduit à vivre de plus en plus de cette union qu’il réalise entre Lui et nous.

« Demeurez en moi » n’est pas un ordre donné de l’extérieur, comme si on devait avoir une conscience permanente de cette proximité de Jésus. 

« Demeurez en moi » c’est plutôt tout faire avec Lui, tout Lui remettre, le laisser mesurer et juger avec une totale confiance de tout ce que nous faisons, en cherchant à le mettre partout, dans tout ce que nous vivons. Ce n’est plus hiérarchiser par nous-même nos activités, en fonction de leur noblesse ou leur grandeur humaine, mais d’abord tout vivre comme un enfant porté actuellement par sa source. 

C’est croire que Lui est dedans toutes nos activités, qui ont donc un poids et une taille non à cause de leur grandeur ou de leur noblesse, mais parce que Lui y est.

C’est cela christianiser notre vie. C’est non pas en faire une vie pieuse et dévote. Mais croire, à la suite de Thérèse de l’Enfant Jésus par exemple, que les pas que nous faisons portent un missionnaire au bout du monde, que l’épingle que nous ramassons, parce que Lui est en moi, cet acte banal, anodin, a une fécondité divine.

Chaque acte, chaque difficulté, chacune de nos pauvretés portées avec Jésus, ont une toute autre signification, une autre taille, une fécondité divine. Cela c'est « la bonne nouvelle a annoncer aux pauvres, proclamer aux prisonniers qu’ils sont libres » parce que Lui s’est uni à nous définitivement et toute notre vie a la signification qu’il Lui donne. 

Jésus a réalisé une identification vitale inouïe avec chacun de nous : « Je suis vous et vous êtes moi ». Cela doit mettre en nous une joie incroyable, secrète, comme un ruisseau souterrain qui coule en nous, qui ne supprime pas nos tristesses ou nos lassitudes. Jésus aussi a été triste ou en colère. 

Mais, il y a cette insistance de Jésus : « demeurez en moi ». C’est Jésus qui de l'intérieur nous dit : « demeure dans mon amour pour toi, car mon amour pour toi, c’est moi-même, demeure dedans ce que tu es pour moi puisque tout ce que je suis est pour toi, demeure dans mon choix sur toi, qui fais que je t’aime, que je suis tiens, et je t’ai unis à moi définitivement. Je te donne la première place, la mienne, pour que tu fasses des oeuvres plus grandes que moi. Sinon, tu ne feras que du bruit, avec des résultats apparemment efficaces, mais c’est du vent, un feu de paille. Demeure en moi, demeure et cherche cet amour, en me cherchant moi, en m’aimant pour moi »

« Demeurez en moi » c’est la mendicité de Jésus, de notre Dieu qui mendie notre amour, notre cœur. Entendre Jésus nous le dire, c’est le laisser nous faire demeurer auprès de lui.

Sa parole réalise elle-même ce qu’elle nous dit quand on la laisse nous prendre. Elle porte la bonté de Jésus, sa douceur et elle attire notre coeur vers Lui. Elle nous fait établir notre demeure en Lui.

Grégoire +

 

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Je suis vers le Père

4 Mai 2021, 16:16pm

Publié par Grégoire.

Je suis vers le Père

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » Jean 14, 27

La paix de Jésus c’est lui-même. La paix est un fruit : lorsque tout est ordonné à sa fin. Or Jésus, Dieu devenu chair, matière, ordonne tout vers le Père. Tout vient du Père, et tout, en Jésus, est vers le Père, retourne au Père. 

Non pas à notre manière humaine, selon l’ordre de la justice originelle : « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » 

Jésus nous dit précisément cela, parce qu’il y a en nous, et ça demeurera jusqu’au terme de notre vie sur terre, une nostalgie de la première harmonie terrestre. Notre âme, lorsque est crée, connais cet harmonie première, en même temps qu’elle connait cette première violence en étant unie au corps. C’est par le corps qu’est transmis cette première disharmonie, ce désordre vis à vis de Dieu. Et, dans ce qu’on a de plus profond en nous, il y a ce désir, cette nostalgie de retrouver, de vivre cette harmonie première.

Or le Père, n’a pas voulu revenir à cette harmonie première, mais ce servir de ce désordre premier pour nous permettre d’aller plus loin dans l’amour, dans cette connaissance du Père, dans cette familiarité avec Lui. Avec nos pauvretés, nos blessures, et tout ce qui nous handicape. 

C’est cela « je vais vers le Père » C’est à la croix que toute notre humanité, notre univers, notre corps, toute la matière vit ce que le fils vit éternellement. Le fils, c'est celui qui est vers le Père : « Je suis vers le Père ». La matière, la violence, le mal, la souffrance, deviennent à la croix, le lieu de l’amour, deviennent ce qu’est Dieu, deviennent le Fils. La chair, la matière est Dieu à la croix. Dans ce rejet gratuit, violent, inhumain, aveugle, inutile, tout est devenu amour, cet amour qu’est le Fils vers le Père

« Il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que j’agis comme le Père le désire » à vue humaine c’est loupé : non seulement le monde ne sait rien de l’amour du fils pour le Père, mais surtout il n’en a rien à faire, apparement ! Sauf que, ce que Jésus réalise, c’est d’inscrire partout dans la matière de notre univers, dans nos corps, dans nos chairs, l’amour du fils pour le Père. Tous nous avons en nous cette soif du Fils pour le Père. 

Comme dit St Paul « Toute la création est en attente, consciemment ou inconsciemment de la révélation des fils de Dieu ». Toute notre pâte humaine, notre chair, nos blessures, nos fautes sont marquées définitivement par l’amour du Fils. Tout en nous, notre histoire est ordonnée au Père. Et on ne trouvera de repos, si seulement on laisse Jésus nous conduire à vivre en Fils. On sait donc, dans ce qu’il y a de plus nous-même, on sait, on connait cet amour du Fils pour le Père. « Il faut que le monde sache que j’aime le Père »

C’est pour cela que Jésus exige « Demeurez en moi comme moi en vous » tout vivre immergé en Jésus. Ne plus rien regarder avec des yeux humains, ne plus chercher une justice humaine. Tout ce qu’est Jésus m’est donné à vivre !

La vie chrétienne est une vie de foi, d’espérance et de charité, avec Marie, où on vie de cet héritage, de cet habit trop grand pour nous qu'est la vie du Fils. Jésus l'a acquis pour nous, comme l'a constamment répété JPII à la suite du Concile Vatican II « par son incarnation le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme ».

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Qui me voit, voit le Père 

3 Mai 2021, 16:21pm

Publié par Grégoire.

Qui me voit, voit le Père 

« Qui me voit, voit le Père » Jn 14, 9.

Il ne s’agit pas simplement de croire ou de penser à ce que Jésus nous dit, mais en entendant ce que Jésus me dit, de savoir qu’il vit déjà en moi ce qu’il me révèle.

Jésus ne nous donne pas des informations, ou une connaissance sur le ciel ou encore des choses à faire. L’incarnation, c’est Jésus qui nous met face au Père et nous en fait vivre. Parce que vivre du Père, c’est ce qu'est Jésus, c’est ce qu’il vit. Par son incarnation, nous sommes plongés en Lui et Lui nous fait vivre ce qu’il vit. 

Et croire en ce qu’il me dit, c’est apprendre à voir comme Lui voit, dans un contact immédiat avec Lui mais sans aucune possession sensible. Croire, c’est revenir à la présence de Jésus, de Celui qui est la vie éternelle, qui a établi sa demeure en nous. Croire c’est vivre déjà de la vie éternelle, de Jésus qui habite toute notre personne, et qui par lui-même nous met face au Père. « Demeurer en moi, comme je demeure en vous »

Entendre « Qui me voit, voit le Père » c’est être certain, d’une certitude absolue, sans aucune évidence, sans ressenti, que Jésus, en nous, nous fait vivre du Père comme lui en vit. Je suis fait Fils du Père par son don. Mais, en l’écoutant me parler, Jésus veut me faire agir en Fils du Père.

La foi, c’est Dieu qui a planté sa tente en nous, pour vivre ce qu’il est en nous. Notre mal, c’est de vivre à coté, comme des gens encore a sauver. Notre sainteté c’est de vivre chacune de ces paroles comme me disant ce que je suis déjà, pour "apprendre" à vivre en fils du Père, ou du moins ne plus se regarder que comme enfant du Père.

Nous n'y voyons rien, nous restons imparfaits, on ne sait pas comment faire, mais ce n'est pas la question. Notre coopération c’est d’entrer dans cette certitude que la lumière qui est Dieu habite tout ce que nous sommes. 

Entendre « Qui me voit, voit le Père », c’est donc s’approprier cette parole, se la dire à soi-même. Chaque parole de Jésus c’est Jésus qui nous dit ce qu’il nous fait vivre, donc qui on est pour Lui. Et cela, sans jamais s’inquiéter de notre incapacité à vivre de son don : c’est Jésus qui nous en fait vivre, à son rythme. Lui nous demande cette abandon total, cette docilité d’enfant, cette pureté de coeur qui fait qu’on ne se regarde plus.

La vie chrétienne, c’est la vie divine, c’est vivre en fils bien-aimé. Et ce n’est pas se battre contre le mal, mais il s’agit d’entendre le don de Jésus, et de croire que je suis devenu -gratuitement- ce qu’il me donne : fils du Père. 

Vivre de cette lumière qui est Lui, c’est croire qu’il se sert de tout pour faire de moi un fils bien-aimé. Jésus se charge du reste. Il attend juste notre confiance. 

Et c’est pour cela que Marie nous est donnée : elle seule pour nous donner cette confiance, cet abandon, accepter d’être caché aux yeux des hommes, à nos propres yeux, d’être compté pour rien. Regarder Marie, c’est voir comment le Père nous conduit à une dépendance toujours plus grande avec Lui, à une extrême familiarité avec Lui.

Grégoire +

 

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« Je suis vous et vous êtes moi »

1 Mai 2021, 18:04pm

Publié par Grégoire.

« Je suis vous et vous êtes moi »

« Demeurez en moi, comme moi je demeure en vous » Jn 15, 4

Jésus ne dis pas : « Vous êtes la vigne » mais : « Je suis la vigne, vous, les sarments ». Ce qui signifie : « il y a une unité substantielle, vitale entre vous et moi : ma vie coule en vous et vous m’appartenez. Mais, en m’appartenant, vous appartenez aussi les uns aux autres ». Et cette appartenance l’un à l’autre et à Lui n’est pas un idéal, une relation imaginaire, symbolique, mais un lien quasi-biologique avec Jésus. Il y a une unité de vie entre Lui et nous et entre nous. 

Benoit XVI dit ceci : « Je suis la vigne » signifie en réalité : « Je suis vous et vous êtes moi » -une identification inouïe de Jésus avec chacun de nous, ses amis. Et la foi, c’est de demeurer dans cette vérité, vivre de cette lumière : « il est moi et je suis Lui : Demeurez en moi, comme moi je demeure en vous ».

Jésus lui-même, demanda à Saul, le persécuteur de l’Église : « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Pour Jésus, chacun de ses enfants, de ses frères, c’est Lui. Pas moins !

Catherine de Sienne, n’hésite pas de dire, qu’aimer L’Eglise et Jésus c’est la même chose. Et l’Eglise c’est chacun d’entre nous. Je suis le tabernacle de Dieu, dedans ma chair. Jésus a réalisé une communion de vie entre nous et Lui. Indépendamment de notre coopération.

Nous sommes comme une seule personne avec Lui. Mais nous, comme des ânes têtus, on continue de croire que Jésus est un objectif à atteindre, un but à conquérir, qu’il se mérite. C’est terrible. C’est cela le refus de l’amour : c’est le refus de la gratuité du don de Dieu. On n’aime pas la gratuité, pourquoi ? Car quand quelque chose est reçu gratuitement, cela ne nous appartient pas. On ne peut pas le posséder. Et ce don ne se réalise pas comme nous le voudrions. C’est précisément la sainteté de Joseph : aimer sans rien posséder de ceux qu’il aime. Ne pas mettre la main sur ce qui nous est donné. N’avoir aucun droit : cela rend bienheureux, c’est la béatitude des cœurs purs.

« Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. tout sarment qui donne du fruit, il le taille pour qu'il porte davantage de fruits » La grande taille du Père, c’est de nous fragiliser, de nous rendre vulnérable, d’enlever nos béquilles humaines, nos fausses sécurités, pour qu’on ne s’appuie plus que sur Jésus seul. Sinon, on fait des choses a notre mesure, mais ça disparaîtra avec notre mort. 

« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits, car sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Chacun de nous est dedans Jésus et Lui est présent à tout ce que nous sommes : nous sommes comme une seule personne avec Lui. Rien n’est extérieurement changé, mais en fait, tout, absolument tout, est changé !

Mais souvent c’est pour nous abstrait, parce qu’il y a notre Jésus idéal, très loin, spirituel, mélangé aux nuages et puis ceux avec qui on vit. Or, je ne peux toucher la présence de jésus pour moi, son amour pour moi, combien il me porte, si je ne mendie pas sa présence dans mes frères et soeurs. Jésus et chacun des baptisés c’est tout un ! « Je suis vous et vous êtes moi » Il nous faut ouvrir les yeux, car sans Jésus, sans mon frère, sans ma soeur qui est là, avec tout ses défauts apparents « je ne peux rien faire ! » 

La suite de ce texte c'est le nouveau et seul commandement du Nouveau testament : « Comme je vous aime, aimez-vous les uns les autres » C’est l’évangile de Dimanche prochain. Mais on ne va pas attendre dimanche prochain pour aimer, et se laisser aimer. Et on n’a pas le choix, c’est LE commandement de Jésus !

Et qu’est-ce qui nous fait vivre de cela, de cette unité de vie entre lui et nous ? C’est Lui qui vient nous le dire ! SEULE sa parole enlève de nos têtes tout nos images d’un but a conquérir « vous, vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dit »

Quand on aime quelqu’un on se répète ses mots, on garde son sourire dans son coeur, son regard. Et bien, garder la parole de Jésus nous rend purs, nous faits demeurer en Lui, nous faits voir combien nous sommes déjà en Lui. Et chercher comment il nous la dit, cela nous transforme radicalement.

Garder une parole de jésus et se la redire souvent, il n’y a rien de plus efficace pour toucher sa présence, son amour, pour demeurer en Lui. Toucher qu’avec Jésus, nous sommes comme une seule personne « Demeurez en moi comme moi en vous » 

C’est LA grande lutte de notre vie : inscrire et vivre cet amour dans toute notre vie, ne plus rien faire sans LUI. Jésus ce n’est pas un petit moment de prière dans la journée, seulement pendant la messe, une petite bougie... Jésus, c’est quelqu’un avec qui je mange, je me lave les dents, je travaille, qui porte mes luttes, mes pauvretés, mes échecs. Celui sans qui je ne fais rien.

Et Jésus nous promet : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. » C’est quand même fou ! Et nous, on voudrait continuer à vivre seul, seul avec notre télévision et notre petite prudence ? 

C’est pour cela que Jésus a tout repris à partir de la femme, Marie. C'est pour cela que les femmes -les saintes femmes- sont le coeur de l’Eglise, les gardiennes de l’amour incarné. Les apôtres sont plus lents; comme beaucoup d’hommes, ils aiment ce qu’ils font, leurs inventions,  leurs réalisations ! 

Et Marie nous est donnée, parce que la parole de Jésus est un secret d’amour, mais d'un amour divin, donc hyper-efficace, qui réclame d’être reçue dans notre chair, d’être portée comme notre bébé, pour avoir cette familiarité avec Jésus, comme une mère avec son enfant. Marie et les saintes femmes, Jésus en fait ses anges : ses envoyées, car si on n’est pas éduqués à aimer, rééduquer du coté de l’amour, à porter sa présence dans notre chair, dans notre corps, on ne croira pas à son don.

La création a commencé par l’homme, la recréation est à partir de la femme, Marie, et les saintes femmes. Pour toucher charnellement cet amour complètement gratuit, qui fait qu’on est en Jésus comme un enfant dans le sein de sa mère. Et Marie est là pour que nous redevenions des enfants, des tout petits de Jésus, qui ne font rien sans Lui sinon demeurer en son amour.

« Je suis vous et vous êtes moi »

Grégoire +

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Que votre cœur ne se trouble pas

30 Avril 2021, 15:29pm

Publié par Grégoire.

Que votre cœur ne se trouble pas

« Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Jn 14, 1.

En nous parlant, Jésus nous dit ce que Lui vient nous faire vivre. Il ne cesse de nous dire « Que votre cœur ne se trouble pas ! Croyez en moi. » C’est entendre sa parole jusqu’au bout qui fera qu’aucun trouble, qu’aucune angoisse, que rien ne nous ébranlera. Car Jésus ne nous dit pas des choses à faire, mais ce que Lui vient faire en nous ! Sa parole, c’est Lui se donnant de manière divine, c’est à dire bien plus profondément que n’importe quel efficience humaine.

« Que votre cœur ne se trouble pas » Cette parole est tellement importante, qu'elle est devenu la prière quotidienne de Thérèse d’Avila « Que RIEN ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout, celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ! ». 

Et le grand moyen de ne plus être troublé, c’est de croire en lui, c’est-à-dire revenir et demeurer dans ce contact actuel, immédiat avec lui : car il n’y a jamais aucune distance entre Lui et nous.

Et dans ce contact, mendier qu'il nous donne de recevoir jusqu'au bout ce qu'il nous dit là : « Je te prépare une place… et de nouveau je viens pour te prendre près de moi ». Il nous faut lui mendier de ne pas réduire ses paroles. Car le premier drame humain c'est de se faire mesure, et d'écouter selon nos attentes, et donc de réduire la parole de Jésus à des choses à faire. 

Entendre « Je vais te préparer une place… » c’est cela qui nous permet de ne pas être troublé, délivré de toutes angoisses : Jésus se sert de tout ce qui nous arrive : rien de notre vie ne lui échappe ; et il se sert de tout pour nous faire entrer dans son repos, nous faire monter à la première place, à cette place de choix que Lui veut pour moi : La sienne !

Jésus n'a pas d'autres ambitions que de nous donner à vivre ce que Lui vit, sa place ! On dépasse toutes inquiétudes, angoisses, repliements sur soi en cherchant à vivre de cette place unique que Jésus nous a acquis. Cette place c'est « là où moi je suis » c'est à dire : sa place !

Jésus nous aime bien plus que nous-même : Il nous aime à sa mesure, selon son don. Il nous regarde, chacun, comme celui à qui il donne tout, puisqu’il est totalement pour moi ! Et c'est pour cela que Le Père est notre Père : « Qui me voit, voit le Père ! » Celui qui est TOUT, Celui qui est LA REALITE est à nous, personnellement, immédiatement ! Et le chemin qui nous fait déjà vivre de ce terme, c’est Jésus !

Le trouble vient toujours de ce qu’on est relatif à notre efficacité, aux résultats, à nous-même. 

L’amour qui, nous rend accueil, attente, relatif, nous fait, là, être radicalement dépendant. Le chemin c'est d’être obstinément relatif à Jésus, de le laisser nous redire ce qu’il fait pour nous, de ne pas lâcher sa main. Et Jésus nous donne des frères, des liens personnels, pour nous apprendre concrètement à vivre de lui, par ceux qu’il met auprès de nous.

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Doux Agneau de Catherine

29 Avril 2021, 16:33pm

Publié par Grégoire.

Doux Agneau de Catherine

« Ils contempleront celui qu’ils ont transpercés » Jean 19, 37.

Catherine de Sienne a beaucoup contemplé, c’est à dire qu’elle s’est  beaucoup nourrie de cette révélation de Jésus à la Croix, donnée en St Jean. Spécialement le cri de soif et la blessure du cœur. Non comme quelque chose de tragique, mais comme la révélation ultime de Dieu. Et spécialement ce geste du coup de lance. Pourquoi ce geste alors que Jésus était déjà mort ? À quoi sert-il ?

Dans ses dialogues qu’elle a avec Jésus, Catherine de Sienne pose à Jésus cette question : « Doux Agneau immaculé, tu étais mort quand ton côté fut ouvert ; pourquoi as-tu voulu être frappé et avoir le cœur brisé ? » A quoi Jésus répond : « Parce que mon désir envers l’humaine génération était infini, et l’œuvre de la Croix était limitée ; or, par cette offrande limitée je ne pouvais montrer tout l'amour dont je vous aimais, parce que mon amour est infini. C'est pourquoi j'ai voulu que vous voyez le secret de mon cœur, en vous le montrant ouvert afin que vous voyiez que je vous aime plus que ne pouvait le montrer par la souffrance limitée de la Croix. En faisant sortir de l'eau et du je vous ai montré le baptême que vous recevez. »

La blessure du cœur de Jésus est le geste ultime. Cette blessure, ce coup de lance gratuit, inutile, que le soldat réalise alors que personne ne lui a rien demandé, fait sans aucun respect du cadavre du Christ qui pends sur la Croix, ce geste atteint le cœur qui laisse couler les dernières gouttes d'eau et de sang. Et bien ce geste fait comme par hasard, Dieu s’en sert, le Verbe s’en sert, puisqu’il nous dit l’au-delà de la Croix.

La Croix est limitée, dans le temps, même dans la souffrance qu’elle réalise. Or l’amour de Jésus est plus que tout ce qui est manifesté, cet amour est Lui, il est substantiel, et en cela, cette blessure est un geste dont l’amour divin se sert pour se dire à nous: le sang et l’eau qui coule, c’est Dieu qui coule : le Verbe est devenu chair. La chair, le sang versé, c’est Dieu qui est devenu la passivité de la matière et s’est ainsi emparé de tout notre univers. Nous disant alors qu’il est un abime d’amour. 

C’est à dire, comme le cri de soif de Jésus exprime le désir intense de son cœur, son amour brûlant, la blessure du cœur dit l'amour divin qui est substantiel, un abime infini, l'amour qui, en Dieu, est tout. Ce geste nous fait entrer dans l'abîme d'amour que Jésus a pour le Père et pour nous.

C'est à cause de ce geste qui clôt toute la révélation que Catherine de Sienne dit que ce qu'il y a de plus grand sur la terre, ce ne sont pas nos réalisations, ce qu’on fait, mais notre soif, notre désir. Et la soif, le désir, c'est notre intention, le désir de notre vie dans ce qu'il a de plus fort. C'est cela que le Père regarde en premier lieu.

C'est lui qui reçoit ce cri de soif, cet appel, parce que Jésus est comme un appel éternel vers le Père, il est « l’amen du Père » comme dit l’apocalypse. Dieu regarde plus nos intentions que nos réalisations. Et nos réalisations, sont là pour faire grandir notre soif, notre attente d’être attiré, d’être pris par Lui.

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Père ..

28 Avril 2021, 16:18pm

Publié par Grégoire.

Père ..

« Ce que je dis, je le dis comme le Père me le dit » Jn 12, 50

Le Fils aime le Père avec l’amour même que Lui donne le Père. Le Fils c’est l’amour du Père se donnant, fécond en lui-même. Jésus dit donc le Père dans tout ce qu’il est. Et nous aussi, on est quelque chose de son amour. On aime donc le Père avec l’amour qu’il nous donne, qu’il met en nous.

En nous donnant à Jésus, le Père nous donne de l’aimer avec l’amour même de Jésus. L’offrande, le sacrifice de Jésus c’est à nous. C’est notre héritage. La messe qui rend présente l’offrande d’amour actuelle de Jésus au Père, offrande vécue dans notre chair, fait que toutes nos offrandes, toutes nos luttes, toutes nos vies ont le poids, la taille, la signification même de l’offrande de Jésus. L’amour de Jésus pour le Père est la vie de notre vie, sa face cachée mais réelle.

Mais on ne peut s’appuyer sur cette offrande de Jésus, son amour devient notre vie que si on est radicalement pauvre. 

C’est pour ça que la première manière dont Le Père se donne à connaitre, c’est Marie. Elle est celle qui a tout reçu gratuitement, qui est immaculée par pure gratuité, qui est mère de Dieu par hyper-gratuité. C’est bien ce qu’a touché St Louis Marie Grignon de Monfort que nous fêtons aujourd’hui : « le Père a réalisé en Marie en grande lettres, ce qu’il veut faire pour chacun de nous » 

Le Père a donné à Marie de vivre tout son mystère, tout ce qu’il est. Et ça c’est pour nous, aujourd’hui. C’est ce que nous vivons. Pas moins. Marie est source du fils, en recevant tout de Lui, en vivant de son amour. Elle est à Noël le premier visage du Père. 

À Noël, Marie et Jésus sont un. Et à la croix, ils sont encore plus un, dans la même offrande, dans un amour où ensemble ils communiquent à Jean leur amour commun. « Voici ta mère ». Et cela dans la plus grande pauvreté : il n’y a pas de place pour Jésus à Noël, et à la croix ce sont tout ses frères qui le rejettent : ils n’en veulent pas.

L’amour de Jésus est de trop, il est insupportable. C’est trop de gratuité. Et derrière, c’est le rejet du Père ! C’est la haine du démon envers le Père, la haine du fils ainé, de celui qui a des droits. 

Et la grande réponse, c’est la pauvreté extrême de Marie, sa pauvreté radicale : elle est celle qui reçoit tout, qui accepte de ne pas comprendre, qui accepte de n’avoir aucun droit, qui suit l’agneau partout où il va. 

Et ce cœur de Marie, de la femme, de celle qui est fragile, manifeste le coeur du Père, sa vulnérabilité, sa délicatesse, sa magnanimité. Le Père a un cœur plus que maternel, plus vulnérable et plus silencieux qu’un tout-petit. L’enfant de Marie et le coeur de Marie disent ensemble qui est le Père. 

C’est là la vraie lutte de notre vie : toucher le cœur de notre Père. Supprimer de notre vie toutes nos imaginations religieuses, abstraites, infantile sur le Père. Et entrer dans ce lien personnel, familier, intime avec Jésus, avec Marie qui nous disent le Père, et qui nous mettent dans un contact immédiat avec Lui. Pour se reposer auprès de Lui et dire en silence, avec Marie, avec Jésus : « Père ».

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Vous êtes dans la main du Père

27 Avril 2021, 15:32pm

Publié par Grégoire.

Vous êtes dans la main du Père

« Vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis » Jean 10, 26

C’est un cri de Jésus que cette parole, une blessure profonde de son cœur vis à vis de ses frères, qui ne sont pas de ses brebis, parce qu’ils ne veulent pas être des enfants du Père. « Personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est pas donné par le Père »

Seul celui qui accepte d'être un enfant du Père, seul celui qui n’est plus qu’un cri vers le Père, qui attend tout du Père, qui ne s’appuie plus sur ce qu’il connait, ses propres forces ou sa propre fidélité, est vraiment un enfant du Père, son tout petit.

C’est pour cela que la première des béatitude est celle des pauvres « bienheureux les pauvres » car on ne peut être devant le Père, devant La Source de tout ce qui est, de notre existence, que comme un pauvre, qu’en acceptant d’être rien par nous-même.

Et reconnaitre qu’on est des pauvres, c’est proclamer la gratuité du Père, la gratuité de son amour, de ce qu’il est pour nous. Une totale gratuité, une gratuité radicale : il est une pure source ! C’est pour cela qu’on ne peut-être vers le Père que dans un cri : le cri de l’enfant d’Agar dans le désert, le cri de Jésus à la croix : « Abba, Père, Papa » parce que le cri manifeste l’attente d’un amour totalement gratuit, l’attente d’un amour qui n’est plus qu’amour. Et cet amour, c’est le Père.

C’est cela la grande raison de nos luttes, de nos épreuves, de nos souffrances, de la Croix : nous dépouiller de nous-mêmes, faire de nous des tout-petits, des pur-recevants, être tout-attentes pour que l’amour soit pleinement lui-même, qu’il ne soit qu’amour, pur don, gratuité absolue. C’est cela le Père. 

Et c’est pour cela que Jésus, qui est la parole du Père, est surtout la voix du Père « mes brebis écoutent ma voix ». Sa manière de nous parler nous fait toucher de l’intérieur la présence du Père, et sa voix, parce qu’elle celle de celui qui nous aime, nous entraine dans son silence. Quand on aime il n’y a plus de paroles qui tiennent, il n’y a plus que l’autre qui par sa présence prend tout, par l’attraction de sa bonté.

La première présence du Père pour nous, c’est lorsqu’il crée notre âme. Cela se réalise dans un silence qui échappe à tout le monde, même aux scientifiques ! Le Père est d’abord là en silence, sans témoin. Le Père m’est ensuite présent en me donnant à Jésus, pour que j’ai en moi l’amour de Jésus. Je suis donné à Jésus pour qu’avec Lui, je sois vers le Père. Je suis en Jésus, en acceptant d’être son tout-petit, sa petite brebis : « personne ne vous arrache de ma main ». C’est au-delà de ma conscience, de mon vécu, au-delà des résultats.

C’est très difficile pour nous d’accepter d’être rien, d’être une brebis. Ça semble ridicule, presque méprisant. Mais c’est pour aimer avec l’amour de Jésus, se laisser aimer comme le fils éternel est aimé. Et cela, c’est ce que Jésus nous donne de vivre aujourd’hui, à chacun. Aimer avec Jésus, par Lui, c’est accepter de ne pas posséder ni notre amour, ni notre manière d’aimer, d’être radicalement pauvres.

Ma vie n’est pas ce que je vis, mais elle est ce qu’elle signifie pour Jésus, ce que Lui en fait.

Grégoire +

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Il nous appelle un à un ..

26 Avril 2021, 16:32pm

Publié par Grégoire.

Il nous appelle un à un ..

« Il les appelle chacune par son nom, elles le suivent car elles connaissent sa voix » Jean 10, 3-4

Jésus est le bon pasteur, la voix et la porte : qu’est-ce que cela veut dire ? 

Jésus bon pasteur, c’est celui qui nous connait par cœur ! Il nous connait même mieux que nous-même, parce qu’il a un regard d’éternité sur nous, et il est là depuis notre conception. Et il nous conduit très concrètement, d’abord en nous appauvrissant, en nous dépouillant; ensuite en nous envoyant des témoins, des amis. C’est cela la voix, c’est par exemple Jean-Baptiste qui est « la voix qui crie dans le désert » Jésus nous conduit toujours un désert, pour pouvoir parler à notre cœur profond. Il nous faut être appauvrit de nos forces, dépouillé de nous-même, pour pouvoir entendre sa voix personnellement, que ce ne soit plus anonyme.

Mais nous, on ne sait pas ce qu’est le Bon Pasteur parce qu’on fait passer Jésus après tout le reste, où quand on a le temps, une fois qu’on croit avoir résolu nos problèmes. Du coup, on s’empêche de toucher qu’il nous conduit vraiment. Mais Jésus est patient, il a le temps. 

Et il est la porte, ce moyen pauvre, dont on se sert pour entrer dans autre chose. C’est comme l’eucharistie, cela ne s’adresse pas d’abord à notre intelligence ou à notre esprit. L’eucharistie il s’agit de manger Jésus. Il faut être affecté par ce don pour être porté par cet amour qui est Lui pour moi.

La porte c’est ce qui nous permet d’entrer dans l’intimité d’un lieu, d’une demeure. On franchit le seuil. On passe de l’extérieur à l’intérieur. Jésus qui est la porte et la voix, c’est Jésus qui présent à chaque instant au milieu de nous, c’est à dire dans tout les détails de notre existence, et qui se sert de tout pour nous faire franchir le seuil, nous faire quitter cette vie que nous vivons par-même, à entrer dans son intimité, et entendre sa voix à Lui au milieu de tout les bêlements des brebis et des chèvres.

Il est la porte : il s’efface devant nous, il veut qu’on soit certain qu’il est là pour nous, et que Lui nous rattrape toujours. Et si il s’efface, c’est qu’il veut qu’on entre dans cet esprit d’enfance, de petitesse radicale, comme des brebis qui ne comptent pas sur elle-même pour trouver leur pâturage.

Il est le Bon pasteur : lui seul nous conduit, de l’intérieur. C’est à lui qu’on obéit dans le secret de notre cœur, comme à un ami et un époux. C’est cela l’obéissance chrétienne, découvrir comment Lui me conduit, me fait passer actuellement sur l’autre rive, moi personnellement. C’est là où s’arrête l’analogie : c’est que Jésus nous conduit chacun personnellement, pas en troupeau. Le troupeau c’est pour nous cacher aux yeux du monde, mais nous sommes uniques pour Lui. 

Tant que je n’ai pas découvert que je suis unique pour lui, que chaque détail de ma vie est important pour Lui, je ne l’ai pas découvert, je ne suis pas entrer dans ce repos, je n’ai pas franchis le seuil. 

Il est la voix : la manière dont il nous parle est presque plus importante que ce qu'il nous dit. Car que dit-il sinon lui-même ? Il se dit et il m’appelle, par mon nom, à chaque instant.

Grégoire +

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J'ai soif de toi

24 Avril 2021, 21:44pm

Publié par Grégoire.

J'ai soif de toi

« Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, et je donne ma vie pour mes brebis » Jn 10, 11.

Jésus est bon pasteur parce qu'Il nous connait de l'intérieur, il nous connait mieux que nous-mêmes et il veut nous conduire  chacun d'une manière unique, lui sait ce qui est bon pour nous. Il me connait, parce que je suis sa brebis ! C’est le Père qui nous a donné à Jésus. Jésus nous regarde donc comme ceux dont il est totalement responsable et à qui il donne tout. Tout  ce qui appartient à Dieu nous est donné ! 

Et le grand mal que l’on se fait, le grand péché, celui que Jésus vient retirer de notre cœur, c’est de croire qu’on doit mériter l’amour de Jésus, c’est de mettre des conditions à son don, croire que Jésus nous aime seulement si on est bon et sans fautes. C’est faux ! Jésus nous aime plus qu’une mère aime son enfant, son amour, c’est à dire lui-même est sans condition et  d’une gratuité folle !

Jésus désire qu’on touche son amour, il veut qu’on sache qui on est pour lui, qu'il nous aime sans conditions : 

« Bien aimés, voyez quel grand amour le Père a pour nous : dès maintenant nous sommes enfants de Dieu »

Jésus aime qu'on cherche à connaitre et à se reposer dans cet amour qu’il a pour nous. Jésus veut qu’on sache comment il nous regarde, comment il nous porte, comment il est vers nous. Et là nous entrons alors dans un certain repos, ces eaux tranquilles, parce que notre repos c’est de se savoir aimé sans fin, gratuitement, sans condition. Savoir qu’on est celui à qui il donne tout, celui pour qui il a tout acquis.

Et c’est cela la vocation : vouloir vivre de cet amour qui est Jésus. La vocation, avant d’être religieux, prêtre, de vivre en communauté avec une règle de vie, la vocation, c’est en premier, tout brûler pour ne plus vivre que de Dieu. Lui qui est amour. Tout donner à Jésus, pour tout recevoir de Lui. « Va, vends ce que tu as, puis viens et suis moi »

La vocation, c’est tout ceux qui veulent devenir l’intime de Jésus, son ami, son époux. Ceux qui veulent annoncer la vie éternelle en la vivant déjà.

La vocation ce n’est pas autre chose que de vouloir vivre pour Jésus, par son amour, dans son amour. C’est ce que dit Ste Thérèse de l’enfant Jésus, la plus grande sainte des temps modernes, patronne des missions, docteur de l’Eglise : « dans le cœur de l’Eglise, je serais l’amour, ainsi je serais tout » 

Vous voulez changer le monde ? Laissez vous aimer par Jésus ! Pour devenir son amour, sa présence. 

Je voudrais laissez la place à l’un des plus beaux textes sur la vocation. C’est le testament spirituel de Mère Teresa. C’est un texte à entendre plus qu’à lire… Entendez, c’est Jésus qui vous parle : 

« Voici que je me tiens à la porte et que je frappe » C'est vrai, je me tiens à la porte de ton cœur, jour et nuit. Même quand tu ne m'écoutes pas, même quand tu doutes que ce puisse être moi, c'est moi qui suis là. Je veux que tu saches que chaque fois que tu m'inviteras, je vais réellement venir. Je serai toujours là, sans faute. Silencieux, invisible, je viens, mais avec l'infini pouvoir de mon amour. Je viens avec ma grâce pour toucher ton cœur et transformer ta vie. Je viens avec ma paix, qui va apporter le calme et la sérénité à ton âme. Je te connais de part en part. Je connais tout de toi. Tout de ta vie est important à mes yeux. Je t'ai suivi à travers toutes ces années et je t'ai toujours aimé.

je t'aime, non pas pour ce que tu as fait, non pas pour ce que tu n'as pas fait. Je t'aime pour toi-même, pour la beauté et la dignité que mon Père te donne.

Je connais tout spécialement ton besoin d'être aimé. Je connais combien tu as soif d'être aimé et d'être chéri et combien tu as cherché en vain d'assouvir cette soif. Est-ce que tu as soif ? Venez à moi, vous tous qui avez soif, je vais vous combler. Est-ce que tu as soif d'être aimé ? Je t'aimerai plus que tout ce que tu peux t'imaginer. Je t'ai aimé jusqu'à ce point de mourir sur la croix pour toi.

J'ai soif de toi. Moi aussi, j'ai soif de toi. C'est la seule manière avec laquelle je pourrai décrire mon amour pour toi. J'ai soif de toi. J'ai soif de ton amour. J'ai soif d'être aimé par toi. Cela te dit combien tu es précieux à mes yeux. J'ai soif de toi. Viens à moi. Je vais remplir ton cœur. 

Je vais soigner tes blessures. Je vais faire de toi une nouvelle créature. Je vais te donner la paix, au cœur même de toutes tes épreuves. Mais j'ai soif de toi. Ne doute jamais de ma miséricorde, du fait que je t'accepte sans cesse, de mon désir de te pardonner, de ma soif ardente de te bénir, de vivre en toi ma propre vie. J'ai soif de toi ! Si tu te crois sans importance aux yeux du monde, cela ne m'importe pas du tout. Pour moi, il n'y a qu'une chose qui importe : il n'y a rien de plus important dans le monde entier que toi. J'ai soif de toi ! Ouvre-toi à moi. Viens à moi et aie soif de moi. Donne-moi ta vie et je vais te prouver combien tu es important à mon Cœur. J'ai soif de toi !

Peu importent tes errements. Peu importe combien tu m'as oublié. Peu importe toutes les croix que tu as dû porter toute ta vie. II n'y a qu'une seule chose dont je veux que tu te souviennes tout le temps, une seule chose qui ne changera jamais : J'ai soif de toi, tel que tu es. Tu n'as pas besoin de changer pour croire en mon amour, parce que c'est de croire en mon amour qui va te changer. Tu m'as oublié, et maintenant je te cherche à chaque instant de ta vie, me tenant debout, à la porte de ton cœur et frappant.

Tu penses que c'est dur à croire ? Alors, regarde vers la Croix, regarde vers mon Cœur transpercé pour toi. Regarde vers mon Eucharistie. Écoute encore une fois ce que j'ai dit sur la Croix : J'ai soif ! Oui, j'ai soif de toi. J'ai soif de toi. J'ai cherché quelqu'un pour combler mon amour et je n'ai trouvé personne. Sois celui-ci. J'ai soif de toi -de ton amour. »

Qui veux répondre à l'attente de Jésus ? 

Qui donnera à boire à Jésus ? 

Qui veut être aimé ?

Grégoire +

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Comment cela peut-il se faire ?

23 Avril 2021, 16:16pm

Publié par Grégoire.

Comment cela peut-il se faire ?

« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jean 6, 52

De même que Marie face à l’ange qui lui annonce qu’elle va engendrer un fils, Marie répond : « comment cela peut-il se faire? » De même Zacharie : « comment alors que je suis déjà vieux? » ou Nicomède : « Comment un homme peut-il naitre de nouveau ? » Et là encore : « comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » 

Et Jésus les remets face à son don, et sept fois il répète : « si vous ne mangez pas la chair du fils de l’homme… celui qui mange ma chair…» Face à un don qui est premier, absolu, qui n’a pas d’autres explications que la bonté du Père et qui repose sur l’efficacité divine, il n‘y a plus aucun raisonnements qui tiennent, ni explications.  

Il n’y a que le don qui puisse par lui-même éclairer, rendre raison de ce qu’il est. C'est en vivant de son don, sans vouloir mettre la main dessus de quelque manière que ce soit, que ce don se révèle à nous de l'intérieur. De même que c'est en aimant qu'on laisse l'autre se dire à nous jusqu'au bout.

Quand on est face à quelque chose de second, on peut éclairer une chose par une autre. Mais vis à vis de tout ce qui est premier, on ne peut que recevoir une lumière qui toujours nous dépassera. « L’Esprit St viendra sur toi »

C’est là où on voit quelqu’un d’intelligent. Nous sommes intelligent ou lumineux par notre manière d’interroger. Ce ne sont pas nos raisonnements, nos conclusions ou les connaissances que l’on possède qui font qu’on est intelligent.  Socrate disait déjà qu’il accouchait les esprits en les faisant s’interroger. 

Interroger, c’est voir que dans ce qui nous est dit ou devant la réalité, on n’en connait quelque chose mais pas tout, et on veut la connaitre dans ce qu’elle a de premier. C’est notre capacité à distinguer ce qui est premier de ce qui est second, notre capacité à lire de l’intérieur la réalité, à la laisser nous dire qui elle est.

St Jean est intelligent, car il sait par exemple reconnaitre la présence de Jésus sur la plage de Galilée : « C’est le Seigneur ».

Quelqu’un qui n’interroge plus est mort dans son esprit. Il sait ! Les petits savants sont comme ça. Ils vivent relatifs à leurs idées. Des petits intellectuels. Quelle horreur ! Où alors, quand on interroge parce que c’est contradictoire avec ce qu’on sait, mais sans laisser de place au réel, à l’autre à nous introduire dans quelque chose qui nous agrandit : on est enfermé  « comment peut-il nous donner sa chair à manger ? »

C’est pour cela que quelqu’un de très intelligent, sera intérieurement toujours comme un enfant face au réel : l’émerveillement, l’admiration nous permettent de recevoir de plus en plus ce que la réalité telle qu’elle est, sans apriori, sans jugement, sans critique.

C’est vital de maintenir toujours de grandes interrogations (qui ne sont pas des doutes) c’est à dire, se laisser réveiller, bousculer par la réalité, pour que se renouvelle notre désir d’aller toujours plus loin face à l’intention du Père, de ne pas diminuer ce qu’il veut.

L’amour ne se renouvelle que par une soif renouvelée de toucher la réalité telle qu’elle est, et notre connaissance reste humble, mendiante face au réel, si elle est portée par l’amour.

Grégoire +

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Je suis le pain du Père

22 Avril 2021, 16:30pm

Publié par Grégoire.

Je suis le pain du Père

« Moi, je suis le pain du Père, le pain du ciel » Jean 6, 48.

C’est complètement normal que les juifs ne comprennent absolument rien à ce que Jésus dit : Jésus leur parle un langage d’amour et d’amour divin. Il est Celui dont le Père se nourrit. Et seul celui qui est attiré par le Père dans sa bonté, dans sa lumière, peut venir à Jésus pour se nourrir de Lui. 

Le don de Jésus nous rend immédiatement participant de la vie divine, et Jésus nous dévoile là ce qu’elle est. Il nous dit « voilà ce que je fais de vous : comme moi-même je suis le Pain du Père, je vous fais devenir son pain. Son lieu de repos, sa joie. Et de même, vous, en vous nourrissant de moi, vous devenez comme le Père… »

Être attiré par le Père, c’est toucher dans la foi que le Père se donne à nous, on en est absolument certain, et qu’il se donne tellement qu’il veut qu’on ait sa place: le Père est en effet Celui qui se nourrit de son Fils, et pour se nourrir en vérité de Jésus, il faut être dans le Père, avec le Père, être pris par Lui. 

Seul les pauvres, radicalement peuvent entrer dans cet amour : celui qui compte encore sur lui-même, sur ce qu’il comprend, Celui qui fait carrière, qui a un rôle ou une place à tenir, des projets… celui là n’est pas radicalement attente. Il ne connait donc pas le Père qui nous met au désert, nous taille, met en lumière nos pauvretés, pour qu’on ne regarde plus que Lui, qu’on attende tout de Lui. 

Le Père n’est Père pour nous que lorsqu’on attend tout de Lui. C’est bien pour cela que Jésus fait référence à l’épisode du désert : « vos Pères au désert on mangé » pour nous dire : « votre monde est un désert pire que celui de vos pères, puisque c’est un monde d’ou est absent la bonté du Père, sa tendresse. Votre monde est sec, violent, rempli de bruit… et je viens, envoyé par le Père, être la bonté du Père pour vous. »

Nous sommes actuellement tous au désert, comme coupé de notre source de vie : notre Père. La Croix a manifesté, a dévoilé dans quel état est la personne humaine sur la terre : « ecce homo : voici l’état de l’homme sans artifice, voilà dans quel état vous êtes sans vos masques et vos protections »

Et le Père qui nous demande  d’accepter d’être au désert, de n’être plus que comme la chair qui pâtit, sans eau, d’accepter de vivre la passivité de la matière pour être fait pain du Père. 

L’eucharistie creuse en nous cette soif, nous met au désert, nous fait devenir le désert du Père, nous plonge dans son silence, nous fait devenir don, attente, et nous blesse car elle nous fait vivre d’un don sans le repos qu’annonce ce don.

Notre vie divine est l’oeuvre du Père et du Fils. Pas la nôtre. Et la grandeur de la foi, c’est d’accepter d’être conduit sans comprendre, d’être absolument certain de la conduite du Père qui vient me dire : « tu es mon Pain, mon repos, ma joie », que chacun puissions dire « je suis fait Pain de vie, Pain du Père » 

Grégoire +

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Ceux que me donne le Père

21 Avril 2021, 16:21pm

Publié par Grégoire.

Ceux que me donne le Père

« Tout ceux que me donne le Père viendront à moi, et celui qui vient à moi, je ne le remettrais pas » Jean 6, 37.

C’est très fort : on peut voir Jésus, être en sa présence, mais ne pas le recevoir, ne pas aller à Lui. Pourquoi ? Parce que seul le Père peut nous donner à Jésus, nous faire aller à Lui, nous faire croire en Lui, nous nourrir de Lui. 

Et quand le Père nous a donné à Jésus, le Père veut que Jésus ne perde rien de ceux qu’il Lui a donné.

Pour être conduit par le Père à Jésus, c’est entrer dans cette nouvelle filiation, être à nouveau engendré, naitre à nouveau comme dit Jésus à Nicodème, ou comme Jésus dit à la samaritaine : « adorer en Esprit et en vérité » c’est à dire se recevoir à nouveau du Père. 

Adorer c’est le geste propre de la créature envers Dieu, qui reçoit de Lui actuellement son existence, sa vie, sa croissance, son être; C’est dire : « Par toi, je suis; parce que tu me veux maintenant, j’existe; de toi je me reçois dans mon existence » et c’est vivre ce don de notre existence qui est actuel en Dieu. C’est se recevoir de Lui, comme quelque chose de Lui, même si nous ne sommes pas Lui : nous, nous avons commencé a exister, alors que Lui, depuis toujours IL EST.

Et, l’adoration en Esprit et Vérité, c’est se recevoir à nouveau du Père, en acceptant ce chemin qu’il a voulu pour nous, que par nos pauvretés, par nos péchés et nos misères, il s’en serve pour nous faire connaitre et vivre sa vie personnelle. C’est vivre en nouveau-né du Père, puisque nous sommes immergés en Lui, notre vie est une participation à sa vie : on est greffé sur Lui, on est par Lui, avec Lui, en Lui. C’est accepter d’être conduit dans toute notre vie.

On pourrait dire un peu grossièrement que naturellement on dépendait de Dieu dans notre être mais qu’on était autonome dans notre vie. Dans la nouvelle alliance, on accepte d’être conduit comme des enfants, à travers un chemin qu’on ne comprend pas, parce qu’on est actuellement engendré fils du Père. 

Être conduit à Jésus, c’est renaitre dans le fils; être fils dans le fils : c’est donc entrer dans une dépendance radicale, choisir de ne plus rien faire sans Lui; comme Jésus le dit : « sans moi vous ne pouvez rien faire » bien sûr on peut faire à manger, construire des maisons, des avions, mais cela, c’est vivre selon la nature si c’est par-nous-même ! Et le désir de faire de Jésus leur roi politique est un exemple parfait de l’attente d’un salut humain, d’une reprise de notre nature. 

Etre fils, c’est accepter que notre nature est morte, elle tombe en poussière, et donc ne pas d’abord chercher à la sauver, ne pas chercher une perfection humaine, mais entrer dans cette docilité filiale, celle d’un tout petit, d’un nouveau-né qui n’a plus d’autonomie, qui presque, ne sais plus rien faire par lui-même. Pour être donné par le Père à Jésus, comme enfants de Jésus et du Père.

C’est la petite voie de Thérèse, qui voyant sa faiblesse, ne pouvant monter une marche, attend que Jésus lui-même vienne la chercher, la prenne elle la brebis perdue, blessé, elle qui l’attend les mains vides.

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Joie secrète du Père

20 Avril 2021, 16:23pm

Publié par Grégoire.

Joie secrète du Père

« C’est mon Père qui vous le donne le vrai pain venu du ciel. » Jean 6, 33.

Toute la nouvelle alliance est la révélation du Père. C’est le Père qui se donne à vivre, à connaitre en nous donnant ce qui le fait vivre, son repos, sa joie, son secret : Jésus. Jésus, secret intime du Père, veut être notre secret et il veut nous faire être la joie du Père, son repos. C’est ça la multiplication des pains.

Pourtant c’est Marie qui a commencé a révéler la joie la plus secrète du Père, en mendiant le vin des noces à Cana. La multiplication des pains est un signe quantitatif : Jésus multiplie en quantité des pains et des poissons, qui sont le signe de son don, donné gratuitement à chacun. À Cana c’est la substance et la qualité qui sont transformés : ce n’est plus de l’eau, c’est un vin exceptionnel. 

La multiplication des pains a donné lieu a un échange avec le peuple alors que Cana est comme resté caché, cela reste un secret. C’est parce que le vin c’est la joie gratuite que l'on peut dire que c’est à Cana que le coeur du Père est comme plus révélé qu'au moment de la multiplication des pains. Le pain est la nourriture nécessaire, substantielle, qui nourrit fondamentalement. Le vin c’est la surabondance, la gratuité, la joie.

Jésus est le Pain du Père, il est l’amour nécessaire, éternel du Père, alors que Marie -et donc chacun d’entre nous si nous le voulons, on est là pour devenir comme le vin du Père, sa joie d’autant plus secrète qu’elle n’est pas nécessaire. Marie comme chacun de nous ne sommes pas nécéssaire au Père. C’est un amour qui est pure gratuité, et qui justement dit le  plus le cœur du Père. Cana dit l’attente la plus profonde du Père : nous transformer en sa joie, en son vin, en une source d’amour complètement gratuite !

On peut vivre notre vie chrétienne au niveau de la loi, au niveau des règles, au niveau moral… Ce n’est pas à proprement parler une vie chrétienne, mais le Père s’en contente. Il accepte dans sa magnanimité qu’on reste enfermé dans des formes qui sont à notre taille, relatifs à une prudence religieuse, un ordre établi.

Ou alors, on peut vivre notre vie chrétienne selon son désir le plus profond, qui est un secret, qui réclame d'être touché de l'intérieur et qui est donc très personnel. Parce que Dieu est amour, parce qu’il est don personnel d'amour en trois personnes, il est La Réalité et même temps complètement caché, sans extériorité, ni paraitre, ni artifice, présence silencieuse... son grand désir c’est de nous faire vivre immédiatement de Lui-même. 

Cela réclame une confiance absolue que d'accepter de devenir pour le Père, sa joie secrète; C'est se laisser attirer par Celui qui nous aime tellement plus que n’importe quelle mère, et qui se sert de toutes nos luttes pour qu’on ait plus aucun appui en nous-même et nous mettre à sa taille, nous faire vivre en Fils, pour qu’on devienne sa joie, sa nourriture. 

Par exemple, quand on prie, est-on tournée vers Jésus comme Celui qui peut, si il le veut, nous faire telle grâce, ce qui signifie qu’il reste un peu lointain, ou bien est-on avec Lui comme absolument certain qu’il nous donnera tout, parce qu’on est sa joie, son secret, et qu’il est vers nous comme une mère avec son enfant, se nourrissant de sa présence ?

C’est cela que le Père veut que nous soyons pour Lui: sa nourriture, son vin, sa joie, et prier c’est être là pour Lui, sans autre raison que parce que cela le réjouit.

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Le regard paternel de Dieu

19 Avril 2021, 16:13pm

Publié par Grégoire.

Le regard paternel de Dieu

« L’oeuvre du Père c’est que vous croyez en Celui qu’il a envoyé ». Jean 6, 29

C'est Le travail du Père que de nous conduire à croire en Jésus. Jésus le dit « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l’attire. Il est écrit: Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque entend le Père et reçoit sa parole vient à moi »

La vision moderne de la foi, c’est d’en avoir fait un acte libre d’adhésion, qui vient de moi « c’est moi qui croit ». Comme si ça venait de nous, comme si on était capable de Dieu ! Jésus nous dit que croire c’est un fruit, l’effet en nous du Père qui nous attire, nous parlant nous conduit à Jésus. C’est cela la volonté du Père: nous faire entrer et demeurer dans un contact immédiat, actuel, personnel, intime avec Jésus. 

Mais nous on voudrait que ça vienne de nous « JE crois ». Or, si notre relation à Jésus, notre vie chrétienne c’est le fruit de ce qu’on fait, c’est un athéisme pratique. Et il n’y a rien de plus désespérant. Comme de croire qu’une vie droite, prudente, réglée me donne « droit » à communier ou à la vie éternelle ! C’est faux ! Seul le Père peut me donner Jésus et m’en faire vivre. Pour nous c’est impossible.

C’est pour cela qu’on mendie au Père avant de communier, de nous dire une parole  « Seigneur, je ne suis pas capable de te recevoir, mais dis une seul Parole et je serais capable » car le Père me parlant, me donne de pouvoir recevoir Jésus. Sinon, on ne le reçoit pas. On le reçoit matériellement mais il n’y a rien de personnel.

C’est capital, car le grand désespoir qui existe dans notre vieille Europe, vient de ce qu’on a fait croire que pour vivre de Dieu, de Jésus, il fallait faire beaucoup d’efforts, croire, espérer, aimer par nous-même ! C’est du marxisme : puisque pour un athée nous ne sommes que ce que nous faisons !

Et il n’y a rien qui engendre plus le désespoir, la violence autour de soi que de croire en ce que l’on fait. Ça a un effet immédiat sur le reste du monde. On est peut-être cause de suicide et de meurtre par nos manières pieuses de compter sur nous-mêmes.

La foi c’est avoir le regard même du Père sur toutes choses, son sourire. C’est quelque chose du regard même du Père. Comme l’espérance, c’est laissez le Père me faire vivre de ses désirs, de son efficacité à Lui, de sa manière de réaliser les choses. Croire, c’est donc mendier son regard, son sourire.

Et la résurrection, c’est l’amour dans son premier jaillissement. Et pour le recevoir, il faut être des pauvres, ne plus se regarder, ni se juger. Ne plus compter sur soi, ne plus s’appuyer sur soi, ne plus croire en soi. 

L’Evangile, c’est apprendre qu’on est aimé du Père, tout attendre de Lui comme Jésus se reçoit du Père. On est plus ce qu’on reçoit que ce qu’on fait. L’oeuvre du Père c’est donc de creuser en nous une capacité à le recevoir, à l’écouter. À vivre de son don gratuit. Et c’est pour cela qu’il nous commande d’aimer ! Il ne nous commande pas d’être efficace, de bien prier, mais d’aimer.

Parce que c’est la bonté d’un autre qui nous transforme, comme c’est la bonté du Père qui nous sanctifie, nous rend aimant, intelligent. Rien n’est plus efficace que la bonté d’un autre pour nous. L’amour c’est, en moi, l’effet de la bonté personnelle d’un autre, de Jésus. Et la foi, c’est cette connaissance amoureuse, ce regard actuel du Père sur chacun, dont il veut nous faire participer. Il n’y a donc rien de plus personnel et rien qui n’est plus reçu qu’un regard de foi.

L’évangile, c’est le Père qui vient nous dire qu’on est son amour. La foi est donc un secret personnel que je ne peux que recevoir. Nous sommes gardien d’un secret personnel : je suis le secret du Père. Je suis son amour. Mes frères sont ceux que le Père aime. Et il faut les aider à découvrir, à toucher qu’ils sont bien-aimés.

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Cet amour qui nous sauve, c’est quelqu’un

17 Avril 2021, 21:00pm

Publié par Grégoire.

Cet amour qui nous sauve, c’est quelqu’un

« Paix à vous » Luc, 24, 36

Les apparitions sont là pour nous ouvrir à cette nouvelle présence de Jésus Ressuscité, de Jésus qui est La Résurrection. Mais c’est quoi cette nouvelle présence ? qu’est-ce que croire en Jésus La Résurrection ?

D’abord, seul Jésus peut nous faire entrer dans sa nouvelle présence. Pour nous, comme pour les apôtres, c’est impossible. Pourquoi ? Parce que, pour nous, ce qui éclaire et dirige notre expérience présente c’est le passé, nos souvenirs, ce qu’on a vécu ! Et donc on a peur, on est triste, parce que le passé a souvent été difficile, la vie nous a laissé des souvenirs rudes, lourds à porter.

Or, Jésus n’est pas la continuation du passé. Jésus qui est La Résurrection, c’est complètement autre chose et c’est nouveau chaque jour. Et pour ça, il vient nous faire sortir de la mémoire du passé, de nos souvenirs et du poids que ça a mis dans notre coeur.

Jésus La Résurrection, c’est une présence personnelle, un secret pour chacun. L’Eglise est un milieu qui permet d’y entrer, mais c’est à chacun de recevoir Jésus. C’est plus intime que le don de Jésus à Noël, qui déjà est très personnel : Jésus pour Marie. Plus personnel que la vie apostolique, où Jésus établit des liens unique d’amitié avec chacun de ses apôtres, avec Nicodème, la samaritaine, Zachée, le bon larron… 

Notre monde est complètement étranger à ça : on passe son temps à vivre de nos souvenirs, à se rassurer avec des assurances et protections en tout genre. Aujourd’hui tout est fait pour qu’il n‘y ait plus aucun secret : tout doit être montré, dit, affiché, diffusé (cf. Instagram, Facebook, internet, les médias) c’est comme si tout était fait pour qu’on ne puisse pas recevoir Celui qui veut être la vie de ma vie, mon secret personnel.

Jésus La Résurrection c’est Jésus qui porte toute ma personne. C’est un amour tel qu'il réclame de brûler tout le passé, qui ne peut-être vécu que dans l’instant présent. 

C’est cela notre grande lutte : cultiver un secret, entrer dans un lien qui nous cache, vivre d’une présence dont ne peut rien posséder. Parce que c’est ça le salut : je suis justifié, porté, aimé par Celui qui est Dieu et qui ne peut être reçu que comme un secret personnel d’amour. Le reste c’est du vent !

Seul les pauvres de cœur et ceux qui sont assoiffés d’amour, en attente d’une présence absolu, secrète, personnelle peuvent s’y laisser introduire.

Jésus « ouvre notre intelligence à la compréhension des écritures » car être La Résurrection, ce n’est pas être un évènement qui succède aux autres évènements, La Résurrection, c’est Dieu qui introduit chacun de nous, avec notre humanité, nos soucis, nos pauvretés, dans ce qu’il a de plus intime, de plus personnel. C’est son œuvre il vient se lier à chacun personnellement, de manière telle qu’il ne peut y avoir de plus grande unité.

Le Salut, c’est Jésus pour moi et qui en aimant m’unit à Lui. C’est donc le dépassement de la loi dans un lien personnel, je suis aimé définitivement, inconditionnellement, et cet amour, qui est Jésus lui-même, fais que je suis un avec Lui. Parce que l’amour réalise l’unité de ceux qui s’aiment, et quand cet amour c’est quelqu’un, alors je suis dans Celui est cet amour.

Et cela c’est bien plus exigeant que la loi ! L’amour réclame de regarder la personne de l’autre, Lui, dans son don pour moi, sans nous inquiéter de nos pauvretés -s’inquiéter de ses fautes, c’est de l’orgueil, et cela manifeste qu’on a pas assez mendié qu’il vienne nous dire son amour. 

Être aimé de Lui, réclame de nous engager personnellement, de prendre des initiatives pour le recevoir, devenir vulnérable à Lui, sensible à son don, réceptif à ses initiatives. Mais c’est moi, seul face à Lui, sans personne pour me surveiller ou me dire ce que j’ai à faire ou à vivre. C’est personnel !

Les ténèbres, c’est éviter ce don qui nécessairement nous met à nu et nous éprouve. Les grandes ténèbres de l’humanité, c’est de rester à ce qu’on fait, à notre passé, a ce qu’on a vécu, ou à la Loi.

On s’occupe, on se distrait, parce que vivre d’un don pur c’est tellement difficile. Parce que même avec Jésus, cela nous engage dans notre personne, dans notre sensibilité, nos passions… et là, c’est carrément le foutoir, puisque notre capacité d’aimer est en vrac depuis le péché originel. Du coup, on évite d’aimer et on bosse, on se réfugie dans notre efficacité, nos raisonnements et on reste alors enfermé en soi. C’est pour ça que la générosité et la prudence sont des caricatures de l’amour. La générosité c’est faire quelque chose pour un autre. Cela nous évite d’avoir à nous donner personnellement. Or, avoir peur d’aimer, c’est avoir peur de Dieu. Refuser d’aimer, c’est refuser Dieu puisque Dieu est amour !

Qu’est-ce qui nous dispose à vivre de Jésus avec moi, pour moi, en moi ? C’est son commandement : « aimez-vous les uns les autres ! Nul n’a plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »

Aimer son frère, sa soeur, c’est aimer celui que Jésus aime, et donc déjà recevoir Jésus. Comme Lui, se faire enfant de Marie, ami des pauvres, époux des pécheurs, nourriture des affamés, serviteurs de ses amis, offrande en pure perte, comme Lui est pour nous jusqu’au bout, définitivement, sans conditions, comme il est vers le Père, un avec Lui et vulnérable à tout ce qu’est le Père.

La lumière qui est venue en ce monde, c’est Jésus, qui est venu nous sauver de nous-même. Pourquoi ? Parce qu’on n’aime pas d’aimer. On ne veut pas être mis à nu. Il n’y a pas beaucoup de place pour l’amour en ce monde : on préfère la Loi, la télévision. Où est l’amour ? Les rencontres personnelles ? Est-on prêt à tout perdre -sa santé, remettre en cause sa vie pour son prochain ? Qu’est-ce qui est premier : les lois, notre prudence ou aimer ? Qu’est ce qui va demeurer éternellement ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ? Aimer ou rester enfermé chez soi devant sa télévision ou son portable ?

Aimer nous appauvrit, nous rend vulnérable, sans défense, et réclame de ne plus nous regarder, offert gratuitement. Et cela seul nous fait être posséder par Jésus La Résurrection, Jésus qui est amour et qui est là, pour nous.

Grégoire +

 

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Afin que rien ne soit perdu ...

16 Avril 2021, 16:15pm

Publié par Grégoire.

Afin que rien ne soit perdu ...

« Rassemblez les morceaux restants afin que rien ne soit perdu » Jean 6, 12

Ce signe de la multiplication des pains, pique-nique champêtre au bord du lac, nous dit le don de Jésus pour nous : un don complètement gratuit, excessif, surabondant : il reste douze corbeilles de trop. Curieusement Jean ne dit pas combien de bouteilles il restait à Cana… 

C’est cela à quoi serve les miracles, et c’est pourquoi Jean appelle cela des signes : ils désignent quelque chose de réel mais caché. Et c’est bien le problème : Jésus est venu se donner divinement, pas nous sauver humainement. Or, les gens nourris, content d’avoir des petits pains frais, et du poisson à volonté, veulent faire de Jésus leur roi. 

« Jésus se retira dans la montagne, lui, seul. » Seul. Cela manifeste que les disciples se ont été contaminés par ce désir d’un messianisme temporel. Ils attendent encore un messie humain, temporel. 

C’est encore la question des disciples au moment de l’ascension : « quand vas-tu restaurer la royauté en Israël ? » Ils voudraient tellement que Jésus règle enfin tout les problèmes de cette terre. Et on peut passer sa vie à attendre de Jésus un salut humain, des résultats temporels, visibles, un salut politique, une sainteté qui soit à notre taille... 

Or Jésus est mort et Ressuscité, non pour nous convaincre de quelque chose ou nous sauver humainement, mais pour nous mettre avec Lui face au Père. Pour nous faire vivre du Père. Et on y est. C’est ce qu’est notre vie. Bien que ce ne soit pas visible. Et, ne pas croire, c’est en rester aux apparences visibles, juger des choses matériellement, selon les résultats. C’est cela les ténèbres du monde. Juger selon les apparences. Et sur ceux-là, « la colère de Dieu demeure » comme dit Jean Baptiste. Colère, pour dire que rien ne blesse plus le cœur du Père que ceux qui ont reçu la révélation, ne goûte pas son amour, et en restent à mesurer les choses selon leur prudence et la matérialité des faits.

Nous sommes ensemble face au Père, et Jésus exige de nous cette charité fraternelle qui dépasse tout amour humain normal. C’est cela le signe du pain : aimer jusqu’à se donner à l’autre pour être mangé par Lui. 

C’est seulement ainsi qu’on peut-être face au Père avec Jésus, parce que c’est comme cela qu’est le Père pour nous, et c’est comme cela qu’on doit désirer être les uns pour les autres. Désirer, car jamais sur terre l’amour que l’on désire vivre sera pleinement vécu dans notre corps comme il devrait l’être. Sauf si Jésus nous fait la grâce d’offrir notre vie comme martyr, comme Lui à la croix, comme Jeanne d’arc, ou comme le Vierge Marie, offerte au Père en pure perte et qui part cachée, sans gloire, sans aucun regard extérieur.

On devient le pain du Père et le pain de nos frères, quand on donne nos réserves, ce qu’on a mis de coté, quand on fait « s’asseoir nos frères », serviteur de ceux qui suivent, et surtout quand on cherche jusqu’au bout à écouter Jésus, à le laisser faire, le laisser nous donner aux autres, et enfin « ramasser ce qui reste » : c’est à dire, ne rien perdre de son don et demeurer dans l’action de grâce.

Grégoire +

 

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